Hommage à Pierre Darcourt, 

J’ai brûlé un cierge cet après-midi dans la cathédrale de Saigon, en hommage à l’ami Pierre Darcourt, disparu à l’âge de 91 ans. Des jeunes filles espiègles et des dames endimanchées m’ont souri. Pierre aurait aimé. 

J’ai appris sa mort dans cette ville de Saïgon-Cholon où il naquit, en 1926. Ce fils de l’Empire aimait l’Asie, « les Viets ». Il avait risqué sa vie pour eux, contre eux. Résistant très jeune face aux Japonais, puis emprisonné par le Vietminh, évadé, ce combattant né, intelligent et courageux, aimait le baroud, la fraternité d’armes, « la route » qu’il avait faite en Asie, y compris pendant la guerre américaine, puis en Afrique, d’abord comme soldat – dans les bagages de de Lattre – puis comme journaliste reporter de guerre, pour l’Express, l’Aurore, le Time, l’agence de presse japonaise Jiji Press et le Figaro. 

Blessé deux fois, l’ancien élève des écoles de Saïgon et de l’université d’Hanoï avait aussi écrit de nombreux ouvrages sur l’Asie et l’Afrique. Sa parfaite connaissance de la petite et de la grande histoire venait toujours enrichir son grand sens de l’observation et de l’humain. Son livre sur les dernières années du Vietnam libre, « Viet Nam, qu’as-tu fait de tes fils », est une formidable saga des dernières semaines de la guerre contre le Nord communiste, jusqu’en avril 1975. Le Prix Erwan Bergot de l’Armée de terre avait couronné en 2012 un de ses derniers livres, « L’Honneur et le sang », magnifique hommage aux guerriers sacrifiés de 1940.

En 1979, Pierre Darcourt avait fondé, avec son complice Pierre Sainderichin de France-Soir, l’Association des journalistes professionnels de la Défense (AJD). Des générations de jeunes reporters de guerre l’ont connu à cette époque et gardent en mémoire le souvenir de reportages mémorables, au Tchad, en Corée ou ailleurs. Il avait le culte de « la piste », de cette route qui, à ses yeux, faisait le tri entre les bons et…. les autres.

En 2002, il me persuadait de me présenter à la présidence de cette AJD qui venait de connaître quelques déboires. « C’est à ton tour de restituer ce qu’on t’a donné… » m’avait-il dit, toujours aussi sybillin. J’avais obéi à l’’ancien. J’en avais pris pour huit ans de présidence, éclairé à intervalles réguliers par les conseils rugueux de cet aîné qui m’avait initié à l’histoire vivante de l’Indochine, à un argot militaro-journalistique absolument savoureux, aux subtilités et à l’humour de la politique corse. Adieu camarade. De Saïgon-Cholon, un de tes cadets te salue avec respect et fraternité.

Frédéric PONS

Président de l’AJD de 2002 à 2010

Bibliographie :

  • « De Lattre au Viet-Nam – Une année de victoires » (1965),
  • « Requiem pour l’Église de Chine » (1969),
  • « Armée d’Afrique – La revanche des drapeaux » (1972),
  • « Vietnam, qu’as-tu fait de tes fils ? » (1976),
  • « La Défaite Indochinoise » (1976),
  • « Bay Viên, le maître de Cho Lon » (1977),
  • « La Mort Dans Les Yeux » (avec les commandos britanniques en Inde, 1997).
  • « Le roi des Bergers » (chroniques du maquis corse, 1994),
  • « Tchad, le chemin de la liberté » (1999),
  • « Le Tchad, 15 ans après – Hissène Habré, la Libye et le pétrole » (2001).
  • « L’Honneur et le sang – les guerriers sacrifiés » (2008).

Remise du prix Erwan BERGOT par le général Bertrand Ract-Madoux (CEMAT). Photo : JM Drahi.

Débat contradictoire entre grands reporters de retour du Sud Vietnam où a eu lieu la réunification du pays par les troupes du FNL et du GRP pro-communistes aidés des Nord Vietnamiens : le principal verrou avant Saïgon Danang est tombé, Roger PIC et Pierre DARCOURT, envoyé du journal l’Aurore donnent leurs impressions, l’un PIC en faveur de l’évènement, l’autre DARCOURT qui témoigne de la fuite des populations devant l’arrivée des Nord Vietnamiens, le représentant du GRP (gouvernement révolutionnaire provisoire) rappelle les demandes de négociations de la part de son gouvernement entre 1974 et mars 1975 (la reconquête ayant déjà commencé début de l’année).