Terrorisme BaudAuteur reconnu pour ses différents ouvrages sur le renseignement et le terrorisme depuis une quinzaine d’années, Jacques Baud nous propose aujourd’hui une large synthèse sur ce thème d’une actualité brûlante.

L’auteur se fixe pour objectif de « tenter de comprendre les erreurs commises » depuis la fin du XXe siècle et il commence pour cela par présenter trois acteurs étatiques essentiels : les Etats-Unis (« Depuis la fin de la Secone guerre mondiale, à part quelques victoires à la Pyrrhus dans des conflits de dimension tactique-opérative -Grenade, Panama, Koweit- les forces armées américaines ont été relativement inefficaces dans les conflits nécessitant une approche stratégique complexe dépassant l’usage de la force »), Israël (« Travaillant dans un véritable carcan idéologique, les autorités et les services de renseignement n’ont pas créé les outils nécessaires à la lutte contre le terrorisme au niveau stratégique. La lutte est donc menée avec une certaine efficacité au niveau tactique, mais tend à générer davantage de terrorisme ») et l’Iran (« En dépit d’écarts verbaux provocateurs, les dirigeants iraniens se sont montrés très rationnels dans leurs choix. Les déclarations spectaculaires contre Israël et les Etats-Unis doivent être prises pour ce qu’elles sont : une rhétorique »), sans oublier la Turquie (« A tort ou à raison, pour l’Etat turc, l’image de la menace est constituée par les Kurdes, alors que l’Etat islamique ne figure pas dans cette image, du moins pas directement ») et les monarchies pétrolières (« Il existe dans ces pays des forces concurrentes, indépendantes de l’Etat, suffisamment puissantes et riches pour déstabiliser la région , mais qui contribuent à leur stabilité intérieure »). Une analyse sans concession pour conclure : « On se trouve face à une succession de décisions prises dans l’urgence, sans vision de long terme et basées sur une grande méconnaissance de l’environnement politico-militaire ; avec comme conséquence une absence de cohérence ». Notons également que la France et l’Europe sont totalement absentes de ce tableau initial, ce qui en dit long sur leur poid réel dans la région.

Le livre revient ensuite longuement sur l’histoire de la nébuleuse Al-Qaïda depuis les années 1990, sur les conflits d’Afghanistan, d’Irak, de Libye et de Syrie, avec cette conclusion partielle après avoir évoqué les attentats de 2015, qui résonne de la même façon : « Nos mesures ne sont pas intégrées dans une cohérence stratégique, mais ne sont qu’une suite d’opérations tactiques ». L’auteur aborde plus largement la problématique générale du terrorisme dans les deux dernières parties, en s’intéressant aux définitions du Djihad, son rapport à la guerre asymétrique (la notion d’espace, celle de « victoire ») puis aux djihadistes eux-mêmes, ni psychopathes, ni fous, mais dont au contraire on constate qu’ils sont statisquement à la fois jeunes et éduqués et que la religion n’est finalement parfois qu’une apparence : « Par crainte d’excuser, on n’écoute pas, on n’explique pas et, donc, on ne comprend pas ». Il s’intéresse également à la notion de « Djihad ouvert » et au « Djihad individuel », qui laissent désarmés les Etats occidentaux. Enfin, il revient longuement sur les logiques de fonctionnement de nos sociétés, sur les services de renseignement, leur déficit analytiqye et leurs carences stratégiques, sur l’illusion du « tout électronique » et sur la distinction entre contre-terrorisme (préventif) et antiterrorisme (préemptif). Rappelant la formule de Sun Tsu, selon lequel « la tactique sans stratégie n’est que du bruit avant la défaite », Jacques Baud observe en conclusion que la laïcité (ou la disparition de la religion chrétienne) favorise la radicalisation contre les « impies » et « apostats », et appelle à une cohérence retrouvée sous la forme d’une véritable volonté stratégique.

Un livre dense et intéressant, qui ne peut que susciter de nombreuses réflexions. L’auteur ne mâche jamais ses mots et ne se cache pas vers des circonvolutions de langage, tout en nous faisant part de sa longue pratique de ces sujets : un ouvrage utile pour décrypter les situations récentes et en cours.

Source : Guerres & Conflits

Editions du Rocher, Monaco, 2016, 423 pages, 21,- euros.