Une étude de l’Observatoire national de la délinquance révèle le poids des destructions, des dégradations et des violences région par région.

La France criminelle change de visage. Selon une étude de l’Observatoire national de la délinquance (OND), la Haute-Normandie, la Champagne-Ardenne et la Picardie figurent parmi les régions les plus directement touchées par le phénomène des casseurs. Rapportées au nombre d’habitants, les destructions et dégradations constatées par la police et la gendarmerie sont désormais quasiment aussi importantes dans la région de Rouen et du Havre qu’en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (voir infographie). C’est d’ailleurs en Seine-Maritime que brûlent le plus grand nombre de véhicules en France, à raison de plus d’un millier d’incendies volontaires chaque année.

Pourquoi Rouen est-elle plus touchée que Rennes ou Nantes ? Selon Alain Bauer, président de l’OND, ces évolutions sont liées à la sociologie des villes. «Rouen et Le Havre, par exemple, concentrent des zones périphériques en total déclin, tandis que les grandes villes de Bretagne ou de Loire-Atlantique connaissent un vrai boom économique, qui attire une population socialement intégrée.»


«Les mœurs des grandes villes gagnent la province»

Violence et désespérance semblent donc bien aller de pair dans les zones en crise – «où le Front national enregistre d’ailleurs d’excellents scores», constate Bauer. La Picardie, pour sa part, est «plombée» par les résultats de l’Oise, véritable casse-tête pour la gendarmerie en matière de sécurité. Ce département subit notamment un phénomène de transfert de population depuis les départements limitrophes de la capitale. Selon l’Insee, avec ces déplacements de population des pôles urbains vers les communes périphériques, le nombre d’habitants de la zone gendarmerie devrait passer à 35 millions en 2015. «Peu à peu, les mœurs des grandes villes gagnent la province», constate ainsi le criminologue Christophe Soullez. Dans son étude, l’OND relève aussi que la Haute-Normandie «est la seule région peu ou moyennement peuplée dont le taux d’atteintes physiques est supérieur» à la moyenne nationale. Cette région s’illustre par un taux de violences sexuelles parmi les plus élevés, juste derrière le Pas-de-Calais et la Champagne-Ardenne. En toile de fond, les professionnels dépeignent des situations de détresse sociale, de chômage, d’alcoolisme. D’une manière générale, les violences «non crapuleuses» ont beaucoup progressé dans des régions que l’on croyait jusque-là plutôt calmes. La Champagne-Ardenne, par exemple, tout comme la Picardie font quasiment jeu égal dans ce domaine avec la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, de bien plus mauvaise réputation.

«Les coups et blessures volontaires pèsent lourd dans ce bilan, avec une part importante liée aux violences intrafamiliales», explique Cyril Rizk, responsable des statistiques à l’Observatoire national de la délinquance. En France, les violences (avec 411 325 faits en 2005) représentent un crime ou délit sur neuf, tandis que les destructions et dégradations (avec 535 513 faits) pèsent près de 15% de la délinquance générale.

Jean-Marc LECLERC

Source : Le Figaro.fr