Mécontent du projet de réforme de l’armée, le Groupe Giardino accuse de mollesse la Société suisse des officiers et appelle à le rejoindre. La démarche passe mal parmi les officiers de milice.

Ça chauffe entre les officiers de la milice! Le groupe Giardino a adressé un courrier aux présidents des 24 sociétés cantonales d’officiers, que chapeaute la Société suisse des officiers (SSO), pour faire part de son désaccord sur le projet de réforme de l’armée (DEVA), présenté en octobre dernier par le ministre de la Défense Ueli Maurer.

Le ton déterminé et sans concession du Groupe Giardino «Pour une armée de milice forte» pointe du doigt, selon lui, la mollesse de la faîtière des officiers de milice. Et demande aux associations cantonales de se distancier de cette dernière. La démarche passe évidemment mal.

Soldats suisses

 L’armée a deux ennemis

«L’armée a deux ennemis ! Les extrémistes anti-armée du Groupe pour une Suisse sans armée (ndlr: GSsA) et de l’autre côté d’autres extrémistes : ceux du groupe Giardino qui, déçus des réformes en cours depuis deux décennies, font tout pour déstabiliser l’institution», explique sous couvert d’anonymat un spécialiste de la chose militaire. Le groupe Giardino est, il est vrai, adepte d’un parler intransigeant, voire davantage (lire ci-contre) qui déplaît par la virulence de ses prises de position.

«Mais enfin, il n’y a rien de polémique. Nous sommes en démocratie. La SSO a dit oui avec des réserves au DEVA. Nous disons non !», rétorque François Villard. Le Genevois est le seul Romand membre du comité du Groupe Giardino.

«La SSO donne un avis que nous ne partageons pas. Nous rendons attentifs les officiers suisses au fait que l’armée s’est engagée dans un processus qui la détruit littéralement. Car cette réforme appliquée, l’armée ne pourra tout simplement pas répondre à sa mission constitutionnelle : défendre la Suisse et sa population.»

Le ton irrespectueux

L’enjeu de cette polémique est donc bel et bien les réformes de l’armée. Et si, sur certains points, la faîtière des officiers suisses peut rejoindre le Groupe Giardino, elle ne partage pas la méthode.

«Nous ne sommes absolument pas d’accord sur la forme de cette lettre», explique Etienne Guggisberg, le vice-président de la société vaudoise des officiers. «Il est inadmissible d’avoir des propos irrespectueux envers le Conseil fédéral comme envers le chef de l’armée. Si nous pouvions avoir quelque sympathie pour les prises de positions courageuses du Groupe Giardino, nous sommes désormais obligés de nous distancier : nous ne tolérons pas ce manque de respect envers l’institution», poursuit Etienne Guggisberg.

La SSO se distancie

Même son de cloche auprès de Denis Froidevaux, le président de la SSO. «Je confirme l’existence de cette lettre qui se double d’une pétition du Groupe Giardino qui demande le renvoi pur et simple de toute volonté de réforme, l’achat immédiat du Gripen sans référendum, et de manière plus ou moins allusive la mise à pied de tout l’état-major de l’armée», rapporte Denis Froidevaux. A sa connaissance, aucune section de la SSO n’a répondu favorablement à la missive du Groupe Giardino.

Et le président de la SSO de tenter de calmer le jeu, tout en se montrant déterminé. «L’attitude du Groupe Giardino est néfaste. Il ne veut que diviser des gens qui sont attachés à une armée de milice forte et de qualité. Giardino veut l’armee dont il rêve alors que la SSO celle dont on a besoin», prévient Denis Froidevaux.

Et le Vaudois qui préside la SSO de préciser : «Nous voulons une armée de son temps et en adéquation avec notre société. La SSO travaille toujours dans un esprit de consensus afin de trouver des solutions sans que cela nous empêche d’être critiques.»

Xavier ALONSO / Tribune de Genève