Dans une période où le gouvernement est englué dans les problématiques migratoires (avec l’affaire Léonarda), la visite de Jean-Yves Le Drian au 4e RE le 25 octobre dernier prend un accent particulier.

En effet, ce régiment accueille et forme les jeunes légionnaires de toutes nationalités. Sur 7000 soldats que compte la Légion étrangère, quelques 4000 passent chaque année par Castelnaudary. Certains arrivent sans savoir parler un mot de français. Le tour de force du régiment est de transformer ces jeunes volontaires et pour reprendre les mots du capitaine C « de faire de ces hommes aux multiples couleurs culturelles une mosaïque harmonieuse » en un temps record.

Avant de pouvoir se comprendre par la langue, les jeunes légionnaires vont « correspondre » par le sport, première brique d’intégration. Le premier « dialogue » se fait dans la chambrée spartiate (pouvant accueillir 8 personnes) à travers des compétitions de pompes et d’abdos. Cours de français effectués par des cadres, mise en condition physique, montage et démontage des armes, tirs au Famas et au PA, cours de secourisme ponctuent les journées des jeunes recrues. L’entrainement quotidien des jeunes légionnaires obéit à la maxime commune à toutes les armées du monde « la sueur épargne le sang ». Le « drill » doit aboutir à des automatismes comportementaux qui permettront de répondre à des situations de combats intenses et de sauver des vies. « Chaque légionnaire peut et doit être le premier maillon de la chaîne de secours en exercice, en permission, mais surtout en opération. » Les journées sont longues et les nuits courtes.

Nous nous rendons dans une classe où les jeunes soldats apprennent tant bien que mal les rudiments de la langue française. Sur leur table de cours, un dictionnaire bilingue, le « carnet de français du légionnaire », le carnet de chants de la Légion (*), un exemplaire du magazine « Képi blanc ». Ce que me laisse à penser que la Légion est peut-être le premier organisme de promotion de la francophonie à l’heure où des « chanteurs » français « défendent » nos couleurs à l’Eurovision en chantant en…anglais.

Au 4e RE, les jeunes recrues passent également leur permis toutes catégories. Un parc regroupe des véhicules légers, des bus, des poids lourds et super poids-lourds. Un atout supplémentaire pour sa reconversion professionnelle en cas de départ à la fin de son contrat. Dans la salle de cours nous nous retrouvons avec un japonais, un chinois, un népalais et un roumain regardant attentivement l’écran sur lequel est affichée la photo d’un semi-remorque tournant dans un carrefour urbain.

Le moment le plus émouvant fut la cérémonie de remise du képi blanc. Cette cérémonie solennelle vient clôturer la première phase de formation. Elle se déroule après une marche longue et intense de plusieurs dizaines de kilomètres. A haute voix, nous entendons les différentes langues se réunissent pour former une immense ovation où le crédo guerrier du légionnaire est déclamé à haute voix. Nietzsche écrivait « Là où il y a une volonté, il y a un chemin ». Cette volonté d’intégration dans la grande famille Légion se poursuit parfois avec une naturalisation. Cette volonté de servir un pays qui n’est pas son pays d’origine, d’être blessé ou bien tué pour lui est l’ADN du légionnaire. La Légion réussirait-elle là où l’éducation nationale bat de l’aile ?

Les légionnaires sont fidèles à cette attitude, je dirais même à cette gratitude, qui fut déjà celle d’un Lazare Ponticelli. Le dernier vétéran officiel français de la Première Guerre mondiale, décédé en 2008 à l’âge vénérable de 110 ans, avait déclaré dans une de ses dernières interviews : « La Légion a fait de moi un Français. J’ai voulu défendre la France parce qu’elle m’avait donné à manger. C’était ma manière de dire merci. » Lazare Ponticelli s’était engagé à la Légion en 1914 à l’âge 16 ans en mentant sur son âge.

* Le chant est un excellent vecteur d’intégration des diversités comme l’a déjà relaté notre collaborateur Thierry Bouzard, spécialiste des chants et des musiques militaires.

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