Lors du Conseil des ministres du 4 janvier, Laurent Fabius a présenté un projet de loi autorisant l’accession de la France au Protocole sur le statut des quartiers généraux internationaux dans les pays de l’Alliance. Pour rappel : ce Protocole fut signé à Paris, en 1952, avant que le général de Gaulle ne s’en retire en 1966, en déclarant que « la France se propose de recouvrer sur son territoire l’entier exercice de sa souveraineté, actuellement entamée par la présence permanente d’éléments militaires alliés, et de ne plus mettre de forces à la disposition de l’Organisation atlantique ». [1]

Certes, La France est restée membre de l’Alliance atlantique, mais le quartier général de l’Alliance a dû déménager en Belgique, et les soldats français ne participaient plus aux structures militaires intégrées, sous commandement étranger. Si la France est « rentrée », en 2009, dans l’OTAN, les risques identifiés jadis par le Général n’ont pas disparu pour autant. Parmi eux, le danger de voir le personnel, le savoir-faire, et la réflexion militaire française dissous dans un prêt-à-porter otanien, forcément uniformisant, inspiré, sinon dicté, par les Etats-Unis. Aujourd’hui, le communiqué officiel occulte cette évidence, en prétendant que l’accession au Protocole permettra « conformément aux conclusions du « rapport Védrine » de 2012, de renforcer l’influence de la France au sein de l’OTAN ».

Sauf que le rapport en question était plutôt sceptique sur ce point, et notait que la possibilité de voir la France « se fondre » dans la pensée de l’OTAN était « un risque à terme, pas immédiat, mais réel, à prendre en compte ». Auditionné à l’époque, Hubert Védrine ne semblait d’ailleurs pas du tout convaincu de la possibilité d’une quelconque influence, autre qu’américaine, au sein de cette organisation : « la nationalité du général qui transmet les ordres américains importe peu », a-t-il dit aux Sénateurs.

Dans le rapport, il appelait à la vigilance. Pour ce qui est du personnel, « il ne faudrait pas que l’affectation aux postes de responsabilité à l’OTAN devienne le seul aboutissement possible d’une carrière militaire française réussie ». Plus généralement, il dénonce « un risque de phagocytage » conceptuel et théorique ». A force de « s’en remettre » aux structures internationales, l’armée française pourrait perdre « sa capacité propre d’analyse des menaces, de réflexion et de prévision sur les scénarios et même de planification ».

Comment sera reçu ce nouveau projet de loi au Parlement ? Les députés accompagneront-ils cette « suite logique au retour dans l’OTAN » d’une longue liste de mesures et de garde-fous désignés explicitement pour empêcher de telles conséquences ? A suivre…

Source : IVERIS

[1] Lettre du président Charles de Gaulle au président Johnson, 7 mars 1966.