Dès que nous avons appris la disparition de l’avion, à 11h30 heure de Paris (c’est-à-dire 9h30 en heure locale), deux Mirage 2000-D, basés à Niamey, ont été détournés de la mission qu’ils étaient en train d’effectuer au Mali pour conduire les premières recherches sur une possible zone de crash.

Sur la base de premières informations, nous avons mené nos recherches selon deux axes de vol probables, Ouagadougou – Tessalit, et Niamey – Tessalit.

Parallèlement, une cellule de coordination a été mise en place sur le théâtre, pour recueillir les indices remontant du terrain, afin d’orienter nos moyens de recherche sur zone.

A partir de 18h, plusieurs sources concordantes, émanant notamment du Burkina Faso, du Mali et des Néerlandais insérés dans la Minusma, nous ont permis de concentrer nos recherches sur la région de Gossi, au sud-ouest de Gao.

Vers 22h, l’un de nos drones d’observation, doté de capacités de vision nocturne, le Reaper, qui est basé à Niamey au Niger, débute une mission d’identification sur cette zone restreinte. Avant minuit, il survole la zone de l’épave.

Au même moment, malgré une météo hostile et dans une nuit de niveau 5, c’est-à-dire une nuit noire sans lune, deux hélicoptères décollent de Gao pour confirmer la localisation. Il s’agit d’un Tigre assurant la protection du dispositif et d’un hélicoptère de manœuvre Cougar transportant une équipe légère.

A 1h42, cette équipe se pose et permet l’identification formelle des débris de l’avion, qui se trouvent sur une zone très concentrée, de 200 à 300 mètres. J’en informe alors immédiatement le Président de la République.

Ce matin, juste avant le lever du jour, à 7h30 heure française, ce premier dispositif au sol est complété par l’arrivée d’une nouvelle équipe aéroportée comprenant notamment un médecin, pour permettre les premières constatations.

A l’heure où nous parlons, une compagnie de la force BARKHANE, soit environ 120 militaires, accompagnée de deux sections des Forces armées maliennes, représentant une soixantaine de soldats supplémentaires, a atteint la zone de l’accident par route et piste depuis Gossi.

Nous avons donc, sur la zone de l’accident, environ 180 militaires français et maliens, complétés par 40 soldats néerlandais de la MINUSMA. Leur mission est de sécuriser la zone et de permettre le recueil d’informations qui seront essentielles à l’investigation.

Je veux préciser ici que nous ne sommes pas dans une zone de conflit immédiat, avec des affrontements directs. Cependant, la région de Gao est connue pour être une zone d’insécurité, en raison de la présence de certains groupes terroristes. Nous prenons donc toutes les mesures pour assurer la sécurité de nos hommes et des opérations.

Nos forces sur place ont notamment la mission de préparer l’arrivée du Bureau d’Enquêtes et d’Analyses pour la Sécurité de l’Aviation civile, dont les équipes et les matériels arriveront sur zone demain.

A côté des forces déployées sur le lieu même du drame, nous avons des forces à Gossi, qui sont en train de préparer l’installation d’une base avancée logistique et d’un petit poste de commandement.

Environ 150 km séparent Gossi de Gao, soit environ 2 à 3 heures de route. Entre Gossi et la zone de l’accident, il faut environ 6 heures pour parcourir 80 km, dont 60 km de pistes et 20 km de tout-terrain. Vous comprendrez à partir de tous ces éléments que les opérations vont s’inscrire dans la durée.

Je tiens à saluer la mobilisation exemplaire de tous les acteurs qui ont permis depuis hier, dans des conditions météorologiques difficiles, de localiser l’épave. Je pense en particulier à la force BARKHANE, qui a fait preuve d’une réactivité et d’un professionnalisme à la hauteur de la gravité de la situation.

Mais je pense aussi à la MINUSMA, et je tiens à saluer plus largement la coopération exemplaire qui s’est mise en place avec nos partenaires, dès les premières heures de cette tragédie qui affecte notre pays, mais aussi de nombreux autres.

Je veux citer en premier lieu nos partenaires de la région : le Mali, dont les militaires sont présents sur place aux côtés de nos forces ; le Burkina Faso, qui est également endeuillé et dont les indications ont permis d’orienter les recherches ; l’Algérie, qui est aussi concernée au premier chef, et avec laquelle nous sommes en contact étroit et permanent depuis le début de cette crise.

Je pense par ailleurs à l’Espagne, dont l’équipage était originaire, qui a proposé de mobiliser ses moyens militaires présents à Dakar et à Koulikouro au Sud-Mali dans le cadre de la contribution européenne à la formation des forces armées maliennes ; je pense enfin aux Pays-Bas, dont deux hélicoptères présents au Mali dans le cadre de la mission des Nations Unies, ont participé activement aux recherches.

La force BARKHANE, présente au Mali et en particulier à Gao, est mobilisée depuis le départ à la demande du Président de la République. Elle le restera autant qu’il sera nécessaire et apportera tout son concours pour permettre que la lumière soit faite sur ce drame qui nous frappe duremenT.

Jean-Yves LE DRIAN, 25 juillet 2014

—————-

Crédit photos et vidéo : ECPAD

CRASH 5017-3