TurquieDepuis l’arrivée au pouvoir de l’AKP en 2002, la Turquie a développé une ambitieuse politique étrangère vers le Moyen-Orient, zone autrefois délaissée par Ankara. Elle correspond à une vision stratégique qui place la Turquie à l’articulation de plusieurs espaces géographiques pour démultiplier son action internationale.

Conformément à la doctrine du ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoğlu, la diplomatie turque s’est employée à porter un projet de transformation pacifique et d’insertion globale du Moyen-Orient, dont la Turquie serait la principale bénéficiaire. Les révolutions arabes sont au départ apparues comme autant de confirmations de la nouvelle puissance de la Turquie dans des pays qui furent sous domination ottomane. Ankara est alors apparu comme un modèle politique possible pour les pays arabes, sortant de plusieurs décennies de régime autoritaire. Les dynamiques contre-révolutionnaires, le passage à la violence et la communautarisation des conflits ont contribué à isoler la Turquie dans un Moyen-Orient qu’elle prétendait rassembler. Cet isolement stratégique, particulièrement perceptible à l’aune des promesses antérieures de Davutoğlu, a remis en cause la puissance turque et alimenté les critiques du gouvernement AKP.

Les contributions de cette étude de l’IRSEM se penchent sur les formes prises par la puissance dans un Moyen-Orient en pleine transformation. Cette perspective demande de se dégager d’une conception substantialiste de la puissance pour la considérer de manière relationnelle. L’analyse des instruments de la politique extérieure et des relations bilatérales deviennent autant d’indicateurs du rôle joué par la Turquie dans la région.