Un document confidentiel du gouvernement pakistanais vient contredire la version de Washington, affirmant que les drones de la CIA font un nombre extrêmement limité de victimes collatérales.

us-drones-in-pakistanDepuis neuf ans, la guerre des drones fait rage dans les régions tribales, au nord-ouest du Pakistan. Le nombre de civils tués dans cette zone difficile d’accès reste pour le moment un mystère. Officiellement, l’administration américaine admet un nombre extrêmement limité de victimes collatérales. Un document confidentiel du gouvernement pakistanais, dévoilé lundi par le site d’informations britannique Bureau of Investigative Journalism vient contredire les affirmations de Washington.

Islamabad détaille le nombre de victimes dans les frappes américaines entre le 1er janvier 2006 et le 24 octobre 2009. Durant ces trois ans, les drones américains aurait tué 746 personnes. Un mort sur cinq serait un civil. Le nombre de victimes collatérales s’élèverait ainsi à 147 personnes. Ce chiffre comprend 94 enfants. Le décompte des Pakistanais ne porte que sur trois des neuf années de frappes américaines. Il couvre principalement le mandat de George W. Bush, seuls les neuf premiers mois d’Obama à la Maison-Blanche sont inclus. Durant cette période, la CIA a ordonné 75 frappes, auxquelles s’ajoutent cinq attaques réalisées par l’Otan. L’ONU estime qu’en neuf ans, au moins 400 civils ont été les victimes collatérales des frappes américaines.

Cette estimation s’appuie sur le travail de fonctionnaires envoyés sur place par le gouvermement. Cette enquête de terrain est d’autant plus notable que les conditions de sécurité et les risques d’enlèvement rendent la zone inaccessible aux médias occidentaux. Le document comporte néanmoins de nombreuses lacunes. Aucune victime n’est clairement identifiée. Pour une bonne partie de l’année 2009, les fonctionnaires envoyés sur place se contentent de noter que des civils faisaient partie des morts, sans préciser leur nombre exact. Seuls trois civils sont tués lors des neuf premiers mois du mandat Obama. Or, l’utilisation des drones s’est intensifiée depuis 2008, au point de devenir la principale arme dans la guerre d’Obama contre le terrorisme.

Washington n’offre aucune évaluation officielle sur la question. La guerre des drones est un secret bien gardé et le débat fait actuellement rage aux États-Unis. Le gouvernement américain refuse d’évoquer publiquement les détails du programme. En février, devant le Sénat, le patron de la CIA, John Brennan, a expliqué que les attaques étaient ordonnées seulement quand l’agence était sûre qu’aucun civil ne serait blessé ou tué, ajoutant que les victimes collatérales sont «extrêmement rares». Mais la définition même d’un civil est l’objet d’une controverse. L’administration Obama se sert du terme «militant» pour définir «tous les hommes en âge de combattre présents sur la zone de bombardement» et afin de minimiser le nombre de victimes collatérales.

Source : LE FIGARO