Enregistré pour la première fois sur le 25 cm Decca, Para n° 1, ce poème sera repris sur un 30 cm du 1er RHP en 1978, puis plus récemment par la promotion de l’EMIA Général Bigeard en 2012, sans compter les diverses compilations sur vinyls ou CDs plus ou moins identifiables. Internet nous a permis d’entrer en contact avec son auteur et de retrouver les circonstances de la création de ce poème parachutiste.

Il a été écrit en 1955 par Robert Millot alors engagé volontaire pour 5 ans (1952 à 1957) à la base d’Etampes, alors aussi utilisée comme centre d’entrainement parachutiste. Il est chargé d’équiper les avions de matériel radio. Il raconte dans un témoignage du 22 avril 2013 : « Alors que j’assistais à un entraînement de parachutistes sur la base, j’ai observé avec effroi à la chute brutale d’un militaire dont le parachute ne s’était pas ouvert. Je garde en mémoire le bruit insoutenable du corps arrivant au sol alors que je me trouvais au moins à 100 mètres du lieu d’impact. Nul doute que cette vision m’inspira un peu plus tard à écrire le poème « Les Roses du parachutiste ». Autre élément réel, la victime était un africain que je cite dans mon poème. J’ai, bien entendu, arrangé mon écrit, une manière de rendre hommage à cette personne que je ne connaissais pas. Je me suis identifié au soldat qui dépose les roses en forme de croix, un transfert nécessaire de ma personne qui m’a sans doute permis d’évacuer en partie le choc émotionnel ressenti au moment de l’accident. Ce poème, ayant été édité et même inséré dans un essai littéraire « le trèfle à 3 cœurs », a fait l’objet d’un dépôt à la Société des gens de lettres. »

C’est l’époque où les éditions Decca lancent leur collection militaire qui comprendra près de 80 titres. Le poème de Millot est enregistré sur le premier 25 cm de la série parachutiste (réf. 123.840) qui sera vendu à 4000 ou 5000 exemplaires, signe d’une certaine popularité.

Pour écouter l’enregistrement de 1978 du poème : 

Les Roses du parachutiste

Il était là, debout, son calot d’une main.
De l’autre un bouquet de fleurs, des roses.
A ses pieds, sur la terre fraîchement remuée
Son meilleur ami, un noir, dormait pour toujours, le corps disloqué.
Deux jours auparavant, son parachute s’était mis en torche,
Et les 800 mètres qui le séparaient du sol,
N’avaient pas duré 20 secondes.
Juste le temps de dire une prière.
Sa famille, il y avait longtemps
Qu’il n’en avait plus de nouvelles.
Peut-être est-ce pour ça
Qu’on l’enterra comme un chien
Juste un trou, pas même une croix.
Et lui il était là, debout
Son calot d’une main et de l’autre
Un bouquet de fleurs, des roses.
Ses lèvres murmuraient une prière
J’avais vu le signe de croix,
Puis, sur la terre fraîchement remuée,
Il déposa les roses en forme de croix.
Et de ses yeux, deux larmes
Coulèrent sur ses joues.