9 avril 193 : né en Tripolitaine (Libye actuelle), Septime Sévère est nommé empereur par son armée.
Les conditions de son arrivée au pouvoir imposent à Septime Sévère de s’appuyer sur l’armée : il entreprend des réformes qui préparent l’avenir et sont autre chose que de simples mesures d’opportunité.
- Il recrute les meilleurs soldats des légions (essentiellement des Illyriens et Thraces) dans la garde prétorienne à la place des Italiens, coupables de l’assassinat de Pertinax et de la mise aux enchères de l’Empire. Les cohortes prétoriennes deviennent de la sorte le corps d’élite de l’armée ;
- Il lève trois nouvelles légions, les trois Parthiques, commandées par des chevaliers. L’empereur introduit une brèche dans le monopole sénatorial du commandement des légions qui prépare les réformes de Gallien ;
- Les gradés sortis du rang (centurions et primipiles).
Les conditions de vie des soldats sont améliorées afin de maintenir le recrutement volontaire et d’éviter la conscription :
- Les soldes sont relevées pour la première fois depuis Domitien, peut-être de moitié, ce qui provoque ainsi un déséquilibre des finances et de l’économie, une telle revalorisation n’ayant pas été entreprise depuis un siècle ;
- Il améliore également l’annone militaire en créant officiellement l’institution. L’achat et l’entretien des équipements et du ravitaillement étant l’affaire des soldats, le transport est attribué à l’État et Septime Sévère en institue responsable la Poste impériale ;
- Il rajuste le statut civil des militaires, en leur donnant le droit au mariage et à l’officialisation de leurs enfants, ce que la précédente libéralisation du statut par Claude interdisait. En effet, jusqu’à Claude les soldats ne pouvaient pas quitter le camp durant la durée de leur service (15 ans pour les prétoriens, 20 ans pour les légionnaires et 30 ans pour les auxiliaires) et ne pouvaient avoir de famille. Claude avait réformé le système en autorisant les soldats à quitter le camp quand ils n’étaient pas de service afin de fonder officieusement une famille ; ils n’avaient cependant pas le droit de se marier ni de reconnaître leurs enfants avant leur retraite ;
- Il fonde des collèges militaires et crée trois légions supplémentaires, ce qui accroît l’effectif de l’armée de 10 %. Il accorde enfin de nouveaux honneurs aux militaires, autorisant les officiers à porter un anneau d’or, privilège jusqu’alors réservé aux chevaliers.


9 avril 1241 : bataille de Legnica (actuelle Pologne).
La bataille de Legnica (ou bataille de Liegnitz ou bataille de Wahlstatt en allemand) s’est déroulée en 1241 à proximité de la ville de Legnica (en Basse-Silésie) et a opposé les envahisseurs Turco-Mongols (Tatars) aux Polonais commandés par Henri II le Pieux, renforcés par de nombreux chevaliers européens (y compris les Teutoniques) accourus pour défendre l’Europe contre les infidèles, et par des paysans et des mineurs. Elle clôt la première vague d’invasion de la Pologne par les Mongols.
Traditionnellement, on considère que la bataille aurait eu lieu le , bien qu’aucune source historique ne confirme cette date. Comme pour beaucoup de grandes batailles médiévales, les détails exacts sur la composition des forces en présence, sur les tactiques utilisées ou sur le déroulement de la bataille ne sont pas connus et les informations qui nous sont parvenues sont parfois contradictoires.
L’issue finale de la bataille a parfois été interprétée de manière très différente. Ainsi, certains historiens parlent de la bataille de Legnica comme de la bataille qui a permis à Henri II le Pieux d’arrêter l’invasion mongole. La plupart des historiens contemporains considèrent plutôt qu’Henri II a été surclassé par l’habileté de ses ennemis et qu’il a subi une cinglante défaite.
La force mongole, formée d’une division de l’armée de Batu, petit-fils de Gengis Khan, et de Subötaï son second, commandée par Orda, frère de Batu (selon Jean de Plan Carpin et Rashid al-Din), a gagné la bataille tactique, grâce à sa mobilité supérieure et à la rapidité des archers-cavaliers, sur une opposition très lourdement armée mais trop peu mobile. La principale force des armées occidentales (le choc frontal de la charge de cavalerie lourde) est mise en échec par des groupes de cavaliers mobiles armés d’arcs. La tactique des Mongols consistait à entreprendre de nombreuses petites attaques et à feindre de nombreux replis, attirant les forces ennemies dans des embuscades où des groupes plus importants les attaquaient sur les flancs.
Le nombre total de combattants est difficile à estimer. Les Européens ont sans doute été enclins à exagérer le nombre des ennemis, parlant parfois de plus de 100 000 Mongols ayant participé à la bataille. Tenant compte de leur faiblesse logistique au XIIIe siècle, on pense aujourd’hui qu’ils ne devaient pas dépasser 8 000 hommes (cavaliers équipés d’arcs). Henri II le Pieux commandait une armée composée de Polonais et d’Allemands, bien que certains historiens actuels pensent pouvoir affirmer que la présence germanique était très réduite, voire inexistante. Selon leurs estimations, et en supposant une participation substantielle de Germains, l’armée d’Henri II aurait compté entre 3 800 et 4 300 hommes.
Le déroulement de la bataille est mal connu. L’armée d’Henri II a été totalement détruite et celui-ci est mort au combat. Pratiquement tous les combattants de son armée ont été tués ou blessés. Un des moments clés de la bataille est la charge de la cavalerie lourde mongole commandée par Orda, frère aîné de Batu. On ignore les pertes subies par l’armée d’Orda, mais elles ont soit été légères, la victoire étant totale, soit lourdes, ce qui peut expliquer l’arrêt de l’avancée mongole.
Malgré leur victoire, les Mongols ont arrêté leur progression vers l’ouest, le but de leur campagne étant de protéger le flanc nord-est de leur invasion en Hongrie. Peu de temps après, les Mongols se replièrent vers l’est : ils n’étaient pas préparés pour prolonger leur invasion plus loin.

9 avril 1865 : reddition sudiste (Appomattox – Virginie – États-Unis).
La reddition de Lee, ou reddition d’Appomattox désigne la capitulation de l’armée de Virginie du Nord le 9 avril 1865. Elle est signée dans le salon de la maison de Wilmer McLean à Appomattox par le général sudiste Robert E. Lee au terme de la bataille d’Appomattox Court House. En vertu des conditions offertes par le lieutenant-général Ulysses S. Grant, les sudistes sont libérés sur parole.
Elle marque la fin de la guerre de Sécession sur le théâtre oriental et symboliquement sur les autres théâtres d’opérations. Néanmoins, elle ne met pas fin aux combats, quelques escarmouches ayant lieu sur les théâtres occidental et Trans-Mississippi après cette reddition.

9 avril 1917 : bataille de la crête de Vimy (Pas de Calais).
Conçue initialement comme une diversion à l’attaque française prévue dans la région de Reims, la bataille de Vimy est une victoire canadienne inattendue et nette contre la 6e armée allemande de Falkenhausen. 15 000 Canadiens percent le front après trois jours de combats, déplorant plus de 3 000 morts et 7 000 blessés. Vimy est devenu un des événements fondateurs du Canada moderne.

9 avril 1918 : bataille de la Lys (Ypres – Flandres belges).
La bataille de la Lys, également connue sous le nom de quatrième bataille d’Ypres ou de bataille d’Estaires (en Allemagne : Vierte Flandernschlacht), fait partie de l’ensemble des offensives allemandes dans les Flandres, l’opération Georgette conçue par le général Ludendorff pour reprendre Ypres, au cours de la Première Guerre mondiale. La bataille de la Lys s’est déroulée du au . L’état-major allemand a bénéficié du renfort des troupes ramenées de Russie à la suite de la paix signée avec les soviets (traité de Brest-Litovsk).
La 2e division portugaise, commandée par le général Gomes da Costa (qui deviendra plus tard président du Portugal), avec approximativement 20 000 hommes, perd environ 300 officiers et 7 000 hommes, tués, blessés ou prisonniers, en résistant à l’attaque de quatre divisions allemandes, fortes de 50 000 hommes, de la VIe armée allemande commandée par le général von Quast.
Du 7 au , l’artillerie allemande pilonne sans discontinuer la région d’Estaires, en utilisant une grande quantité d’obus à gaz toxiques.
Le , à 4 h 00, des obus tombent sur les positions britanniques basées entre La Bassée et Armentières. À 8 h 00, la VIe armée allemande du général von Quast attaque par surprise, sous un épais brouillard, les 55e, 40e et 34e divisions d’infanterie britanniques, et la 2e division d’infanterie portugaise qui est enfoncée entre le canal de La Bassée et la Lys. Quasiment anéantie elle se replie, entrainant plusieurs divisions de la 1re armée britannique craignant d’être prises à revers. Au soir les troupes allemandes ont franchi la Lys et la Lawe, pris et incendié Estaires, ont avancé de 10 km dans le dispositif allié et capturé 10 000 soldats.
Le , la IVe armée allemande du général von Arnim entre en action contre la 2e armée britannique avec comme objectif Ypres. À la fin de la journée les Allemands prennent Messines aux troupes britanniques d’Afrique du Sud et occupent totalement Estaires et les environs défendus par la 50e division d’infanterie française.
Le , Armentières et Merville sont prises par les Allemands. Afin de protéger ses défenses le général Haig inonde son secteur, en attendant le renfort du 2e corps d’armée français du général Fayolle dirigé sur Saint-Omer.
Le , les Allemands atteignent le mont Kemmel, tandis que plus au nord, les Anglais évacuent tout le terrain situé entre Poelkapelle et Gheluvelt. Au nord d’Ypres, les Belges tiennent leur front sans désemparer malgré plusieurs assauts allemands.
Le 1918, six divisions allemandes appuyées par un bombardement d’obus à gaz toxiques, des Minenwerfer et de l’aviation attaquent entre Ypres et Bailleul et s’emparent du mont Kemmel défendu par les 416e, 99e et 22e régiments d’infanterie des 28e et 36e divisions d’infanterie françaises.
Le 1918, les Allemands reprennent l’offensive, mais épuisés, ils échouent à prendre les monts Rouge et Noir, les empêchant de progresser vers les ports de Calais et Dunkerque .
Malgré ces percées allemandes les Alliés tiennent et, finalement, le 1er 1918 l’état-major allemand décide de stopper l’opération Georgette.
Le , la quatrième bataille d’Ypres s’achève sans que l’armée allemande du front nord puisse espérer atteindre son objectif qui était de déferler vers la France par les ports des côtes belge et française (Calais et Dunkerque). Plus au sud, le général Foch, commandant en chef des armées alliées, qui prépare ce qu’il veut être l’offensive décisive sur la Somme, n’a pas voulu distraire de troupes pour aider les Anglo-Franco-Belges (et Portugais) à Ypres. C’est qu’il considère que c’est sur la Somme, où les Américains viennent renforcer les Franco-Anglais, que va se produire, croit-il, l’action décisive qui doit obliger l’état-major allemand à renoncer à conquérir le dernier morceau du territoire belge encore inviolé. De fait, ils n’y arriveront pas. Cependant, la grande offensive alliée qui doit vaincre l’Allemagne n’est pas encore pour tout de suite. Il est manifeste qu’après Ypres, les Allemands veulent utiliser les forces libérées par la paix avec la Russie pour un effort suprême plus au sud.
Pour l’ambassadeur du Portugal en France en 2018, Jorge Torres-Pereira, « La bataille de la Lys pour les Portugais, c’est l’équivalent de Verdun en France. Elle fut le premier engagement du jeune Portugal républicain et démocratique sur le théâtre européen. »

9 avril 1940 : déclenchement de l’opération Weserübung (invasion allemande du Danemark et de la Norvège).
Le 9 avril 1940, à l’aube, les forces armées du IIIe Reich lancent simultanément une offensive contre deux États neutres de Scandinavie : le Danemark et la Norvège. Cette opération, baptisée Weserübung – littéralement « exercice sur la Weser », du nom d’un fleuve allemand – marque l’ouverture de la campagne de Norvège. Elle constitue la première opération interarmées d’envergure de la Seconde Guerre mondiale, combinant forces terrestres, navales et aériennes dans un effort coordonné à travers plusieurs centaines de kilomètres de côtes.

Plusieurs facteurs poussent Berlin à envisager une intervention en Scandinavie dès la fin de l’année 1939. L’objectif principal est double : obtenir des bases navales utilisables contre la Royal Navy britannique et sécuriser les livraisons de minerai de fer en provenance de Suède, acheminées par le port norvégien de Narvik. Ce minerai est indispensable à l’industrie de guerre allemande — environ 90 % du minerai transitant par Narvik — et toute interruption de son approvisionnement représente une menace directe pour l’effort militaire du Reich. La longue côte septentrionale de la Norvège offre par ailleurs des positions idéales pour lancer des opérations de sous-marins dans l’Atlantique-Nord contre le commerce maritime britannique.

Le 10 décembre 1939, Vidkun Quisling, dirigeant norvégien acquis aux thèses nationales-socialistes, se rend à Berlin pour proposer à Hitler un coup d’État en Norvège, destiné à prévenir une intervention britannique. Hitler charge alors un état-major d’étudier les modalités d’une opération militaire dans la région. La première étude, baptisée Studie Nord et commandée par Hitler le 14 décembre 1939, est achevée le 10 janvier 1940. Le 27 janvier, Hitler ordonne l’élaboration d’un nouveau plan, désormais nommé Weserübung.
L’affaire du navire ravitailleur Altmark, arraisonné par le destroyer britannique Cossack dans les eaux territoriales norvégiennes le 16 février 1940, accélère les préparatifs. L’Altmark, ancien pétrolier du cuirassé de poche Admiral Graf Spee, transportait 299 prisonniers de guerre alliés capturés dans l’Atlantique Sud. Cet incident démontre aux yeux de Berlin que la neutralité norvégienne ne constitue pas une protection fiable contre les ingérences britanniques.
La planification
Le 21 février 1940, le commandement de l’opération terrestre est confié au général Nikolaus von Falkenhorst, choisi pour son expérience de la guerre en Finlande durant le premier conflit mondial. Le 1er mars, le XXIe corps d’armée est rebaptisé Groupe XXI et placé sous l’autorité de Falkenhorst, avec pour chef d’état-major l’Oberst Erich Buschenhagen.
Le plan prévoit un dispositif terrestre de sept divisions : deux divisions de montagne (la 3e division de montagne et, par décision ultérieure, la 2e) et cinq divisions d’infanterie. Aucune de ces divisions d’infanterie n’a encore été éprouvée au combat. Trois compagnies de parachutistes, rattachées au 1er régiment de Fallschirmjäger, sont chargées de s’emparer d’aérodromes stratégiques : Aalborg au Danemark, Sola près de Stavanger, et Fornebu à Oslo. L’assaut sur l’aérodrome de Sola constitue la première attaque aéroportée contre un objectif défendu de l’histoire militaire.
Le 1er mars, Hitler publie une nouvelle directive élargissant l’opération au Danemark, à la demande de la Luftwaffe qui souhaite disposer de bases de chasse et de stations de détection avancée. Le XXXIe corps d’armée est alors constitué pour l’invasion du Danemark, avec deux divisions d’infanterie et la 11e brigade motorisée.
L’appui aérien de l’ensemble de l’opération est confié au Xe corps aérien (X. Fliegerkorps), placé sous le commandement du Generalleutnant Hans Ferdinand Geisler. Ce corps aérien dispose d’environ 1 000 appareils de différents types – bombardiers, chasseurs, avions de transport et de reconnaissance – ce qui confère aux Allemands une supériorité aérienne écrasante sur le théâtre d’opérations.
Côté naval, la quasi-totalité des opérations de sous-marins dans l’Atlantique est suspendue pour permettre aux U-Boote de soutenir l’invasion. Chaque sous-marin disponible, y compris les bâtiments d’entraînement, est mobilisé dans le cadre de l’opération Hartmut, destinée à protéger les flancs maritimes du dispositif d’invasion.
Le dispositif naval : 6 groupes de combat
L’originalité tactique de Weserübung réside dans son dispositif naval. La Kriegsmarine organise six groupes de navires de guerre (Warship-Gruppen), chacun affecté à un objectif côtier précis, et chargé de transporter directement les premières vagues de troupes d’assaut. Ce choix audacieux — faire traverser des eaux contrôlées par la Royal Navy à des croiseurs chargés de fantassins — repose entièrement sur la vitesse et la surprise.
Le Groupe I, composé de 10 destroyers transportant 2 000 chasseurs alpins (Gebirgsjäger) du général Eduard Dietl, a pour objectif Narvik, tout au nord. Les cuirassés Scharnhorst et Gneisenau, sous les ordres du vice-amiral Günther Lütjens, assurent la couverture lointaine de ce groupe.
Le Groupe II, articulé autour du croiseur lourd Admiral Hipper et de 4 destroyers, transporte des éléments du 138e régiment de montagne de la 3e division vers Trondheim. Le Groupe III, comprenant les croiseurs légers Köln et Königsberg ainsi que le navire-école d’artillerie Bremse, achemine 1 900 hommes de la 69e division d’infanterie vers Bergen.
Le Groupe IV, constitué du croiseur léger Karlsruhe, de 3 torpilleurs et de 7 vedettes rapides (S-Boote), transporte 1 100 hommes du 310e régiment de la 163e division vers Kristiansand. Le Groupe V, le plus puissant, regroupe le croiseur lourd Blücher, le cuirassé de poche Lützow, le croiseur léger Emden, 3 torpilleurs et 8 dragueurs de mines, avec 2 000 hommes de la 163e division destinés à Oslo. Le Groupe VI, composé de 4 dragueurs de mines, débarque 150 soldats à Egersund.
À ce dispositif d’assaut s’ajoutent des navires de transport camouflés en cargos marchands, chargés d’équipement lourd, de munitions et de véhicules, prépositionnés pour rejoindre les ports une fois ceux-ci sécurisés. Cette deuxième vague logistique constitue le talon d’Achille du plan : si elle est interceptée, les troupes débarquées se retrouvent isolées et sous-équipées — ce qui se produira effectivement à Narvik.
La course de vitesse avec les Alliés
Du côté allié, Britanniques et Français envisagent eux aussi une intervention en Scandinavie. Le prétexte initial est de porter secours à la Finlande, engagée dans la guerre d’Hiver contre l’Union soviétique. Le 12 mars 1940, les Britanniques décident d’envoyer un corps expéditionnaire en Norvège, mais l’opération est annulée le jour même en raison de la fin de la guerre d’Hiver. Londres se rabat alors sur un plan plus limité, l’opération Wilfred, consistant à miner les eaux côtières norvégiennes pour perturber le trafic de minerai de fer. Le mouillage de mines est effectué dans le Vestfjord le matin du 8 avril, mais à cette date, les navires allemands remontent déjà la côte norvégienne.
Le journal d’Alfred Jodl, chef de l’état-major des opérations de la Wehrmacht, révèle que le 13 mars, Hitler cherchait encore un prétexte pour déclencher Weserübung. Ce n’est que le 2 avril que les préparatifs allemands sont achevés. L’ordre naval est émis le 4 avril. Les premiers navires de guerre allemands appareillent dès le 3 avril, tandis que le gros de la flotte d’invasion met les voiles le 7 avril à 03 h 00 du matin.
La Royal Navy repère une partie de la flotte allemande, mais l’interprétation des renseignements est déficiente. Les deux groupes navals allemands les plus septentrionaux sont découverts à environ 110 milles au sud du cap Naze par des avions de la RAF peu après 08 h 00 du matin le 7 avril, mais leur composition est initialement sous-évaluée – 1 croiseur et 6 destroyers, alors que la force comprend en réalité des cuirassés et des croiseurs lourds. Les bombardiers envoyés à leur rencontre ne leur infligent aucun dommage.

L’invasion du Danemark : six heures de résistance
À 04 h 00 du matin le 9 avril, l’ambassadeur allemand à Copenhague, Cecil von Renthe-Fink, convoque le ministre danois des Affaires étrangères, Peter Munch, et lui annonce que la Wehrmacht occupe le Danemark pour le protéger d’une agression franco-britannique. L’ultimatum exige la cessation immédiate de toute résistance.
La veille, l’amiral Wilhelm Canaris, chef de l’Abwehr et impliqué dans la résistance allemande au nazisme, avait prévenu les Danois de l’imminence d’une invasion. L’armée royale danoise est mise en alerte à 13 h 30 le 8 avril, mais le gouvernement interdit tout déploiement offensif. La frontière est franchie à 04 h 15 en quatre points – Sæd, Rens, Padborg et Krusaa –, tandis que la Kriegsmarine débarque simultanément des troupes dans les détroits danois. Le cuirassé Schleswig-Holstein appuie les débarquements à Korsør et Nyborg.
L’opération aéroportée contre l’aérodrome d’Aalborg, cible prioritaire de Weserübung Süd, est exécutée par un peloton de parachutistes du 4e bataillon du 1er régiment de Fallschirmjäger. Ils ne rencontrent aucune résistance et, en moins d’une heure, des avions allemands commencent à atterrir en masse. Plus de 200 mouvements aériens sont enregistrés dès le premier jour, principalement pour le transport de troupes et de carburant vers l’aérodrome de Fornebu en Norvège.
L’invasion du Danemark est achevée en six heures environ. Le terrain plat du pays, l’absence de défenses naturelles et la supériorité écrasante des forces allemandes rendent toute résistance prolongée impossible. Le Danemark accepte l’occupation sous la contrainte, tout en conservant formellement son gouvernement et ses institutions.

La Norvège : les débarquements du 9 avril
La situation en Norvège est très différente. Le relief montagneux, l’étendue du littoral et la détermination de certaines unités norvégiennes rendent l’opération bien plus complexe pour les Allemands.
Des groupes navals allemands débarquent simultanément à Bergen, Trondheim, Kristiansand, Stavanger, Narvik, Arendal, Egersund et Oslo. L’heure nominale de débarquement, dite Weserzeit, est fixée à 05 h 15 heure allemande, soit 04 h 15 heure norvégienne. Dans la soirée du 8 avril, le Kampfgruppe 5 est repéré par le navire de garde norvégien Pol III, dont le capitaine devient la première victime militaire norvégienne de la guerre.
L’échec du Groupe V dans le fjord d’Oslo. L’épisode le plus marquant de cette première journée se déroule dans le fjord d’Oslo. Le croiseur lourd Blücher, navire amiral du Groupe V chargé de prendre la capitale, est illuminé par les projecteurs de la forteresse d’Oscarsborg vers 05 h 15 en approchant du détroit de Drøbak. Les artilleurs de la forteresse ouvrent le feu avec leurs canons Krupp de 280 mm, vieux de 48 ans, baptisés Moses et Aron. Le navire, incapable de manœuvrer dans les eaux étroites, est également frappé par des torpilles tout aussi anciennes. Il coule en moins de deux heures, emportant entre 600 et 1 000 hommes. Le Lützow est également torpillé et lourdement endommagé par le sous-marin britannique Spearfish. Le reste du Groupe V se replie temporairement, retardant la prise d’Oslo de plusieurs heures — un délai qui permet au roi Haakon VII, au gouvernement et aux parlementaires de fuir la capitale avec les réserves d’or de la Banque de Norvège.
La prise d’Oslo par voie aérienne. Face à l’échec de la voie maritime, les Allemands s’emparent de la capitale par les airs. Le 10 avril, des parachutistes allemands prennent le contrôle de l’aérodrome de Fornebu et marchent sur Oslo. Cette improvisation tactique compense le retard causé par le naufrage du Blücher et illustre la flexibilité du commandement allemand.
Bergen et Kristiansand. À Bergen, le Groupe III débarque ses 1 900 hommes mais subit des tirs de l’artillerie côtière norvégienne. Le croiseur léger Königsberg est endommagé par les batteries côtières le 9 avril, puis coulé le lendemain par des bombardiers en piqué Skua de la Fleet Air Arm – devenant le premier grand navire de guerre coulé par une attaque aérienne de l’histoire. Le Bremse est également endommagé par l’artillerie côtière. Le croiseur léger Karlsruhe, affecté au Groupe IV à Kristiansand, est torpillé et coulé par le sous-marin britannique Truant après avoir débarqué ses troupes.
Narvik. Le Groupe I atteint Narvik avec ses dix destroyers et débarque les 2 000 Gebirgsjäger du général Dietl. Les navires de défense côtière norvégiens Norge et Eidsvold, qui tentent de s’opposer au débarquement, sont torpillés et coulés avec de lourdes pertes. Les Allemands prennent le port, mais leurs navires de ravitaillement, chargés d’armement lourd et de munitions, sont interceptés ou détournés, laissant la garnison de Dietl dangereusement sous-équipée.
Trondheim et Stavanger. À Trondheim, le croiseur lourd Admiral Hipper débarque les éléments du 138e régiment de montagne sans opposition majeure. À Stavanger, les parachutistes s’emparent de l’aérodrome de Sola, qui devient immédiatement opérationnel pour la Luftwaffe.
Les renforts et la deuxième vague
Entre le 11 et le 14 avril, la 181e division d’infanterie du général Woytasch, la 196e division d’infanterie du général Pellengahr, les derniers régiments des 69e et 163e divisions, ainsi que le bataillon de chars Panzer-Abteilung 40, le 3e bataillon de DCA et le bataillon de parachutistes Göring arrivent en renfort. La 214e division d’infanterie du général Horn est envoyée à Stavanger le 17 avril, et la 2e division de montagne du général Feurstein à Trondheim. Ces renforts permettent aux Allemands de consolider leurs têtes de pont et de lancer la progression terrestre vers le nord depuis Oslo.
En raison de la rapidité et de la surprise de l’attaque allemande, l’armée norvégienne ne parvient qu’à se mobiliser partiellement. Les effectifs des unités n’atteignent qu’une fraction de leurs dotations théoriques. Contrairement à la plupart des armées européennes, la « division » norvégienne est avant tout une structure administrative et de mobilisation ; l’unité tactique fondamentale est le régiment, dont l’effectif théorique en cas de mobilisation est de 3 750 hommes, pour un total national de 60 000 soldats.
Le commandant en chef de l’armée norvégienne au moment de l’invasion, le général Kristian Laake, est remplacé dès le 11 avril par le colonel Otto Ruge, qui tente d’organiser une défense coordonnée avec les moyens du bord. Les soldats norvégiens, souvent équipés d’armes datant du début du siècle, font face à un adversaire disposant d’un matériel moderne et d’un appui aérien sans équivalent.
L’intervention alliée et les batailles de Narvik
Face à l’invasion, les Alliés tentent de réagir. Le Conseil suprême de guerre allié, réuni à Paris, décide de concentrer ses efforts sur les secteurs de Narvik et de Trondheim. Des troupes britanniques et françaises sont débarquées à plusieurs points de la côte norvégienne.
À Narvik, les combats navals sont particulièrement violents. Lors de la première bataille navale de Narvik, le 10 avril, 5 destroyers britanniques sous le commandement du capitaine Bernard Warburton-Lee attaquent par surprise la flottille allemande au mouillage, coulant 2 destroyers (le Wilhelm Heidkamp et l’Anton Schmitt) et plusieurs navires marchands, mais perdant eux-mêmes deux bâtiments (le HMS Hardy et le HMS Hunter).
Lors de la seconde bataille, le 13 avril, le cuirassé HMS Warspite et une flottille de destroyers pénètrent dans le fjord et coulent les huit destroyers allemands restants, piégés par le manque de carburant. La garnison de Dietl, désormais coupée de tout ravitaillement naval et privée de son artillerie lourde restée dans les cales des navires coulés, se retrouve dans une situation critique.
Dans le centre de la Norvège, des troupes britanniques débarquent à Åndalsnes et à Namsos pour tenter de reprendre Trondheim. Mais ces opérations se heurtent à la supériorité aérienne allemande. La Luftwaffe empêche les débarquements, détruit des fortifications, des nœuds ferroviaires et des dépôts d’approvisionnement. Les villes d’Åndalsnes, Molde, Kristiansund, Steinkjer, Namsos, Bodø et Narvik sont bombardées — certaines à des fins tactiques, d’autres dans une logique de bombardement de terreur. Les forces alliées du centre sont contraintes d’évacuer fin avril.
Au nord, la situation est plus favorable aux Alliés. Les forces norvégiennes et alliées — françaises, britanniques et polonaises — sous le commandement du général norvégien Carl Gustav Fleischer remportent à Narvik la première victoire tactique terrestre contre la Wehrmacht de toute la guerre. La ville est reprise le 28 mai 1940. Mais cette victoire locale intervient au pire moment : l’offensive allemande sur la France et les Pays-Bas, lancée le 10 mai, absorbe toutes les ressources alliées disponibles. L’évacuation de Narvik est ordonnée début juin.
La capitulation norvégienne et ses conséquences
Les Norvégiens résistent pendant deux mois mais capitulent le 10 juin 1940. Le roi Haakon VII et son gouvernement s’exilent à Londres, d’où ils poursuivront la lutte aux côtés des Alliés pendant cinq années. Comme le roi et le gouvernement légitime n’ont jamais été capturés, la Norvège n’a juridiquement jamais capitulé devant l’Allemagne, laissant le gouvernement Quisling dans l’illégitimité.
Les pertes alliées pour l’ensemble de la campagne s’élèvent à environ 6 602 hommes, contre quelque 5 296 du côté allemand. Mais les pertes navales allemandes sont disproportionnées : un croiseur lourd (le Blücher), 2 croiseurs légers (Königsberg et Karlsruhe), 10 destroyers à Narvik, le cuirassé de poche Lützow lourdement endommagé, et plusieurs sous-marins. Ces pertes réduisent considérablement la capacité opérationnelle de la Kriegsmarine, ce qui aura des conséquences directes lors de la bataille d’Angleterre à l’été 1940.
L’opération Weserübung est la première opération interarmées de grande ampleur de la Seconde Guerre mondiale. Elle démontre que les trois armes allemandes – Wehrmacht, Kriegsmarine et Luftwaffe – peuvent opérer conjointement, même si les rivalités entre états-majors font de Hitler le commandant unifié de l’opération par défaut. La combinaison de vitesse, de surprise et d’audace permet aux forces allemandes de défier la Royal Navy en transportant directement les troupes vers leurs objectifs le long de la côte norvégienne.
Sur le plan tactique, l’opération met en lumière plusieurs enseignements. Le premier est le rôle déterminant de la puissance aérienne : c’est la Luftwaffe, et non la Kriegsmarine, qui assure la supériorité locale dans le centre et le sud de la Norvège, neutralisant les tentatives alliées de débarquement et compensant les pertes navales. Le deuxième est la vulnérabilité des navires de surface face aux défenses côtières et aux sous-marins, comme le démontrent la destruction du Blücher dans le fjord d’Oslo et les torpillages du Karlsruhe et du Lützow. Le troisième est l’importance des opérations aéroportées, qui permettent de contourner les obstacles maritimes et de s’emparer rapidement d’infrastructures clés.
L’occupation de la Norvège procure à l’Allemagne un accès sécurisé au minerai de fer suédois, la base sous-marine de Trondheim et des bases aériennes et navales dans le Grand Nord, utilisées par la suite pour attaquer les convois alliés vers la Russie entre 1941 et 1945.
Du côté allié, l’échec de la campagne de Norvège a des répercussions politiques immédiates au Royaume-Uni. Le débat parlementaire sur la conduite des opérations précipite la chute du gouvernement Chamberlain et l’arrivée au pouvoir de Winston Churchill le 10 mai 1940 – date qui coïncide avec le déclenchement de l’offensive allemande à l’Ouest. Les méthodes et l’armement alliés se révèlent dépassés en Norvège, tout comme le système de renseignement allié, qui se montre largement inefficace. Les leçons tirées de cet échec, notamment en matière d’opérations amphibies combinées, ne seront pas perdues par les Britanniques pour la suite du conflit.
Le corps expéditionnaire français en Scandinavie (CEFS) et la bataille de Narvik
Parmi les épisodes les moins connus de cette campagne figure l’engagement du Corps expéditionnaire français en Scandinavie, dont l’action autour de Narvik constitue, pour l’armée française, la seule victoire inscrite au bilan de la campagne de 1939-1940.
Dès le début du conflit, le colonel Antoine Béthouart est chargé de constituer un corps expéditionnaire destiné à intervenir en Scandinavie. Initialement préparé dans le cadre d’un projet d’aide à la Finlande en guerre contre l’Union soviétique, ce corps est dissous après l’armistice finlandais du 12 mars 1940, puis réactivé le 23 mars en prévision d’une agression allemande en Norvège.
Le corps expéditionnaire franco-polonais, placé sous le commandement du général Béthouart – promu général de brigade le 15 avril 1940 –, s’articule autour de la 1re division légère de chasseurs, elle-même issue de la brigade de haute montagne. Cette division comprend deux demi-brigades de chasseurs alpins : la 27e demi-brigade de chasseurs alpins (27e DBCA), engagée du 27 avril au 7 juin dans le secteur de Narvik, et la 5e DBCA, qui intervient dans le secteur de Namsos du 19 avril au 3 mai. À ces unités de montagne s’ajoutent la 13e demi-brigade de la Légion étrangère (13e DBLE) commandée par le lieutenant-colonel Raoul Magrin-Vernerey (« Monclar »), une compagnie autonome de chars, des éléments d’artillerie coloniale et de défense antiaérienne, ainsi qu’une brigade polonaise de chasseurs. Le contingent est transporté sur des paquebots réquisitionnés, dont le Chenonceau, le Colombie et le Mexique.
La marine française engage pour sa part un croiseur amiral – l’Émile Bertin, puis le Montcalm –, des divisions de contre-torpilleurs, de torpilleurs et de sous-marins.
Face aux Alliés, la garnison allemande de Narvik, forte d’environ 2 000 chasseurs de montagne commandés par le général Eduard Dietl, est renforcée par quelque 2 600 marins rescapés des destroyers coulés lors des batailles navales d’avril. Ces hommes, retranchés dans un relief montagneux qui favorise la défense, disposent d’un armement limité mais d’une détermination intacte.
La situation tactique est d’abord marquée par l’enlisement. Le général britannique Mackesy, commandant initial des forces terrestres alliées, privilégie une approche terrestre progressive, contre l’avis de Béthouart et de l’amiral Cork, commandant les opérations combinées. La progression est lente dans les montagnes enneigées, au-delà du cercle arctique, par des températures extrêmes. Le combat en zone arctique représente un défi climatique, géographique et logistique considérable pour des troupes formées dans les Alpes et projetées à des milliers de kilomètres de leurs bases.
Pour débloquer la situation, Béthouart impose un plan audacieux. Il décide de lancer un débarquement de vive force à Bjerkvik, à l’extrémité de la presqu’île de l’Herjangsfjord, afin de prendre à revers les positions allemandes qui bloquent la progression des chasseurs alpins et des bataillons norvégiens au nord. Les 13 et 14 mai, la 13e DBLE, appuyée par les chars de la 342e compagnie, s’empare des hauteurs de Bjerkvik, puis effectue sa jonction avec les chasseurs alpins et les Norvégiens progressant depuis le nord. Cet assaut amphibie, mené sous le feu ennemi avec couverture navale britannique, représente l’une des premières opérations combinées interarmes et interalliées de la guerre.
L’assaut final sur Narvik est déclenché le 28 mai. Légionnaires et Norvégiens atteignent Orneset, tandis qu’au sud, deux bataillons polonais se portent sur Ankenes et le Bjersfjord. Les Allemands, cramponnés aux hauteurs dominant la ville, ripostent avec l’appui de la Luftwaffe. Sous les bombardements, les forces alliées se regroupent, occupent les crêtes et forcent l’ennemi à reculer. Français et Norvégiens entrent dans Narvik, les Polonais effectuant leur jonction avec des éléments de la Légion étrangère dans le Bjersfjord. Les troupes de Dietl sont repoussées jusqu’aux abords de la frontière suédoise.
La reprise de Narvik constitue la première victoire terrestre alliée de la Seconde Guerre mondiale. Mais elle intervient alors que la situation sur le front occidental est devenue catastrophique. Les Panzers ont percé les lignes françaises à Sedan, le corps expéditionnaire britannique reflue vers Dunkerque. Le commandement allié, conscient de l’impossibilité de maintenir un théâtre d’opérations aussi éloigné des bases métropolitaines, sans aérodromes et face à la supériorité aérienne allemande, ordonne l’évacuation.
L’opération Alphabet — nom de code de l’évacuation — s’achève le 8 juin 1940. Le 9 juin, les Allemands reprennent Narvik sans tirer un coup de feu. Les pertes françaises et polonaises durant l’ensemble des combats en Norvège s’élèvent à 350 hommes. 122 d’entre eux reposent dans le carré français du cimetière de Narvik.
L’esprit de victoire forgé dans les fjords norvégiens ne disparaît pas avec l’évacuation : parmi les rescapés du corps expéditionnaire se trouvent les premiers ralliés aux Forces françaises libres du général de Gaulle. Le 2 juillet, les hommes souhaitant poursuivre le combat rejoignent de Gaulle à Londres – un bataillon de la Légion étrangère, des tankistes et 52 chasseurs alpins. La 13e DBLE, forgée dans les neiges de Narvik, deviendra l’une des unités emblématiques de la France libre, portant sur son drapeau les inscriptions « Bjervik 1940 » et « Narvik 1940 » – témoignages d’une victoire éphémère sur le terrain mais fondatrice dans la mémoire militaire française.
9 avril 1942 : chute de Bataan (Philippines) et début de la « marche de la mort ».
Les Japonais conquièrent la province de Bataan sur l’ile de Luçon après plus de 3 mois de combats.
La marche de la mort de Bataan est une marche forcée — où les gardiens font avancer les détenus au mépris de la vie de ces derniers, voire en vue de leur extermination — qui eut lieu aux Philippines, du au 1er , et fut comptée ultérieurement comme l’un des crimes de guerre japonais.
La marche forcée concerna de 70 000 à 85 000 prisonniers de guerre américains et philippins capturés par l’Armée impériale japonaise après la bataille de Bataan qui avait duré trois mois, celle-ci étant elle-même un épisode de la bataille des Philippines durant la Guerre du Pacifique.
Le trajet, long de 97 km, commençait à Cabcaben, dans la péninsule de Bataan, pour s’achever au camp d’internement O’Donnell. Pour les prisonniers, cette épreuve consista en une marche quasi permanente, jour et nuit, sans nourriture et avec très peu d’eau, des violences physiques, des meurtres et d’autres actes de sauvagerie ou de sadisme perpétrés par les soldats japonais tout le long du trajet. Tout prisonnier qui s’arrêtait ou se plaignait était exécuté (abattu par balle ou à la baïonnette, ou encore gorge tranchée). Parmi les actes de barbarie rapportés, les camions japonais empruntant la route des prisonniers roulaient systématiquement sur toute personne tombée à terre et depuis ces mêmes camions, les soldats japonais laissaient volontairement saillir leur baïonnette à hauteur d’homme.
La malnutrition est systématique. Après la marche de la mort, la détention au camp O’Donnell, et au camp japonais à Inchon (Corée du Sud), le capitaine Harold Keith Johnson ne pèse plus que 42 kg au lieu de son poids normal de 82 kg. Les corps décharnés (squelettiques) des prisonniers des Japonais démontrent tout le calvaire qu’ils ont enduré.
Le nombre exact de morts est impossible à déterminer, mais certains historiens ont indiqué un minimum de 6 000 à 11 000 morts. Le rapport officiel de l’armée américaine a évalué ce nombre à environ 23 500, dont 22 000 Philippins, pendant que le Tribunal de Manille, où fut jugé le général Masaharu Honma, a quant à lui retenu le chiffre de 20 000 morts sur 78 000 prisonniers. Certains rapports alliés d’après-guerre indiquaient eux que seulement 54 000 des 72 000 prisonniers atteignirent leur destination. À ces chiffres s’ajoute le nombre de morts dans les jours qui ont suivi l’arrivée dans les camps.
En tout cas, la mortalité était effarante : Des 22 000 Américains de toutes armes capturés par les Japonais sur la Péninsule de Bataan, seuls 15 000 rentrèrent aux États-Unis, soit un taux de mortalité de plus de 30 %. En comparaison, les Alliés prisonniers de guerre détenus par les Nazis ont connu un taux de mortalité de 3 %.

9 avril 1944 : mort de la navigatrice aérienne soviétique Yevgeniya Maksimovna Rudneva, abattue avec sa pilote Panna Prokofyeva.
Yevgeniya Maksimovna Rudneva naît le 24 mai 1921 à Berdiansk, ville portuaire du sud de l’Ukraine, dans la famille d’un télégraphiste ukrainien. Enfant unique, elle passe l’essentiel de son enfance à Moscou. Rien dans ce parcours initial ne la destine particulièrement à une carrière militaire : c’est vers les sciences exactes que se tourne d’abord cette jeune femme intellectuellement précoce.

Après avoir achevé ses études secondaires dans la capitale soviétique, elle intègre la prestigieuse faculté de mécanique et de mathématiques de l’Université d’État de Moscou. Elle y suit trois années d’études avant octobre 1941, date à laquelle elle s’engage volontairement dans l’armée. Parallèlement à ses études universitaires, elle occupe le poste de responsable du département solaire de la section moscovite de la Société astronomique et géodésique de l’URSS, témoignant d’une double vocation scientifique précoce, à la fois théorique et d’observation.
Cette formation en astronomie n’est pas anodine dans la suite de son parcours militaire : la maîtrise de la navigation céleste, des cartes et du calcul de trajectoires constitue un atout décisif pour une navigatrice de bombardement nocturne.
L’engagement militaire : l’automne 1941
L’invasion allemande de l’Union soviétique, lancée le 22 juin 1941 sous le nom d’opération Barbarossa, bouleverse profondément la société soviétique. Des centaines de milliers de civils, dont de nombreuses femmes, se portent volontaires pour le service armé. Yevgeniya Rudneva fait partie de cette génération qui renonce à ses ambitions académiques pour rejoindre les rangs de l’Armée rouge.
C’est la colonelle Marina Raskova qui, usant de son influence et de ses contacts personnels avec Staline, obtient l’autorisation de constituer des unités de combat exclusivement féminines. Le 8 octobre 1941, un ordre est émis pour la création de trois régiments aériens féminins, dont le 588e régiment de bombardement nocturne.
Après son engagement dans l’Armée rouge, Rudneva suit les cours de navigation à l’école militaire d’aviation d’Engels, où elle effectue son premier vol le 5 janvier 1942. La formation est brève mais intensive, conformément aux impératifs d’une guerre qui réclame des renforts humains à un rythme soutenu.

Le 588e régiment de bombardement nocturne : les « Sorcières de la nuit »
Le 588e régiment, constitué par Raskova et placé sous le commandement de la commandante Yevdokiya Bershanskaya, se compose principalement de volontaires féminines âgées de la fin de l’adolescence à une vingtaine d’années.
Le régiment est entièrement composé de volontaires féminines. Surnommées Nachthexen — « Sorcières de la nuit » — par leurs adversaires allemands, les aviatrices soviétiques effectuent plus de 24 000 sorties de combat au cours de la guerre, larguant 23 000 tonnes de bombes derrière les lignes ennemies.
Le Polikarpov Po-2 est un biplan propulsé par un moteur Shvetsov M-11D de 125 chevaux, capable d’emporter un pilote, un navigateur et 6 bombes de 50 kg. Sa vitesse maximale de 152 km/h lui confère paradoxalement un avantage sur les chasseurs allemands, dont la vitesse de décrochage est supérieure à la vitesse de pointe du Polikarpov.
Lors de leurs approches sur les objectifs, les équipages coupaient les moteurs et planaient silencieusement sur les positions ennemies avant de larguer leurs bombes. Pour atteindre leurs cibles tout en évitant les projecteurs allemands, un appareil tournait autour des sources lumineuses pendant que l’autre approchait, puis bombardait les projecteurs tandis que le second frappait l’objectif principal.
Les femmes effectuaient entre 8 et 18 sorties par nuit, chacune d’une durée de trente à cinquante minutes. Après avoir largué leurs bombes, les équipages regagnaient la base temporaire du régiment pour se ravitailler en carburant et recharger en munitions avant de repartir en mission.
À compter de mai 1942, Rudneva combat sur le front de la Seconde Guerre mondiale avec le grade de lieutenant senior des gardes, en qualité de navigatrice du 588e régiment de bombardement nocturne.
Ce régiment est ultérieurement redesigné 46e régiment Taman de bombardement nocturne des gardes, relevant de la 325e division d’aviation de bombardement nocturne, du 6e armée de l’air, du 2e front biélorusse.
Au sein de cette unité d’élite, Rudneva gravit progressivement les échelons pour devenir navigatrice en chef du régiment. Elle adhère au Parti communiste en 1943, engagement politique qui reflète à la fois ses convictions personnelles et la pression idéologique de l’époque.
Elle effectue 645 missions de combat nocturnes à bord du vieux biplan lent Polikarpov Po-2, détruisant des passages de rivières, des convois ferroviaires, des troupes et des équipements militaires ennemis.
Un document personnel illustre la dimension à la fois intime et symbolique de son engagement. Dans une lettre adressée au professeur Sergueï Blazhko, directeur du département d’astrométrie de l’Université d’État de Moscou, datée du 19 octobre 1942, elle écrit que la première bombe qu’elle a promise aux nazis sera en représailles du bombardement de la faculté de mécanique et de mathématiques lors de l’hiver précédent. Elle précise qu’elle défend ainsi l’honneur de l’université.
La dernière mission : le 9 avril 1944
Le régiment participe aux opérations dans la péninsule de Crimée, notamment aux campagnes de libération de Novorossisk et aux offensives en Crimée. Au printemps 1944, le secteur de Kertch fait l’objet d’intenses combats alors que les forces soviétiques cherchent à reconquérir la péninsule.
Elle périt lors de sa 645e mission de combat, près du village de Bulganak, au nord de Kertch. Elle est abattue par la Flak allemande avec sa pilote Panna Prokofyeva. Cette nuit-là, elle naviguait pour Praskovya « Panna » Prokofyeva, l’une des nouvelles pilotes du régiment.
Elle avait 22 ans.
Elle reçoit à titre posthume le titre de Héroïne de l’Union soviétique le 26 octobre 1944, soit six mois après sa mort. À cette récompense suprême s’ajoutent plusieurs ordres militaires : l’ordre de Lénine, l’ordre du Drapeau rouge, l’ordre de l’Étoile rouge et l’ordre de la Guerre patriotique de première classe.
Des monuments lui sont érigés à Moscou, à Kertch et dans la localité de Saltykovka, en oblast de Moscou. L’astéroïde 1907 Rudneva, une école de Kertch, ainsi que des rues à Berdiansk, Kertch, Moscou et Saltykovka portent son nom.
9 avril 1945 : exécution de l’amiral Canaris (Flossenburg – Allemagne).
Wilhelm Canaris, né le 1er à Dortmund dans l’Empire allemand, mort le au camp de Flossenbürg dans le Troisième Reich, est un amiral allemand, responsable de l’Abwehr, le service de renseignement de l’armée allemande, de à . Il s’est clandestinement opposé aux menées nazies, et notamment à celles de Reinhard Heydrich, alors qu’il était en poste.
Jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, c’est un brillant officier de marine doublé d’un polyglotte (il parlait couramment cinq langues). Ayant produit de bons rapports politiques et militaires lors de différentes missions, il devient informateur pour le compte du ministère des Affaires étrangères allemand. En 1924, il fonde et devient responsable de l’« Organisation », précurseur de l’Abwehr. En tant que responsable de celle-ci, il voyage et noue plusieurs amitiés dans différents pays, lesquelles servent à créer la « cinquième colonne » allemande.
Pendant les premières années de la Seconde Guerre mondiale, en tant que chef de l’Abwehr, il mène différentes opérations de renseignements essentielles à la victoire de l’Allemagne nationale-socialiste. Dans les pays occupés, ses services participent activement à la répression des mouvements clandestins de la Résistance, notamment en France. En revanche, tout en étant loyal à l’Allemagne, il rejette le nazisme et aurait réprouvé toutes les persécutions menées contre les différentes populations, sauvant notamment des Juifs en les envoyant en Espagne. Il appuie différentes tentatives de tuer Adolf Hitler, qui toutes échouent. Soupçonné d’avoir pris part au complot du 20 juillet 1944, il est interné à Flossenburg avant d’être condamné à mort par un tribunal spécial et exécuté.
9 avril 1945 : le duel d’artillerie le plus haut d’Europe.
Le 9 avril 1945, deux équipes de pièce de la 7e Batterie du 93e Régiment d’Artillerie de Montagne (RAM) accomplissaient un véritable exploit en livrant le Duel d’artillerie le plus haut d’Europe.
Jugé anecdotique pendant des décennies par les protagonistes de l’affaire eux-mêmes, ce haut fait d’armes n’a été rendu public qu’à l’occasion du Cinquantenaire des Combats les plus hauts d’Europe, manifestation organisée par les Troupes de montagne au sein du Quartier POURCHIER de l’École militaire de haute montagne (EMHM) de CHAMONIX, le samedi 8 avril 1995.

9 avril 2003 : chute de Bagdad (Irak).
À la tête d’une coalition internationale, les Américains prennent le contrôle de Bagdad. Saddam Hussein est en fuite, sa statue est renversée le jour même.
Le à 21 h 37, soit quelques heures après la fin de l’ultimatum de 48 heures du président américain George W. Bush qui demandait au président irakien Saddam Hussein ainsi qu’à ses fils Oudaï et Qoussaï de quitter l’Irak, les États-Unis ont lancé des missiles sur Bagdad. L’Irak a répliqué en envoyant, à partir de vedette rapide de fabrication soviétique, dissimulée sur le littoral, un total de cinq missiles antinavire chinois CSSC-3 Seersucker, volant au ras des vagues dont aucun n’a pu être intercepté mais dont le système de guidage est inopérant sur un objectif terrestre, tirées sur le Koweït, qui n’ont fait ni victimes ni dégâts bien que le premier soit tombé tout près du QG de la 1re force expéditionnaire des Marines et une vingtaine de missiles balistiques Ababil-100 et Al-Samoud 2 interceptés pour la majorité par les missiles Patriot.
La stratégie de la coalition a consisté, d’abord, en des bombardements ciblés et répétés de la capitale irakienne et autres villes importantes, visant à la fois à terroriser les Irakiens, l’espoir de la coalition étant de voir des désertions massives dans l’armée irakienne ou un soulèvement de la population irakienne, et à détruire les systèmes de défenses du pays.
Les bâtiments les plus bombardés furent les palais présidentiels et les édifices du parti Baas, ainsi que les casernements que les forces armées irakiennes avaient évacuées plusieurs semaines auparavant, et les systèmes fixes de communications irakiens utilisées en temps de paix. La première frappe qui marqua le début des hostilités le à 5 h 30 (heure locale) a été une tentative de bluff pour faire croire à la décapitation du régime en bombardant un lieu où devaient, prétendument, se réunir Saddam Hussein et ses principaux conseillers, avec 36 Tomahawk tiré depuis des navires et deux avions furtifs F-117.
Après deux semaines de combats et la prise de Kerbala, les troupes de la Coalition parviennent à entrer dans la capitale irakienne.
Précédées par une importante campagne de bombardements aériens, les forces américano-britanniques (constituées de la 3e division d’infanterie US et de la 1re division de Marines, équipés de M1 Abrams, M2 Bradley et de M113), mènent l’assaut contre Bagdad. La prise de la capitale s’effectue rapidement, bien que plusieurs pertes américaines furent déplorées, se heurtant à la résistance farouche de la Garde républicaine tandis que les soldats irakiens ordinaires, démoralisés, se rendent massivement aux troupes de la Coalition. Lorsque les forces américaines sont entrées dans Bagdad, la Garde républicaine ne disposait alors plus que d’unités d’infanterie légère chargées de la garde des palais présidentiels.
Le , l’aéroport international de Bagdad est capturé par les Américains après de brefs combats. Le , le palais présidentiel Tharthar (près du fleuve Tigre) est également capturé. Les Américains espéraient alors capturer Saddam Hussein mais il s’avéra introuvable. Il sera en effet arrêté à Tikrit dans la nuit du 13 au lors de l’opération Red Dawn (Aube Rouge) menée par la Delta Force. Dans la même journée, le , Mohammed Said al-Sahhaf, diplomate et politicien du gouvernement baasiste, déclare qu’il n’y a pas de troupes américaines à Bagdad et que les soldats américains se suicidaient par centaines aux portes de la ville. Au même moment, les blindés américains patrouillaient dans les rues à quelques centaines de mètres du lieu de la conférence de presse. Sa dernière apparition publique en tant que ministre de l’Information eut lieu le , quand il déclara que les Américains « sont sur le point de se rendre ou d’être brûlés dans leurs chars. »
Le régime de Saddam Hussein est tombé dans les jours suivants. Le , on considère que l’offensive est terminée et que le régime baasiste est renversé, avec la destruction de la statue de Saddam Hussein sur le Square Firdos, par un char américain M88. Les dernières poches de résistance tomberont le .
La chute du gouvernement baasiste provoque de nombreux cas de pillages, rapportés notamment au Musée national d’Irak, à l’Université de Bagdad, dans les hôtels de luxe, ainsi que dans les supermarchés, les ambassades et les usines. L’un des rares ministères à ne pas avoir été pillé sera celui du pétrole, les soldats américains ayant reçu l’ordre de le protéger tout particulièrement.






