L’analyse sur les capacités maritimes de l’OTAN met le doigt sur le fait qu’au moment même où l’Amérique se réoriente vers l’Asie, la dépendance des Européens par rapport aux Etats-Unis en matière de forces navales ne cesse de grandir. Deux petites remarques s’imposent à ce sujet.

Si les flottes européennes se réduisent comme une peau de chagrin, c’est aussi parce que les budgets (déjà en baisse) sont phagocytés par notre participation/soumission volontaire au système militaro-industriel américain. Soit par choix (participation dans les programmes JSF, DAMB, achats sur étagère), soit ensuite par obligation (une fois acheté, l’entretien et la modernisation du matériel US se fait au moment et au coût dicté par le Pentagone, selon la logique des « block upgrades »), les décideurs européens se retrouvent contraints de sacrifier leurs autres capacités.

Par ailleurs, ce n’est pas à cause du « pivot » que la dépendance sur les forces navales US (ou d’un quelconque tiers) est pour le moins problématique. Déjà, il y a presque 20 ans, les Américains n’ont pas hésité à retirer sans préavis, unilatéralement, leurs bâtiments d’une opération en cours de l’OTAN (qui se déroulait conjointement avec l’UEO, l’Union de l’Europe occidentale). C’était l’opération Sharp Guard, destiné à faire respecter au large de l’ex-Yougoslavie l’embargo onusien sur les armes. Suite à un amendement déposé par deux sénateurs US, les navires américains en ont été retirés du jour au lendemain.

Une preuve de plus, s’il en fallait, que pour Washington les engagements transatlantiques seront toujours à la merci des aléas de la politique intérieure US – ce qui est par ailleurs son droit le plus élémentaire, à savoir de définir et de suivre ses propres intérêts. Notre devoir serait de faire en sorte que nous puissions faire de même. C’est aussi le seul moyen de ne pas nous retrouver au dépourvu si jamais il y a d’autres amendements.

Hajnalka VINCZE