Aucun mot n’est assez fort pour décrire les horreurs perpétrées quotidiennement par Israël depuis tant d’années contre les Palestiniens. La tragédie de Gaza a été décrite plus de cent fois, tout comme les tragédies de 1948, de Qibya, de Sabra et Shatila, de Jenin – 60 ans d’atrocités perpétrées au nom du judaïsme. Mais cette horreur tombe généralement dans les oreilles des sourds qui abondent en Israël, sur la scène politique et dans les principaux médias états-uniens. Ceux qui sont horrifiés, et il y en a beaucoup, n’ont pas le pouvoir de percer le mur de passivité qui empêche l’élite politique et médiatique en Israël, et plus encore aux États-Unis et maintenant au Canada et en Europe, de voir la réalité et de s’en soucier.

Mais il est grand temps de le dire haut et fort : ceux qui élaborent et mettent en pratique la politique israélienne ont transformé Israël en un monstre et le moment est venu pour nous tous, tous les Israéliens, tous les Juifs qui autorisent Israël à s’exprimer en leur nom, tous les Américains qui ne font rien pour mettre fin au soutien accordé par les États-Unis à la politique meurtrière d’Israël, de reconnaître qu’en restant passifs pendant qu’Israël ne cesse de commettre des atrocités contre les Palestiniens, l’éclaboussure morale de ces crimes rejaillit sur nous.

Une nation qui revendique la primauté d’une ethnie ou d’une religion sur toutes les autres finit éventuellement par être victime de troubles psychologiques. Obsédée narcissique par sa propre image, elle s’efforce de maintenir sa supériorité raciale à tout prix en percevant inévitablement dans toute résistance à sa supériorité imaginaire une menace existentielle. En effet, tout autre peuple devient automatiquement une menace existentielle du simple fait de son existence. En tentant de se protéger contre ces dangers imaginaires, l’État raciste devient de plus en plus paranoïaque, il se referme dans une insularité morbide, se limite intellectuellement. Tout échec l’enrage, toute humiliation le rend fou. Un tel État réagit avec une force démentielle et tout à fait disproportionnée, lui permettant d’être sûr de sa propre force.

Ce schéma psychologique fonctionnait dans l’Allemagne nazie lorsqu’elle tentait de maintenir la supériorité mythique des Aryens. Il fonctionne actuellement en Israël. « Cette société ne reconnaît plus aucune frontière géographique ou morale » écrit l’intellectuel israélien et activiste anti-sioniste, Michel Warschawski dans son livre Towards an Open Tomb : The crisis of Israeli Society (2004). Israël ne se donne aucune limite dans sa riposte parce qu’il découvre que sa tentative de soumettre les Palestiniens et d’avaler la Palestine tout entière échoue face à l’attitude courageuse et digne du peuple palestinien qui refuse de se soumettre tranquillement et de cesser toute résistance à l’arrogance d’Israël.

Aux États-Unis, nous nous sommes blindés face à la tragédie infligée par Israël, et nous tombons facilement dans la spirale qui transforme automatiquement, par un artifice d’imagination, les atrocités israéliennes en exemples de victimisation d’Israël. Mais une autorité militaire qui autorise le lâcher d’une bombe de 250 kg sur un immeuble résidentiel au milieu de la nuit et tue 14 personnes civiles dans leur sommeil comme cela s’est produit il y a quatre ans, n’est pas une armée qui respecte les conventions civilisées.

Une autorité militaire qui autorise le lâcher d’une bombe de 250 kg sur une maison en pleine nuit, tuant un couple et sept de leurs enfants, comme cela s’est produit à Gaza, il y a quatre jours, n’est pas l’armée d’un pays qui respecte la morale.

Une société qui peut accepter comme un fait divers sans importance le meurtre brutal d’une fillette de 13 ans par un officier sous prétexte qu’elle menaçait les soldats d’un poste militaire – l’un des quelques 700 enfants palestiniens assassinés par des Israéliens depuis le début de l’Intifada – n’est pas une société dotée d’une conscience.

Un gouvernement qui emprisonne une adolescente de quinze ans – une parmi les centaines d’enfants dans les prisons israéliennes – pour le crime consistant à avoir repoussé et fui un soldat tentant de la fouiller au corps alors qu’elle entrait dans une mosquée, n’est pas un gouvernement agissant selon des principes moraux. (Cette histoire, qui n’appartient pas à la catégorie de faits divers retenus par les médias états-uniens, fut publiée dans le Sunday Times à Londres. En fait, la jeune fille fut abattue par trois balles alors qu’elle s’enfuyait, et elle fut condamnée à 18 mois de détention lorsqu’elle est revenue de son coma.)

Les critiques d’Israël s’accordent de plus en plus sur le constat que la politique d’autodestruction suivie par le pays confine à la catastrophe. Le journaliste israélien Gideon Levy parle d’une société caractérisée par un « effondrement moral ».

Michel Warschawski parle de la « folie israélienne », d’une « brutalité malsaine », de la « putréfaction » de la société civilisée qui a poussé ce pays vers une spirale suicidaire. Il prévoit la fin de l’entreprise sioniste, qualifiant l’État juif de « bande de voyous faisant fi de la légalité et de la moralité civile. » Or, « Un État fondé sur le mépris de la justice perd la force nécessaire à sa propre survie ».

Comme le souligne Warschawski avec amertume, Israël a désormais jeté bas toute retenue morale, si tant est qu’il en ait jamais eue. Ceux qui continuent d’appuyer l’État d’Israël, qui lui trouvent des excuses alors qu’il s’enfonce dans la corruption, ont perdu tout sens de la morale.

Par Kathleen Christison

Counterpunch, 17 juillet 2006

Kathleen Christison est une ex-analyste politique de la CIA qui travaille sur les questions du Moyen Orient depuis 30 ans. Elle est l’auteur de Perceptions of Palestine and the wound of Dispossession.

On peut lui écrire à : kathy.bill@christison-santafe.com