Les sociétés traversent une crise de civilisation que seul un système de sécurité repensé peut sauver de l’anarchie ou d’un désordre durable. Il n’est pas stupide de penser qu’une fois encore dans l’Histoire, l’évolution du corps social sera étroitement associée à celle du système militaire.

Eric de La Maisonneuve, La violence qui vient

——————————-

Suite aux récentes vagues migratoires et dans le climat de « guerre civile moléculaire » qui s’installe progressivement au sein de nos sociétés,

L’armée ennemie aura les caractéristiques suivantes

  • transnationale
  • low tech/low cost
  • recrutement sur la base d’un « récit commun » (religion-idéologie)
  • zébrage des territoires (zones de non-droit, enclaves, caches, tunnels)
  • contrôle des populations nationales via la terreur ou la protection mafieuse
  • tactique : créer l’insécurité par des attentats, des enlèvements, des check point mobiles
  • financement autonome via le commerce légal et illégal (système des gangs).

Lorsque ce modèle aura atteint sa masse critique, alors notre économie et nos sociétés s’effondreront, laissant la place à cette nouvelle réalité moléculaire.

… ceci à l’horizon d’une décennie

Braudel explique que les institutions (Etat, armée, etc.) ont une biographie au même titre que les individus : elles naissent, grandissent, vieillissent et meurent. Mais, précise-t-il, le temps des institutions est beaucoup plus lent que celui des hommes. Dans ces conditions, l’évolution précitée ne devrait pas intervenir en 2016, ni en 2017. Il faut attendre que nos systèmes socio-politiques arrivent à saturation. Dès lors, l’horizon d’une décennie semble être une estimation plus ou moins correcte.

Gouvernement, armée et police ont déjà perdu cette guerre

Plutôt que de chercher l’appui de leurs citoyens (hearts and minds), les instances étatiques susmentionnées cèdent à la tentation du « tout sécuritaire » : c’est la dérive vers l’Etat-policier qui accélère encore la désaffection du peuple vis-à-vis de ses institutions.

Il faut construire une 2ème ligne de défense

Dans le brouhaha médiatique, le stress de la vie quotidienne et la boboïsation ambiante, seuls un petit nombre de citoyens sont en mesure de réagir parce qu’ils ont conscience du danger et de l’état de délitement social dans lequel nous vivons. Le moment venu, ces sont eux qui chercheront à reprendre l’initiative, à organiser les gens qui les entourent pour assurer leur sécurité, à créer de petites coopératives pour garantir les biens et services de première nécessité… comme c’est d’ores et déjà le cas au Mexique dans les unités d’autodéfense ou dans les cantons kurdes en Syrie-Irak.

Bernard WICHT

Privat-docent à la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne

N.B. : La citation en exergue date de 1997. Elle apparaît prophétique par rapport aux évolutions actuelles. Implicitement aussi, elle indique que, pour ceux s’efforçant d’analyser honnêtement la mutation de notre monde, ces tendances étaient déjà parfaitement décelables il y a presque 20 ans !

Lire aussi l’entretien sur le concept de « défense citoyenne » que Bernard Wicht a accordé à Theatrum Belli en octobre 2013