« C’est par la résolution plus que par le nombre des hommes que se décide l’issue des guerres. Nous disposons d’une force qui n’est pas négligeable, car nous voici réunis au nombre de deux mille et nous sommes bien à couvert en ce lieu qui devra être notre base pour porter des coups à l’ennemi, soit en attaquant des groupes isolés, soit en dressant des embuscades sur son passage. Ainsi remporterons-nous des succès qui accroîtront nos forces et inspirerons-nous à l’adversaire une crainte qui ne sera pas médiocre. Si l’armée ennemie s’avance contre nous, nous lui résisterons, puisque nous serons efficacement protégés par la solidité de cette position et par cette forêt. Dans les rangs des assaillants qui, faute d’avoir une vue d’ensemble sur nous, viendront de plusieurs côtés, régnera la confusion : ils ne pourront emboîter normalement le pas aux hommes de tête, leurs rangs se disloqueront et, comme ils seront incapables de diriger leurs traits ainsi que leurs javelots, leur tir sera inefficace, tandis que nous, nous leur porterons d’autant plus de coups. Abrités par la forêt, nous lancerons sur eux, de notre position dominante, des traits qui iront au but ; nous pourrons agir en toute sécurité, et il ne leur sera pas facile de nous infliger des pertes. Quant au combat au corps à corps, s’il faut en venir là, ce sont les plus grands périls qui inspirent l’ardeur guerrière la plus vive et on tient tête à l’ennemi d’autant plus vigoureusement qu’on a plus de mal à sauver sa vie, si bien que ce qu’on n’attendait plus arrive, alors que l’on se bat pour obtenir l’impossible et que, poussé par l’espoir de châtier l’ennemi, on défend des biens qui en valent la peine. Jamais personne, avant nous, n’a eu de meilleures raisons de s’indigner, tandis que nos familles et notre cité sont au pouvoir de l’ennemi. Ceux-là aussi se retourneront contre nos adversaires qui, par contrainte, font campagne avec lui, dès qu’ils nous verront passer à l’attaque, car ils retrouveront l’espérance de recouvrer leur liberté.

J’ai encore appris que la flotte de l’empereur, qui n’est pas éloignée, va nous secourir ; avec son appui, notre offensive sera irrésistible. En outre, je crois que nous entraînerons les Grecs à partager notre ardeur. Pour ma part, sans me tenir à l’abri des coups et placé dans une situation qui n’est pas meilleure que la vôtre, j’affronte les mêmes épreuves par amour du courage et je courrai tous les risques pour sauver les biens les plus précieux et ne pas décevoir l’estime que me porte la cité. Tous les hommes devant en fin de compte quitter la vie, mourir en combattant pour la patrie est la plus belle des récompenses. Si, d’après ce qu’on lui en a dit, quelqu’un d’entre vous s’effraie à l’idée du malheur où est plongée notre cité, qu’il pense qu’il est arrivé à la plupart des villes d’être prises par un ennemi surgissant à l’improviste… On peut prévoir que la Fortune sera avec nous. Notre cause est on ne peut plus juste, puisque nous luttons contre des agresseurs iniques et, en règle générale, c’est selon ce critère que la Divinité arbitre les affaires humaines : elle s’emploie à soulager ceux qui sont dans le malheur et à leur donner un sort meilleur. Il est beau de nous pénétrer de l’image de notre patrie telle que nos aïeux l’ont faite, d’offrir par notre courage et notre amour de la liberté un exemple aux Grecs et de jouir auprès de nos contemporains et de la postérité d’une gloire impérissable, en montrant par des actes que, même dans le désastre, la résolution des Athéniens ne peut être entamée. Prenons comme mot d’ordre nos enfants et nos biens les plus chers, puis marchons au combat en invoquant les dieux qui nous protègent. »