L’Observatoire d’études géopolitiques (OEG) et le Bureau culturel de l’ambassade d’Egypte en France ont organisé, le 16 décembre 2014, un colloque sur le thème « Nasser, son temps et l’Egypte moderne ». Ce colloque qui s’est déroulée dans l’amphithéâtre de l’Ecole nationale d’administration à Paris, a permis de rappeler quelle fut l’influence de Nasser dans l’évolution de l’Egypte moderne et pour l’émergence du nationalisme arabe.

L’ambassadeur d’Egypte, Ihab Badawi, a prononcé un discours introductif dans lequel il a souligné les importantes réalisations de l’époque nassérienne et noté que l’influence de Nasser reste présente dans le cœur du peuple égyptien et que c’est vers son souvenir qu’il se tourne en période de crise. Le professeur Amal el Sabban, conseiller culturel d’Egypte, a modéré le colloque au cours duquel plusieurs universitaires et intellectuels ont pris la parole.

L’universitaire Houda Gamâl Abd el Nasser, fille du défunt Raïs, a présenté la traduction en français de l’ouvrage Nasser Ma vie avec lui écrit par sa mère Tahîa Gamâl Abd el Nasser. Elle a également livré quelques souvenirs et réflexions d’une fille ainée qui veille à sauvegarder la mémoire de son père.

L’écrivain Gilbert Sinoué, qui publiera prochaine une biographie de l’ancien Raïs, a évoqué le héros qui entraînait les foules et pesait sur la scène internationale. Comparant le monde arabe du temps de Nasser et la situation d’aujourd’hui, Gilbert Sinoué a déclaré : « Si Nasser avait été là, Bush n’aurait pas envahi l’Irak, les Israéliens n’aurait pas attaqué Gaza, le monde arabe ne serait pas tombé aussi bas ».

Anne-Claire de Gayffier-Bonneville, professeur à l’INALCO, a montré comment Nasser a été pleinement une grande figure de son temps et a ouvert des pistes nouvelles en matière de relations internationales face à la politique des superpuissances.

Zeina el Tibi, présidente de l’Association des femmes arabes de la presse et de la communication et président délégué de l’OEG, a présenté un témoignage sur l’influence de Nasser auprès de plusieurs générations dans le monde arabe, en particulier au Liban. Elle a déclaré « Nasser a incarné toutes nos aspirations. Il était l’homme qui avait appelé les Arabes à relever la tête et à mettre fin aux jours d’humiliation…Il était l’homme qui incarnait le nationalisme arabe qui fut la seule grande idée d’avenir du monde arabe durant le XXe siècle. Aujourd’hui la Nation arabe est tombée au plus bas, elle est plus divisée que jamais, la Palestine piétinée, l’Irak menacée de division et en partie livrée à l’Iran, la Syrie en guerre civile, la Libye en pleine anarchie. Aujourd’hui où la Nation arabe est victime des pires intrigues, caricaturée par des extrémistes, menacée de sortir de l’Histoire, Nasser reste l’image lumineuse de ce qui fut notre espoir d’un renouveau arabe ».

Pour sa part, le docteur Charles Saint-Prot, directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques a exposé que tous les grands enjeux de l’époque de Nasser sont toujours actuels, à commencer par la question du destin de la nation arabe. Selon Charles SaintProt l’alternative à laquelle le monde arabe est confronté depuis la fin de Seconde Guerre mondiale est celle du nationalisme ou de l’intégrisme religieux (c’est-à-dire la manipulation de la religion à des fins politiques). Si le nationalisme arabe revendique l’héritage islamique, il affirme que l’Etat moderne doit être indépendant d’un quelconque pouvoir religieux, lequel est, de toute façon, étranger à la tradition islamique. Selon le directeur de l’OEG « Le nationalisme n’admet pas que la religion soit confisquée par des esprits rétrogrades et fanatiques qui n’en donnent qu’une mauvaise image. Entre le fanatisme religieux qui est un passé sans présent et sans avenir, et l’exagération inverse de certains matérialistes qui envisagent un avenir sans passé et sans mémoire, le nationalisme arabe propose de considérer la religion comme une composante du patrimoine arabe, une valeur qui peut trouver sa place dans un renouveau se fondant à la fois sur l’authenticité et le désir de modernité. C’est pourquoi, le nationalisme arabe continue à représenter une forme d’espérance. Celle d’un véritable printemps de la nation arabe dont ce mouvement a porté – et continue à porter – l’inépuisable volonté de vivre et de revivre ».