Il existe de nombreux enregistrements de la magnifique Marche de Robert Bruce aussi connue sous le nom de Marche des soldats de Robert Bruce. Les historiques en font généralement remonter son exécution à l’entrée de Jeanne d’Arc dans Orléans en 1429 et même à la bataille de Bannockburn en 1314. Il est bien évident qu’une telle composition ne peut être aussi ancienne. De plus, la chronique du siège d’Orléans ne parle pas de musique accompagnant une des entrées de la sainte victorieuse dans la ville assiégée. Outre que les rues étaient étroites, les festivités de la guerrière se déroulaient plutôt dans la cathédrale au son de la musique sacrée. 

on. Major Michael D. Roy – Army Cadet Force – Scotland. West Lowland Battalion

Hon. Major Michael D. Roy – Army Cadet Force – Scotland. West Lowland Battalion.

La partition qui est généralement interprétée figure dans le manuscrit Marches historiques, chants et chansons des soldats de France rédigé par le chef de musique Léonce Chomel avant la Grande Guerre et visible à la bibliothèque du Musée de l’armée. C’est lui qui donne les précisions historiques qui sont reprises ensuite couramment. Mais si Chomel fut un grand chef de musique militaire et s’il s’intéressait au patrimoine musical de l’armée, il n’était pas un historien et ses commentaires recèlent nombre d’inexactitudes. Il ne cite jamais ses sources ce qui complique les vérifications, ainsi pour la Marche de Robert Bruce.

Il est tout à fait improbable, voire impossible qu’une telle composition ait été jouée à l’époque de Jeanne d’Arc. Son armée n’avait pas de musique autre que les « musiciens d’ordonnance ». Il faut attendre Louis XIV pour entendre les premières compositions musicales militaires. Alors qu’en est-il de cette légende ?

Un récent entretien avec le Major (honoraire) Michael D. Roy, instructeur de cornemuse des cadets écossais de l’armée britannique, apporte une explication. Depuis l’Auld Alliance de 1295, les conflits entre l’Ecosse et l’Angleterre ont rapproché les Ecossais des Français dans leur lutte contre l’ennemi commun. Ceci explique que l’on retrouve un important contingent de soldats écosssais dans l’armée royale qui délivre Orléans. En 1420, 6000 Ecossais commandés par John Stuart, fils du duc d’Albany et régent d’Ecosse, débarquent à La Rochelle. En 1428 dès le début du siège, plusieurs compagnies écossaises défendent la ville d’Orléans, ils sont renforcés en février 1429 par un millier de combattants écossais supplémentaires.

Les troupes écossaises utilisent depuis longtemps la cornemuse dans leus combats et leurs festivités. L’instrument ne sert pas à la transmission des ordres mais au ralliement car les Highlands sont souvent recouvertes de brumes qui rendent l’orientation difficile. Les cornemuses jouant les airs des clans permettent alors aux guerriers de se regrouper en toute sécurité. Parmi ces airs ancestraux bien connus puisqu’il a longtemps fait office d’hymne national, Scots wha hae, permet de retrouver le thème utilisé dans la Marche de Robert Bruce. Ce morceau est aussi connu sous le nom de Bruce’s Adress to his Troops at Bannockburn. Il est plausible que cet air identitaire écossais ait pu être interprété souvent par les joueurs de cornemuse présent lors du siège d’Orléans pour leur rappeler leur pays et manifester leur spécificité. Il est inutile d’espérer une preuve tangible car le répertoire de cet instrument traditionnel relevait de la mémoire orale, ce qui ne lui a pas empêché de traverser les siècles. Cette explication est cohérente et concilie la légende avec l’histoire en attestant de la vielle fraternité d’arme qui a uni les soldats écossais et français jusqu’à la Révolution.

Pour une interprétation de la Marche de Robert Bruce (Léonce Chomel, 1910 ?) 

Pour une interprétation de Scots wha hae à la cornemuse et sans percussion.

Pour plus d’informations (en français) sur les répertoires de cornemuse écossaise, cliquez ICI et ICI.