En trois minutes dix secondes*, les voilà bien résumés les tenants et les aboutissants de l’achat de JSF/F-35 américains par des gouvernements de notre vieux continent. A une question sur l’impact des ennuis du F-35 sur la vente du Rafale, le PDG de Dassault Aviation répond par un argumentaire d’une ironie magistrale. 

En commençant par dire que « Malheureusement, je crois que peu de pays vont annuler le JSF. Non pas parce que c’est un bon avion ; ça on verra quand il sera opérationnel, ce qui n’est pas le cas encore, malgré le temps de développement ». Touché.

Et M. Trappier de poursuivre. « Je ne crois pas que certains pays l’abandonneront parce que son prix a augmenté (son prix a augmenté, fortement, mais ils continueront à acheter) ». Touché aussi. Ensuite, pour mieux illustrer le raisonnement extravagant des pays acheteurs, le PDG de Dassault cite l’exemple des Pays-Bas où les deux avions étaient notés à quasi égalité lors de la compétition en 2002.

Pour rappel : l’écart entre les deux propositions était infime (6,97 points pour le JSF contre 6,95 points pour le Rafale).  Or « pour le prix des 65 JSF de l’époque les Pays-Bas ne peuvent plus se payer que 37 avions – nous ça serait toujours 65 Rafale. Mais les Pays-Bas ont confirmé qu’ils achèteraient 37 F-35. Voilà. »

L’explication est irrationnelle, mais simple. Il s’agit d’une « une vraie volonté d’acheter américain quels que soient les prix, quel que soit le besoin opérationnel ». Cet aspect « politique » explique aussi les choix carrément absurdes des Italiens et des Britanniques, prêts à ajouter à leurs Eurofighters/Typhoons des F-35 des Etats-Unis. Le constat du PDG de Dassault Aviation ? « On voit bien qu’il faut deux types d’avion »…

Dernière petite remarque venue du président Trappier : les Américains ont « la force de mettre dans leurs contrats » la petite ligne sur le prix qui s’ajuste en fonction de toutes les variables possibles et imaginables. « On est bien moins bons commerçants, c’est bien connu, en France », ajoute-t-il d’un ton moqueur. Eh oui, les joies du « level playing field » à l’américaine, en matière d’armement.

Source : http://tv.dassault-aviation.com/Resultats_annuels_2013__QuestionsReponses-1055.html

*A partir de 2:03 sur l’enregistrement.