BritanniquesL’OTAN a du mal à trouver des renforts pour son opération «Médusa» dans le sud de l’Afghanistan, où les alliés sont confrontés à de violents combats avec les talibans.

Pour mater l’insurrection, dont l’intensité a surpris les responsables de l’Otan, le général James Johns, chef militaire de l’Alliance, réclame un «bataillon» de réserve supplémentaire, soit 2 500 hommes environ. Jusqu’ici son appel n’a pas été suivi d’effets. L’Otan a déployé 10 000 soldats dans le Sud. Après une rencontre entre chefs d’état-major à Varsovie, une réunion de «génération de forces» s’est tenue hier, au Shape, le quartier général de l’Alliance. Les représentants militaires des 26 États membres ont réagi avec la plus grande prudence aux demandes de renforts de l’Otan. «Ils disent tous qu’ils n’ont plus de réserves !», résume un diplomate. Le secrétaire général de l’organisation compte sur la réunion des ministres des Affaires étrangères à New York pour obtenir des renforts en Afghanistan.

Première sollicitée, l’Allemagne a décliné, mardi, la requête de l’Otan. Le ministre allemand de la Défense a expliqué qu’il ne pouvait pas envoyer ses soldats dans le sud, en raison d’un mandat très clair du Bundestag, qui interdit aux soldats allemands de participer à des combats.

«A bout de forces»

L’Allemagne a déployé 2 900 soldats à Mazar e-charif, une région plutôt calme, au nord de l’Afghanistan. D’après le ministère de la Défense, elle n’entend pas en bouger, ni changer son mandat. Les autres pays européens mettent en exergue leur engagement récent au Liban pour ne pas envoyer de renfort dans le Sud afghan. Avec 2 000 Casques bleus au Liban, 1 200 soldats à Kaboul, et 200 forces spéciales à Jalalabad, des milliers d’hommes en Afrique et dans les Balkans, la France a fait savoir à l’Otan qu’elle était à «bout de forces». D’après le ministère de la Défense, 15 000 soldats français sont aujourd’hui déployés sur des théâtres d’opération, ce qui implique 60 000 hommes sur le pied de guerre, sur un total de 100 000 hommes projetables. «La France ne peut être montrée du doigt. Elle a largement prouvé sa solidarité alliée», constate un diplomate français. Également engagées au Liban, la Turquie, l’Italie et l’Espagne ont décliné les demandes de renforts de l’Otan. Mais les responsables de l’Alliance ne désespèrent pas. «L’opération «Médusa» remporte des succès. Elle a atteint deux tiers de ses objectifs sur le terrain», assurait, hier, le porte-parole, James Appathurai.

Pendant ce temps, la Grande-Bretagne, le Canada, les Pays-Bas et le Danemark, confrontés à une résistance armée des talibans, se plaignent du manque de solidarité alliée. Ils réclament des hommes, des chars et des avions de combat. «Nous pensions que c’était une mission de paix, pas la guerre : nous n’étions pas préparés à ces combats !», confie un diplomate danois. Les alliés ont perdu 21 soldats dans les combats en Afghanistan. L’Otan estime à 500 le nombre de talibans tués depuis le début de l’opération «Médusa», et pense, malgré les difficultés, pouvoir «nettoyer» le Sud afghan d’ici à Noël.

Alexandrine BOUILHET

Source : FIGARO.FR