Un incroyable roman ! Voilà, en résumé, la vie d’Yves Debay, reporter de guerre, soldat ou plutôt aventurier, dans le sens noble du terme. A 58 ans, cet homme a passé presque la moitié de sa vie à faire ou à couvrir la guerre. Comme le dit Jean-Dominique Merchet, journaliste à Marianne et rédacteur du très informé blog Secret défense : « la guerre était sa vie et il est mort à la guerre. C’est, n’en doutons pas, comme cela qu’il rêvait de finir ». Yves Debay a été tué le 17 janvier à Alep, en Syrie. 

Né outre Quiévrain, en 1954, Yves Debay s’engage, après une scolarité mouvementée, dans l’armée belge. Mais la monotonie de la vie de garnison en Allemagne et surtout sa soif d’aventures le font devenir mercenaire en Rodhésie, dans les unités d’élite de l’armée de Ian Smith, contre les bandes armées de Mugabe. Un vrai mercenaire, à la Bob Denard, avide d’aventures et de pays lointains.

Rentré à Paris et bientôt naturalisé français, Yves Debay deviendra journaliste. Pas un de ces journalistes, sorti d’école et formaté, mais un reporter de terrain, cherchant « toujours à être en première ligne, au plus près des combattants. Il aimait vivre avec eux. Il adoptait leur mode de vie, s’habillait comme eux, mangeait comme eux, partageait les mêmes risques, et ne concevait pas de couvrir une guerre autrement », au point d’être « respecté dans les milieux militaires » et « décrié dans ceux du journalisme ».

Son passé en Rhodésie et ses idées, qu’il n’a jamais reniées, ne plaidaient pas pour lui, dans cette profession où trop souvent les pensées dissidentes sont interdites. Il est vrai également qu’Yves Debay, dans une profession aux réflexes très corporatistes, n’avait pas hésité à s’en prendre, dans une longue tribune, à Hervé Ghesquière et à Stéphane Taponier, au lendemain de leur libération. Pour lui, Ghesquière et Taponier « n’étaient simplement que des ambitieux cherchant le scoop à tout prix et non des journalistes responsables ». « Ce genre de mec n’est pas de la race des grands journalistes […] mais de celle des fouilleurs de poubelles pétris d’idéologie ». Et de dénoncer leurs mensonges, leur responsabilité dans l’échec d’une opération militaire, « leur haine des institutions militaires françaises », avant de les qualifier, en langage radio, de « Charlie Oscar November » !

Pour la Gazette des armes, la revue Raids, puis pour Assault, magazine qu’il créa, Yves Debay couvrit tous les conflits, depuis les années 80 : Afghanistan, Golfe, les Balkans, Liban, Irak et bien sûr Tchad, Côte d’Ivoire etc. En Irak, il sera fait prisonnier deux fois, « mais, comme le dit son confrère Jean-Paul Mari, reporter de guerre au Nouvel Obs, il était capable de convaincre, par pitreries si nécessaire, les durs de la Garde Républicaine qu’il n’était qu’un reporter naturalisé français, fou certes mais honnête. Et il l’était, honnête ».

 Bien qu’il fût mal aimé dans le monde du journalisme, il s’est trouvé plusieurs confrères, la plupart journalistes de défense, comme lui, pour honorer sa mémoire. Jean-Dominique Merchet rappelle « sa gentillesse et sa générosité », tandis que l’Association des Journalistes de Défense rend hommage à celui qui est « tombé au champ d’honneur des grands reporters de guerre, comme il avait toujours vécu, en première ligne » et que Jean-Paul Mari raconte qu’il « était courageux, très courageux, « couillu » comme on dit dans le métier ». Tous saluent son grand professionnalisme et la qualité de son travail. Tous saluent également sa gentillesse, mais aussi sa jovialité et sa sympathie…

Source du texte : OJIM