Dans la première décennie du 20e siècle, l’empire français est secoué par différents événements. La guerre qui s’annonce s’accompagne de changements. En Algérie, « l’exode de Tlemcen » (1910) amène des centaines d’indigènes à prendre le chemin de l’exil vers le Moyen-Orient. L’annonce du service militaire les fait partir. Ce n’est pas le seul exode. En 1912, des travailleurs algériens s’embarquent clandestinement pour la France. Ils étaient attirés par des salaires meilleurs que ceux qu’ils avaient dans les domaines coloniaux.

La demande de main d’œuvre dans les usines françaises entraîne en effet l’arrivée en France de centaines de travailleurs (qui découvrent la solidarité syndicale) avant ceux qui vont se battre pour une « patrie » dont ils ne connaissent rien le plus souvent. On fuit la guerre des autres ; on saisit les opportunités, d’abord d’ordre économique, qu’elle offre…

La question centrale de ce colloque portera sur la participation des colonies et des colonisés à ce conflit. Quelles ont été leurs implications et leurs mobilisations ? Cela permettrait de réfléchir à la manière dont la guerre s’est déroulée dans les colonies, les conflits qui ont pu s’y dérouler (comme au Cameroun et au Togo entre les Français et les Allemands dès août 1914) ; à la manière dont les populations colonisées ont été mobilisées, à leurs « utilisations » et aux rôles qui leur ont été impartis, à leurs résistances (comme dans l’Aïr et le Gourma – dans l’actuel Niger – en 1913-1914 contre les réquisitions, dans le Soudan français – actuel Mali – en 1915 contre le recrutement ou encore dans les Aurès algériennes en 1916), à la manière dont les populations européennes ont traité les colonisés venus participer à la guerre, tant du point de vue national qu’international.

Quels ont été les changements sociaux que cette participation a introduits tant au sein des colonies, en termes de rapports sociaux et notamment de mouvements revendicatifs, qu’au sein des métropoles ? 

Par ailleurs la question portera sur les représentations sociales véhiculées au sein des populations colonisées et anciennement colonisées et dans les métropoles, concernant par exemple la « force noire » chère au général Mangin ?

La mémoire de cette guerre pourra également être abordée dans les colonies et ex-colonies mais aussi en Europe, par exemple en ce qui concerne l’expérience combattante des soldats coloniaux.

Sur le plan des représentations dans les productions littéraires, la Grande Guerre devient très rapidement le thème des premiers romans et nouvelles francophones, par exemple avec Elissa Rhaïs dans Saada la marocaine (Plon, 1919) et Le café chantant (ainsi que deux autres nouvelles) chez Plon en 1920. La même année, Mohamed Bencherif publie Ahmed ben Mostepha, goumier aux éditions Payot. Enfin, Albert Camus dans Le premier homme, aborde également la participation de son père à la Première Guerre mondiale (Gallimard, 1994). On pourrait faire un constat comparable pour les autres terres colonisées, aussi bien en Afrique Sub-Saharienne qu’aux Antilles. De plus, les représentations iconographiques et cinématographiques seront également abordées.

Ce colloque vise à faire le point sur les différentes recherches qui ont pu être menées sur la participation coloniale à la Première Guerre mondiale, tant d’un point de vue de l’histoire que des représentations, afin de mieux saisir les transformations qui sont à l’œuvre au cours ce conflit. Il se voudrait en effet le plus large possible en terme d’espaces géographiques : il ne s’agirait pas seulement d’une réflexion sur les colonies françaises, mais s’ouvrirait à une véritable dimension européenne et internationale. Il viserait à voir ce que fut la Grande Guerre pour ceux qui y furent pris sans forcément l’avoir décidé : souffrance et refus, mais aussi découvertes…

Zineb Ali-Benali et Tramor Quemeneur

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Colloque organisé les 1er, 2 et 3 décembre prochains à l’Université de Paris 8, aux Archives nationales et au Musée d’art et d’histoire de Saint-Denis.

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