TROMPETTE_ET_SERVANTEJean-Louis Couturier est un des rares musicologues à travailler sur la céleustique. Il vient de publier dans la Revue historique des armées un article fondateur sur l’origine des sonneries de trompette, que vous pouvez lire ICI. En effet, nous sommes bien là dans les signaux de transmission des ordres indispensables à la conduite des troupes. La trompette est bien utilisée dans les orchestres et les grands compositeurs écrivent des pièces pour cet instrument, mais il n’est question ici que de signaux d’ordre exécutés par des musiciens d’ordonnance qui, la plupart du temps, ne lisent pas la musique et jouent d’oreille. Ainsi malgré leur importance, ces signaux ont été rarement relevés.

Le mérite de ce travail est de nous plonger dans la genèse et l’évolution de l’instrument d’ordonnance de la cavalerie en présentant les rares sources qui nous sont parvenues. Ainsi sont présentés Philidor et son recueil de Marches et batteries…, Mersenne et son Harmonie universelle, Bandinelli et la première méthode de « trombetta », sans oublier les transcriptions imparfaites de Lecocq-Madeleine. L’instrument en usage dans les armées royales est différent de celui que l’on connait actuellement. Il était fabriqué dans la tonalité d’ut et de ré pour les trompette dite « à boule », souvent par de réputés facteurs germaniques. Il adoptera sa forme actuelle et la tonalité en mi bémol sous le Consulat. L’auteur procède pour la première fois à une transcription, une analyse musicale et une comparaison des différentes partitions anciennes. Ses observations lui permettent de proposer des explications nouvelles sur la façon de jouer des instrumentistes à ces époques.

L’aspect règlementaire est traité avec la mention des principaux textes concernant l’instrument et l’instrumentiste, l’établissement d’une école de trompettes aux Invalides en 1731 et spécialement l’ordonnance du 1er juin 1766 qui publie les premières partitions officielles des sonneries en usage dans la cavalerie. Cette ordonnance sera réformée en 1803 par les nouvelles sonneries de David Buhl qui dirige alors l’école de trompettes de Versailles et va avoir une influence déterminante sur la trompette de cavalerie française. Buhl fit plusieurs adaptations à partir des sonneries existantes et composa la plupart des sonneries de cavalerie en service encore aujourd’hui auxquelles il imposa le style typique du staccato, le coup de langue du trompette. Couturier signale que les partitions de sonneries revues par Buhl en 1825, mais envoyées dans les unités seulement en 1829, révèlent que Buhl connaissaient certainement le manuscrit de Philidor car il s’en inspire pour la sonnerie A Cheval. Les mises à jour ultérieures de l’ordonnance sont évoquées, ainsi que l’usage de l’instrument jusqu’à la dernière composition, celle de la sonnerie Aux morts en 1932. Nous avons là un travail de référence sur ce magnifique instrument que chacun a déjà entendu, mais on connait généralement très mal le répertoire et les usages. Il faudra bien un jour enregistrer les anciennes sonneries avec les instruments de l’époque.

——————————

Illustration : Le trompette et la servante de Peter Leermans (1650-1706), du site de J-L Couturier.