Le 11 novembre 1943, une troupe de 250 hommes du Maquis de l’Ain du colonel Henri Romans-Petit, bravait les forces d’occupation allemandes pour défiler dans la ville d’Oyonnax (Ain) et déposer devant le monument aux morts,  une  gerbe en forme de croix de Lorraine portant la fameuse inscription « les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 ».

Ce 11 novembre 2013, pour le soixante-dixième anniversaire de cet événement, il me plait que le président de la République rende hommage au Maquis de l’Ain et à son chef dont mon père, qui l’avait rallié à l’âge de 17 ans, ne cessa de souligner les extraordinaires qualités de meneur d’hommes. Héros de la Première Guerre, ce royaliste fut l’un des tout premiers à entrer en Résistance, le jour même de l’armistice  en déclarant à ses hommes de la base aérienne de Cannes, « Je suis sûr que beaucoup d’entre vous comprennent aujourd’hui la signification du mot Patrie. Non, la guerre n’est pas finie ! ». Son sens du commandement et ses qualités d’organisateur firent beaucoup pour populariser l’image des maquisards dans les esprits, aussi bien en France occupée que dans les pays alliés. Devenu le chef du Maquis de l’Ain, du Haut-Jura et de la Haute-Savoie, Romans-Petit réunit des forces qui mirent les Allemands en difficulté et  permirent à l’armée du général de Lattre de se retrouver très largement au Nord de Lyon en quelques jours au lieu des plusieurs semaines prévues par les Alliés. Le citant à l’Ordre de la Libération, le général de Gaulle soulignait qu’il « fut l’une des figures les plus pures de la Résistance Française ».

En 1946, Romans-Petit publia un ouvrage relatant l’épopée du Maquis de l’Ain, intitulé Les Obstinés. C’est sans doute ce mot qu’il convient de retenir. En toutes circonstances, particulièrement dans les moments les plus sombres, il faut être obstinément français. Romans et ses hommes le furent avec un esprit d’abnégation sans pareil. Il est remarquable, que ni lui ni ses soldats -car ils étaient bien des soldats- ne se précipitèrent sur les prébendes et les places après la Libération. Ayant fait leur devoir, ils rentrèrent chez eux reprenant leurs métiers ou, pour les plus jeunes,  leurs études, sans rien demander et avec la seule satisfaction d’avoir fait leur devoir. Décédé en 1980, Romans-Petit repose au cimetière d’Oyonnax au cœur de cette région de l’Ain et du Jura  où il écrivit des pages héroïques de la Résistance française.

Ce qu’enseigne l’épopée de Romans-Petit et de ses hommes –comme celle des héros de la bataille de la Marne ou de Verdun- est qu’il ne faut jamais désespérer de la nation. Voici une leçon qui est bien actuelle dans ces temps sombres où l’autorité de l’Etat s’effiloche et les vieilles billevesées supranationales s’imposent comme une pensée unique mortifère.

Charles SAINT-PROT

Directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques. Auteur de La Pensée française (L’Age d’homme)