Les forces de sécurité allemandes tirent la sonnette d’alarme : les « figures dirigeantes » de l’organisation terroriste Emirat du Caucase s’infiltrent dans le pays. Ils se font passer pour des réfugiés venus de Russie. Compte tenu de la récente menace de l’émir autoproclamé

Dokou Oumarov – les Allemands l’appellent le « Ben Laden russe » – d’organiser des attentats dans la ville olympique de Sotchi, la police fédérale et le contrespionnage envisagent l’utilisation par les terroristes de la « base arrière allemande » dans ce but, écrit mardi le quotidien Nezavissimaïa gazeta.

L’Office de protection de la constitution ne peut plus fermer les yeux sur ce risque. En se référant aux observations des renseignements, le Welt et le Frankfurter Allgemeine ont récemment publié les résultats d’une enquête sur ce phénomène étrange. Entre autres, le nombre de demandeurs d’asile venant de Russie en Allemagne est monté en flèche au premier semestre 2013 jusqu’à 10.000 requêtes. 90% d’entre eux sont originaires de Tchétchénie.

Quel est le problème, sachant que récemment le président tchétchène a rendu compte au Kremlin de l’évolution prospère de sa république? Le Welt écrit que la « vague de réfugiés du Caucase a été provoquée par une information parue l’an dernier dans les journaux tchétchènes selon laquelle chaque demandeur d’asile en Allemagne recevait 4.000 euros à titre de bienvenue ». La rumeur court toujours et, selon la revue, pousse des milliers de Tchétchènes à immigrer. Il existe probablement d’autres raisons, y compris le bouche à oreille.

Leur passeport russe permet de franchir sans problèmes le poste frontalier biélorusse de Brest, puis d’arriver en Pologne pour rejoindre l’Allemagne par tous les moyens. Certains passent également par la République tchèque. Selon la police allemande, il existe un réseau professionnel permettant de franchir la frontière. Ainsi que des instructeurs qui expliquent ce qu’il faut dire pour obtenir le statut de réfugié.

Il n’est pas facile pour les services de renseignement et d’immigration de détecter les terroristes dans la masse. Leur présence ne fait pas l’ombre d’un doute. De plus, « pratiquement tous les leaders de l’Emirat du Caucase qui se trouvent en Allemagne sont arrivés dans le pays récemment en se faisant passer pour des réfugiés », a déclaré aux journalistes allemands un représentant de l’Office de protection de la constitution, en ajoutant que ces « réfugiés » ne restaient pas les bras croisés mais « récoltaient des dons pour la lutte dans le Caucase ou recrutaient des terroristes ».

La prise de conscience du danger pousse les instances russes et allemandes à coopérer. D’après la presse berlinoise, le FSB a mis en garde les services allemands en mai contre d’éventuels attentats, car il était question d’une certaine « opération en Allemagne » dans les conversations téléphoniques des terroristes islamiques interceptées. L’un des terroristes supposés, un certain demandeur d’asile originaire de Tchétchénie âgé de 18 ans, a été placé en isolement par précaution pendant la visite à Berlin du président américain.

A l’heure actuelle, le contrespionnage allemand a repéré près de 200 adeptes du leader terroriste tchétchène. Certains d’entre eux sont des extrémistes prêts à frapper et placés sous surveillance.

Un éventuel réseau terroriste du Caucase installé en Allemagne représente autant une menace pour l’Allemagne que pour la Russie. Selon le Welt, cette question a été évoquée à plusieurs reprises par le renseignement des deux pays. Selon un haut représentant de l’Office de protection de la constitution, « personne ne voudrait permettre de planifier un attentat à Sotchi sur le sol allemand ». Espérons en effet que l’Allemagne ne le permettra pas.

Source du texte : RIA NOVOSTI