Jeudi 20 janvier 2011, il est cinq heures du matin. Au large des eaux somaliennes, le Samho Jewelry, un cargo de 11 500 tonnes, et son équipage, huit Coréens, onze Birmans et deux Indonésiens, sont aux mains des pirates. Face à eux, le Choi Young, un destroyer coréen de 4 500 tonnes, son hélicoptère Lynx, ses trente Navy Seals surentrainés. À Séoul, au cœur de l’édifice présidentiel qu’on appelle ici la Maison Bleue, le président Lee Myung Bak donne le feu vert à une opération de sauvetage. À la lueur de l’aube naissante, l’attaque débute. Le commando aborde le navire, se déploie et progresse, compartiment par compartiment, pendant plus de cinq heures. Les pirates sont isolés, submergés, dépassés ; quatre sont tués ; le reste se rend. Quelques jours plus tôt, quatre autres avaient été abattus par le Lynx. L’équipage est libéré, les captifs sont ramenés à Séoul pour être jugés, et aucune perte n’est à déplorer côté coréen. Le pays s’enorgueillit du succès de cette action d’éclat, qui constitue la première opération militaire de sa marine dans des eaux internationales et inaugure sous des auspices favorables l’action anti-piraterie de la flotte du Matin Calme.  

Traditionnellement défensive, la Marine coréenne progresse, en qualité comme en quantité. L’évolution de son ambition est claire. Le site officiel de la marine coréenne proclame « Vers la mer, vers le monde ! » , devise révélatrice de l’ambition de Séoul.  

Mais le cas coréen n’est pas qu’intéressant pour ce qu’il est stricto sensu : c’est l’un des prismes à travers lesquels l’Asie, cette aire de tensions, doit être étudiée si l’on veut espérer la comprendre.