Nous sommes bien informés, car les codes de lois précisaient la composition de l’armement de base: en Suède, un bouclier, une lance, une épée, un casque, une cotte de maille, un arc et des flèches; en Norvège, une hache en plus. Notons la précision, ici consignée cum grano salis, que donnera, au XIIIè siècle (mais sûrement à partir d’un original plus ancien), la Hirdskra (Rôle de la « maison » -du roi- norvégienne): « Les armes sont sécurité et protection dans la guerre, honneur et distinction dans la paix, et elles représentent de bons investissements de capitaux utilisables en tous besoins susceptibles de survenir en quelque cas que ce soit ».

La hache, de fabrication locale en général, est une arme redoutable, de jet (handöx) ou d’assaut, d’ordinaire à un seul tranchant et à talon. Elle peut être large à long manche (öx vida), avoir des « cornes », c’est-à-dire un fer courbe terminé par deux pointes (snaghyrnd), un très long manche (bolöx). Le fer est souvent réhaussé d’incrustations (màl) d’argent (silfrrekinn). Mais c’est la fameuse épée longue (environ un mètre de lame) à tranchant double qui fait la fierté de son possesseur. Pourtant, la trempe du fer laissait à désirer et les textes ne manquent pas qui nous dépeignent les combattants obligés de redresser la lame sous leur talon pendant les pauses. C’est pourquoi les meilleures étaient importées de Rhénanie et orgueilleusement signées de leurs fabricants (Ulfbehrt, Inglerii). La poignée, d’une bonne dizaine de centimètres, délimitée en général par deux gardes plates parallèles (hjölt), est tout à fait caractéristique, encore que la garde supérieure admette diverses sortes de variantes et de décorations, de même que le fourreau. La sax, à un seul tranchant, se rapproche de la scramasaxe franque, ou du fauchard, ou du vouge, et peut être tenu pour une variante de l’épée. Quant à la lance (geirr) et à l’épieu (spjot), armes de jet et d’estoc, ils ont un fer allongé typique, e forme de losange. Ce fer était cloué au manche par des geirnaglar (clous de lance) qui avaient une valeur juridique et peut-être aussi religieuse. Ils étaient, eux aussi, adornés de màl, sur le fer comme sur le talon (aurfalr). L’arc (bogi) et les flèches (örr) semblent avoir été moins fréquents.


Quant aux armes de protection, mentionnons la brynja (broigne), une cotte de mailles à anneaux de métal entrelacés qui a supplanté la treyja ou la panzari, cuirasses de laine ou de cuir. Le casque (hjàlmr) ne porte pas de cornes (cet usage remonte à des temps très anciens et avait un sens purement décoratif ou rituel), non plus que de pointes ni d’ailes! Conique, à nasal, du type morion (stalhufa), avec gorgerin (halsbjörg) et protège-joues (kinnbjargar), il est souvent réhaussé de plaques de plaques de métal historiées. Pour le bouclier, il a d’abord été rond (buklari, notre rondache) avec poignée de cuir et bosse centrale, puis oblong (skjöldr, notre écu), rectangulaire, effilé dans le bas, plat ou courbe. C’était un objet de grand prix, très souvent peint ou décoré de scènes qu’à l’instar des poèmes homériques décrivent des morceaux scaldiques comme la Ragnarsdrapa de Bragi Boddason le Norvégien ou la Haustlöng de Thjodolfr des Hvinir, toutes deux du IXè siècle.

Régis Boyer

in Les Vikings