Le Secrétaire général de l’Alliance atlantique a du mal à cacher son soulagement. Enfin, à la dernière minute, voici tombée du ciel la raison d’être tant recherchée pour l’OTAN post-Afghanistan. Face à l’ogre russe, vite, il faut se ranger en ordre de bataille. Peu importe si ça fait un peu réchauffé. L’essentiel, c’est que la crise en Ukraine devrait nous aider à en finir, une fois pour toutes, avec les hésitations et les états d’âme qui menaçaient, ces derniers temps, de remettre sérieusement en question l’avenir de « l’Alliance la plus réussie de l’Histoire ».

M. Rasmussen s’est donc empressé d’expliquer aux Américains « pourquoi cette crise montre clairement que l’OTAN est plus importante pour l’Amérique que jamais ». Ça tombe à pic. Puisque nos amis d’outre-Atlantique se disaient de plus en plus mécontents de notre piètre performance en matière de défense, et ne se gênaient pas de brandir la menace (tantôt ouverte, tantôt sous-entendue) d’un désengagement.

Revenu à Bruxelles, le même Rasmussen s’emploie à « expliquer pourquoi la crise montre également que le lien transatlantique et l’OTAN sont plus importants pour l’Europe que jamais ». Au diable donc avec nos sensibleries européennes autour de l’affaire Snowden/NSA. Entre frères d’armes transatlantiques, unis face à la menace commune, qu’importe, après tout, l’espionnage de masse ou tel ou tel portable sur écoute ici ou là ?

Bien entendu, il faut que la menace soit suffisamment terrifiante pour faire passer cela. Et elle l’est, à en croire M. Rasmussen avide de tirer la sonnette d’alarme. Ce n’est pas assez qu’il s’agit « de la crise la plus sérieuse en Europe depuis la chute du mur de Berlin ». (Nota bene : le Secrétaire général semble avoir oublié, entre autres, l’épisode de l’aéroport de Pristina au Kosovo, lorsque le commandant britannique s’opposant aux ordres US d’attaquer les forces russes déjà présentes riposta au général américain en disant « Monsieur, je ne déclenche pas la Troisième Guerre mondiale pour vous ».)

M. Rasmussen tient aussi à préciser que ce que fait la Russie en Ukraine « n’est pas un incident isolé », mais témoigne d’un « mode de comportement » plus général de la part de Moscou. Puis, il fait le constat selon lequel, face à l’OTAN, « aujourd’hui la Russie parle et se comporte plus comme un adversaire que comme un partenaire ». Et pour finir en beauté, il en appelle à la solidarité transatlantique en déclarant d’un air solennel que « certains font cliqueter leurs armes à nos frontières ».

Il nous faudra donc, à nous les Occidentaux, une sorte d’union sacrée. Ce qui passe d’abord par la réaffirmation de notre foi en l’Article 5 du traité de Washington (instaurant, et perpétuant, la fiction d’un parapluie américain protégeant l’Europe). Mais aussi, d’après le Secrétaire général de l’OTAN, par la signature de l’accord de libre-échange TTIP ou encore la diversification de l’approvisionnement énergétique de l’Europe. Heureusement que l’OTAN est là pour surveiller, oh pardon : pour veiller sur, nous.