Bahrein

Avec près de 1,3 million d’habitants, Bahreïn est l’un des plus anciens pays du Golfe. Habituellement calme, l’archipel est confronté depuis février 2011 à une agitation larvée, marquée par la menace terroriste. Une de ses rares interviews de l’homme fort du régime, le Prince Khalifa bin Salman Al Khalifa.

البحرينيون يحتجون على خطة لخفض الدعم على البنزينA quoi correspondent ces troubles au Bahreïn ?

Cette agitation nous a surpris car le royaume est un pays tranquille, ouvert sur le monde, connu pour sa cohésion sociale, sa tolérance et la bonne entente entre les différentes religions et ethnies. Nous vivons à Bahreïn une expérience démocratique parlementaire où toutes les composantes politiques sont représentées à travers une chambre élue détenant les pouvoirs législatifs et de supervision, conformément à la Constitution. Par ailleurs, la croissance économique et sociale est en progrès continu.

Que s’est-il passé ?

 Les événements dans d’autres pays arabes ont sans doute poussé certains à tenter de profiter de la situation. Comme je vous le disais, l’agitation a éclaté en pleine expérience démocratique parlementaire, sans raisons objectives. Notre Etat fournit aux citoyens des avantages comparables aux pays les plus développés, parfois même plus, comme la gratuité totale de la santé, des services sociaux, de l’éducation et du logement, avec des logements proposés aux citoyens aux revenus limités. L’Etat ne perçoit pas d’impôts sur les individus et les sociétés.

Une animosité entre sunnites et chiites a-t-elle joué un rôle ?

 Cette prétendue opposition confessionnelle, aussi simpliste que fallacieuse, est une manipulation anti bahreïnie. Nous affrontons des forces obscurantistes réunies autour d’une association politico-religieuse sectaire qui prétend imposer une théocratie à l’iranienne et cherche à faire marcher le pays en arrière. Cet obscurantisme a éclaté au grand jour, par exemple,   lorsque cette dernière s’est opposée à la loi qui garantit la promotion de la femme. Je précise que cette même loi garantit l’égalité entre tous les citoyens, ainsi que la liberté religieuse.

L’Iran est-il impliqué ?

 Des preuves nombreuses confirment son ingérence. Une main étrangère a voulu profiter de notre ouverture et de nos libertés pour manipuler le facteur confessionnel et déstabiliser notre pays par la violence et le terrorisme, en tuant des policiers, en perpétrant des attaques à la bombe et en bloquant la liberté de circuler des citoyens dans le but de porter atteinte à l’économie. L’enjeu est géopolitique, c’est pourquoi nous avons l’entier soutien de nos partenaires du Conseil de coopération du Golfe arabe.

L’élection du nouveau président iranien Rohani modifie-t-elle la donne ?

Il faudra juger sur pièces, si le régime iranien cesse de s’ingérer dans les affaires des pays arabes. Notre souci est d’établir de bonnes relations avec tous les pays, sur la base du respect mutuel et de la non-ingérence.

Cette agitation a-t-elle détérioré le climat des affaires ?

 Les solides fondamentaux de notre économie ont permis de surmonter cette crise et de garder un bon taux de croissance. Outre sa qualité de la vie, son esprit de tolérance et l’ouverture économique, Bahreïn offre la sécurité juridique, diverses incitations aux investisseurs, une approche libérale, un bon climat des affaires, une réelle compétence grâce aux efforts consentis dans la formation, et un système financier et bancaire performant. Le nombre  d’installations de succursales de sociétés et d’institutions internationales a augmenté au cours des derniers mois.

Comment votre pays s’est-il engagé dans la lutte anti-terroriste ?

Nos deux chambres ont présenté, fin juillet, des recommandations à SM le Roi Hamad qui a chargé le gouvernement de leur mise en application. Le gouvernement a pris des mesures dont les résultats sont positifs même si des actes limités de violence persistent encore ici ou là pour essayer de saboter le dialogue national.

Votre pays est mis en cause sur les droits de l’homme…

Notre Etat de droit offre toutes les garanties juridiques aux personnes poursuivies, de par notre respect des droits de l’homme et notre volonté de les protéger. Nous traitons le dossier des droits de l’homme en toute objectivité et transparence. J’aimerais que ceux qui nous mettent en cause s’intéressent aussi aux violations des droits de l’homme par les agitateurs qui exploitent des enfants en les incitant à commettre des actes de violence, notamment quand ils utilisent de jeunes enfants comme boucliers humains. Le roi Hamad a promulgué en 2009 un code de la famille novateur qui reconnait l’égalité homme-femme et veille à la non-discrimination. En outre, il existe à Bahreïn une association des droits de l’Homme qui s’accorde avec les principes de Paris ratifiés par l’Organisation des Nations Unies et travaille en totale indépendance pour superviser tout ce qui a trait aux libertés fondamentales.

Que pensez-vous des « printemps  arabe » ?

Ce qui s’est passé n’a été qu’une vague de désordres. Ce que certains en Occident ont qualifié de « printemps arabe » n’a attiré que les destructions et l’insécurité. Regardez l’Egypte, la Libye, la Tunisie ! A cela s’ajoute le jeu louche de certaines puissances étrangères régionales, cherchant à provoquer des divisions confessionnelles ou ethniques.

La crise syrienne peut-elle entraîner un séisme régional ?

Il faut restaurer en Syrie l’unité, la stabilité et la sécurité, afin d’éviter un embrasement régional. Nous appuyons la  Ligue des états arabes qui appelle la communauté internationale à assumer ses responsabilités à travers les Nations Unies.

Qu’attendez-vous de la France ?

Historiquement, c’est un pays ami avec qui nous partageons les mêmes positions et la même approche stratégique. La France a une vision claire et ferme. Nous espérons que la France approfondisse ses relations avec les pays du Golfe, notamment avec Bahreïn.  Les sociétés et les touristes français sont toujours les bienvenus à Bahreïn.

Propos recueillis par Zeina el Tibi / VALEURS ACTUELLES