Günter Wilhelm Grass1927- Romancier,Poète, Dramaturge Prix du Groupe 472, Prix Georg-Büchner, Prix Prince des Asturies, Prix Nobel de littérature

Günter Wilhelm Grass
1927-
Romancier,Poète, Dramaturge
Prix du Groupe (1947), Prix Georg-Büchner, Prix Prince des Asturies, Prix Nobel de littérature

LA RÉVÉLATION du passé national-socialiste de l’écrivain Günter Grass provoque une vive émotion outre-Rhin. Dans un entretien au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, l’écrivain contemporain le plus célèbre d’Allemagne, Prix Nobel de littérature en 1999, a avoué pour la première fois avoir appartenu à une unité des Waffen SS.

L’auteur âgé de 78 ans a décidé de dévoiler ce passé peu avant la parution, en septembre, de son autobiographie, Beim Häuten der Zwiebel («En pelant l’oignon»). De Günter Grass, on savait juste qu’il avait été recruté à dix-sept ans comme auxiliaire de la défense antiaérienne en 1944 avant de servir comme soldat dans les derniers mois de la guerre. En réalité, il avait cherché à s’engager dans la marine dès l’âge de quinze ans, avant d’être recruté deux ans plus tard par la division Frundsberg, qui appartenait aux Waffen SS.Même si Günter Grass n’a, selon ses propres mots, pas tiré une seule fois, cetteexpérience lui « a pesé. Il fallait que ça sorte», confie-t-il au quotidien. » (…)

Conscience intellectuelle de la RFA

Ce n’est pas tant son appartenance à la troupe d’élite des nazis que son aveu tardif qui choque en Allemagne. Pour nombre d’intellectuels, cette déclaration jette une tout autre lumière sur les combats menés par l’écrivain. Pour Michael Jürgs, le biographe de Günter Grass, cette révélation plus de soixante ans après la fin de la guerre signifie «la fin d’une instance morale».

Le tambour(Die Blechtrommel)

Le tambour
(Die Blechtrommel)

Considéré comme la conscience intellectuelle de la République fédérale d’Allemagne, Günter Grass s’est toujours trouvé au cœur des débats passionnés sur la maîtrise de l’histoire. Son roman Le Tambour, paru en 1959, traite déjà abondamment de cette question. Bien plus tard, en publiant en 2002 En crabe, un livre qui relate le naufrage du navire Wihelm Gustloff transportant des milliers de réfugiés allemands à la fin de la guerre, il contribue à faire évoluer le débat sur le passé en mettant en avant les souffrances des populations civiles allemandes. «Comment peut-on désormais évaluer son engagement pour la défense des chercheurs en littérature qui avaient appartenu dans leur jeunesse au parti national-socialiste ?», s’interroge le Tagesspiegel, le quotidien libéral de Berlin. De même, poursuit le journal, «comment considérer son soutien à l’exposition consacrée à Arno Breker, le sculpteur préféré de Hitler», qui a suscité une importante controverse.

Les experts restent d’autant plus perplexes sur les motifs de cette annonce tardive que l’écrivain a raté de nombreuses occasions de dévoiler ce passé, notamment lors de la visite controversée du chancelier Helmut Kohl et du président américain Ronald Reagan à Bitburg (Allemagne de l’Ouest) en 1985. Les deux chefs d’État s’étaient rendus dans un cimetière militaire où reposaient également des membres de la Waffen SS.

S’agit-il «d’un acte de grandeur, ou bien d’un acte de vanité par lequel l’écrivain cherche encore une fois à anoblir son autorité morale ?», résume le Tagesspiegel.