Organisé, le 31 octobre 2017, à l’Institut d’études africaines (IEA) de Rabat dans le cadre de la convention de coopération entre l’IEA et l’Observatoire d’Études Géopolitiques (OEG) de Paris, le colloque sur la vision marocaine pour l’Afrique à travers les discours des rois, a permis aux participants de discuter et présenter les résultats de leurs recherches sur le passé et le futur de l’Afrique et la place du Maroc et sa contribution dans la réalisation de l’Unité africaine, la stabilité du continent et son développement socio-économique.

Le directeur de l’Institut des Études Africaines (IEA), Yahia Abou El Farah a rappelé que les relations du Maroc avec sa profondeur africaine sous le règne des Souverains marocains, s’inscrivent dans une dynamique de continuité et de complémentarité visant le renfoncement de la dimension africaine du Royaume, la mise en valeur des intérêts vitaux du continent et la réalisation des priorités stratégiques de l’Afrique. Il a ajouté : « Si le continent africain assiste aujourd’hui à des évolutions remarquables dans les domaines politique, économique et social, c’est grâce à la contribution et aux efforts des bâtisseurs de l’Afrique dont principalement les Souverains marocains feu SM Mohammed V, feu SM Hassan II et SM le Roi Mohammed VI ». En effet, le Roi Mohammed V, leader africain par excellence, a conduit depuis l’indépendance du Maroc, un mouvement de lutte pour la libération du continent africain à un moment où la majorité des pays africains étaient encore sous la colonisation. Le directeur de l’IEA a noté que le Roi Hassan II a joué un rôle déterminant dans la réalisation de deux objectifs principaux pour l’Afrique, à savoir l’unité africaine en contribuant à la création de l’OUA en 1963 et la stabilité du continent, qui était déchiré par une multitude de conflits de toute nature.

Abou el Farah a également soutenu que « depuis son accession au Trône, SM le Roi Mohammed VI a mis en place une stratégie novatrice de coopération avec le continent africain, en donnant une place stratégique à l’Afrique dans la politique étrangère marocaine en vue de renforcer les relations maroco-africaines. Le Roi Mohammed VI a toujours insisté sur le fait que l’Afrique n’a pas besoin d’assistanat mais d’un partenariat d’intérêt mutuel pour réaliser son développement ». La dimension africaine de la diplomatie marocaine sera consolidée par la création un ministère chargé des affaires africaines.

De son côté, le directeur général de l’Observatoire d’études géopolitiques, Charles Saint-Prot, a indiqué que le Maroc est le seul État-nation de la région depuis plus de douze siècles et le seul pays du Maghreb arabe à avoir des relations multiséculaires avec l’Afrique subsaharienne, tout en œuvrant à les conserver et à les faire fructifier. « L’Afrique représente la dimension stratégique du Royaume depuis l’ancien commerce caravanier au VIIIe siècle », a-t-il rappelé, notant que les liens n’ont cessé de se renforcer avec l’islamisation des contrées au sud du Sahara et les relations humaines et spirituelles nouées au fil des siècles.

Selon M. Saint-Prot, il existe une relation historique qui explique la politique africaine développée par les Souverains marocains depuis l’indépendance en 1956, rappelant que le Roi Mohammed V fut le pionnier de l’Union africaine et que le Roi Hassan II joua un rôle déterminant pour préserver le continent du totalitarisme du bloc communiste. Le directeur général de l’OEG a relevé que l’accession du Roi Mohammed VI au Trône a impulsé une nouvelle dynamique à la diplomatie africaine du Royaume, qui se manifeste par son caractère global, tout à la fois stratégique, culturel, économique, social et par une ambitieuse vision de coopération sud-sud et nord-sud.

Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine est une « chance pour l’Afrique », a indiqué le professeur Saint-Prot, ajoutant qu’il y a une parfaite continuité entre l’action de feu Mohammed V, qui fut le pionnier de l’Union africaine, et celle du Roi Mohammed VI, qui est le « pionnier du renouveau africain ».

Les travaux de ce colloque marqué par la participation d’experts, d’académiciens et de chercheurs marocains et étrangers, se sont articulés autour de deux axes principaux : « Feu SM Mohammed V et Feu SM Hassan II : la dimension africaine du Maroc » et « la vision africaine de SM le Roi Mohammed VI ». Dans un discours d’introduction, le professeur Christophe Boutin (Université de Caen- OEG) a souligné que les discours royaux fixent le cap des politiques suivies et ont une véritable valeur normative.

Le colloque a détaillé les composantes de la stratégie royale à travers les différents discours et messages royaux analysés par les chercheurs de l’IEA et de l’OEG ainsi que par des universitaires venus de Fès, de Casablanca et d’autres villes. Ce qui a permis de faire un zoom sur la politique royale en Afrique en matière de coopération Sud-Sud à travers le discours royal d’Abidjan du 24 février 2014 analysé par le professeur Mohammed Jebbour (IEA), de diplomatie économique et de développement durable par l’économiste Michel Ruimy (ESCP – OEG), de diplomatie religieuse (exposé de Charles Saint-Prot), de l’affaire du Sahara marocain traitée par le professeur Frédéric Rouvillois (Université Paris Descartes OEG) qui a insisté sur le fait que le Sahara marocain est un pont vers l’Afrique subsaharienne et un trait d’union entre le continent africain et l’Europe. La continuité de la position stratégique vis-à-vis du continent, du temps du Roi Hassan II, a été également mise en avant par le professeur Mohammed Amattat (Institut royal des études stratégiques) qui a développé ce point à travers une étude synthétique de trois discours majeurs (1972, 1984, 1990).

L’universitaire a évoqué le discours prononcé au neuvième sommet africain de Rabat en 1972. Il considère qu’à travers ce discours, le Maroc a joué le rôle de conciliateur en Afrique.

Une autre lecture est donnée par le chercheur au discours prononcé au vingtième sommet africain d’Addis-Abeba (le 12 novembre 1984) en estimant que le Roi avait joué le rôle de défenseur de la légalité internationale et africaine. En ce qui concerne le troisième discours de feu S.M. le Roi Hassan II, celui prononcé au sommet franco-africain de La Baule en France, le 20 juin 1990, il est présenté comme ayant permis au Roi d’être qualifié de défenseur de la dignité et de la souveraineté africaine.

Enfin, le professeur Jean-Yves de Cara (Sciences Po Paris – OEG) a présenté de remarquables conclusions autour du thème le « Roi Mohammed VI ou l’accomplissement d’une vision politique ».