Un des programmes de défense le plus décrié de ce siècle est sans conteste celui voulant donner naissance à l’avion de combat le plus moderne, et qui doit équiper la très grande majorité des pays occidentaux alliés des USA. Cependant, la vision des Etats Unis d’Amérique va bien au-delà d’un système d’arme efficace. Le pays ne souhaite rien de plus que de se placer en tant que le leader suprême technologique, et de manière incontestable. Il n’y a pas ici de théorie du complot, mais une analyse des faits qui amène son auteur à une conclusion plus générale, et ouverte au débat.

La spirale vicieuse dans lequel le programme s’est enfoncé ne devrait pas le remettre en cause, et le désormais célèbre adage « too big to fail » (trop gros pour échouer) n’en est pas la seule raison. Au terme de notre analyse, vous allez comprendre que les dépassements de coûts à outrance ont même un effet bénéfique dans la stratégie de dominance des États-Unis. Vous êtes sceptique ? C’est normal. Suivez le guide !

Sommaire :

  1. Un programme avant tout politique.
  2. Un échec technique programmé.
  3. Une histoire de masse.
  4. Un programme dont l’avion n’est pas la priorité ?
  5. Une offre commerciale alléchante.
  6. Mais des conditions désavantageuses.
  7. Le F-35, un produit qui rend dépendant.
  8. Comment les USA annihilent la concurrence.

 

  • 1) Un programme avant tout politique.
Le programme F-35 est sur une pente délicate, personne ne peut le nier. Il est né du besoin de toutes les armées américaines (USAF, US Navy et USMC) de remplacer leurs flottes d’avions de combat respectives dans un contexte d’après-guerre froide, où la doctrine du « tout technologique » (ou technologisme) était mise à mal par le début du conflit en Afghanistan qui allait bouleverser les doctrines occidentales et réorienter les acquisitions pour les 15 années qui suivent.
Malgré tout, une vision politique dictée par le pentagone imposera aux armées d’unir leurs forces dans un programme dont le nom ne laisse place à aucun doute : le « Join Strike Fighter ». Là encore, rien n’est laissé au hasard. Lorsque les états majors des armées auront débloqué des lignes de crédit par milliards dans ce programme, tout retour en arrière sera fortement compliqué. L’objectif est de verrouiller le projet. Jamais aucun politicien ne sera suffisamment puissant et influent pour menacer d’arrêter ce programme, sous peine de se mettre à dos l’ensemble de l’armée, ainsi que son propre parti politique.
Car c’est là une autre facette du complexe industriel militaire américain. Avec le programme F-35, Lockheed Martin et ses principaux sous-traitants offrent du travail dans plus de 90% des états. Ce n’est pas pour rien… La visée politique est assez cynique, mais elle se résume ainsi. LM (Lockheed Martin) créé de l’emploi dans un état, et obtient en retour le soutien politique des dirigeants de cet état. Les gouverneurs, de leur côté, ne pourraient pas afficher les moindres critiques sur le programme sans risquer de se mettre à dos l’opinion publique qui prendra fait et cause pour l’entreprise qui donne du travail qualifié et donc bien rémunéré, surtout en cette période de crise.
Ce qui pourrait être un partenariat gagnant/gagnant est en réalité très vicieux, et il explique en grande partie pourquoi aucun pouvoir politique n’osera remettre en question ce programme.
Sur la carte interactive présente sur le site officiel, vous remarquerez que seuls cinq états (sur les 50 que compte les États-Unis) ne profitent d’aucune retombée sur le programme F-35 : L’Alaska, Hawai, le Wyoming, le Nebraska, et la Louisiane. Ce sont des états parmi les moins peuplés, totalisant moins de 9 millions d’habitants, soit 3% de la population totale des USA. En réalité ce n’est pas vraiment la population qui compte, mais le nombre de grands électeurs par état. Mais le principe est là.

Lire la suite de l’article éclairant de Bruno Etchenic sur le site : PORTAIL-AVIATION.COM