samedi, 03 mars 2012
Polémologie, irénologie : quelle guerre ?, par François-Bernard HUYGUE

L'apparition, le succès ou le déclin des "logies" (cette désinence qui signale une discipline ayant un champs spécifique comme psychologie, sociologie, écologie..) obéissent-ils à des lois aussi rigoureuses que l'objet qu'elles étudient ? Pour le domaine qui nous intéresse, la guerre et la paix, nous partons avec un double handicap ou avec double charge : il existe une polémologie et un irénologie depuis plusieurs décennies.
Nous sommes ici censés au mieux les réconcilier, au pire susciter une controverse qui permettra à chaque camp d'afficher ses apories et de cerner les vrais points de désaccord. Or il n'y a guère de camps ou de polémiques : nous voici dans une situation - ni guerre ni paix chez les chercheurs - où personne ne semble désireux d'en découdre. La question des dogmes, méthodes et ambitions de chaque discipline semble presque obsolète tant les participants semblent préoccupés d'autres, à commencer par l'évolution de la guerre.
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mardi, 26 juillet 2011
Genèse de la polémologie (mémoire de Guillaume MONTAGNON)
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mardi, 10 mai 2011
Entretien avec Lucien POIRIER sur la polémologie (propos recueillis par Guillaume MONTAGNON)
Guillaume MONTAGNON : Comment avez-vous eu connaissance de la polémologie ?
Lucien Poirier : Capitaine en Indochine et sortant de la Légion étrangère, j’étais affecté au cabinet du Général de Lattre de Tassigny, haut-commissaire et commandant en chef sur ce théâtre. Un jour, dans une revue, en 1951, je vis la mention du livre Les Guerres, Eléments de polémologie de Gaston Bouthoul, que j’ignorais. J’écris pour qu’on m’envoie, à Hanoï, un exemplaire. A sa réception, je fus enthousiasmé. Cet ouvrage répondait à mon attente d’analyse excluant les éléments technique et stratégique des guerres. G. Bouthoul était originellement un sociologue. Cela m’incite à lui écrire, étant probablement le premier, dans notre armée, à l’avoir lu. Je rédigeai une recension de son livre, en 1951, dans la Revue militaire d’information, une petite revue où j’avais l’habitude de publier des chroniques bibliographiques.
Par la suite, rentré d’Indochine et affecté au Service d’information de l’armée, à Paris, je pris contact avec Bouthoul. Nos relations ont donc commencé dans les années 1951-1952, assez tôt. Ensuite, parti pour l’Algérie où j’ai effectué deux campagnes, puis revenu à la direction de la Revue militaire d’information, j’ai repris contact avec Bouthoul auquel j’ai demandé quelques articles pour la revue. Je crois, d’après ce qu’il m’a dit, qu’il n’était pas bien en cour à l’Université. C’était l’époque de la Guerre froide, le Parti communiste ayant une grande influence sur les cercles intellectuels, et Bouthoul était un esprit indépendant. Il a dû se résigner à être avocat d’affaires tout en publiant sur le phénomène-guerre.
Ensuite je fus affecté au Centre de Prospective et d’Evaluations rattaché au cabinet de Monsieur Messmer, ministre des Armées sous le général de Gaulle. C’est là que nous avons effectué nos recherches sur la nouvelle stratégie française, en particulier sur la stratégie de dissuasion nucléaire du faible au fort. Un jour, notre patron, Monsieur de l’Estoile, ingénieur de l’armement, me rapporta que le ministre avait rencontré son homologue hollandais qui lui avait demandé s’il connaissait Gaston Bouthoul. Monsieur Messmer l’ignorant, se tourna vers Monsieur de l’Estoile, qui ne le connaissait pas non plus. Celui-ci vient donc me voir et, comme j’étais en relation avec Bouthoul, me demanda une fiche pour le ministre, qui prit alors la décision de soutenir la polémologie en aidant Bouthoul. A l’époque, c’était très difficile, l’inspection des finances considérant ce mode de subvention comme un démantèlement de la puissance publique : toutes les recherches sur la guerre et la stratégie devaient s’effectuer au sein du ministère de la Défense, non à l’extérieur. On parvint néanmoins à octroyer un contrat d’études à Bouthoul. L’Estoiles m’en confia la gestion ainsi que celui avec le général Beaufre. Sur ces bases, Bouthoul put relancer son Institut français de polémologie.
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mardi, 10 octobre 2006
Gaston Bouthoul : LE PHENOMENE GUERRE
Si tu veux la paix, connais la guerre. Tel était le mot d'ordre du sociologue Gaston Bouthoul (1896-1960) quand, en 1945, il fonda la polémologie, étude scientifique des guerres et, plus largement, des phénomènes d'agressivité collective.
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