Jaffrelot 2Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, a remis le prix Brienne du livre géopolitique.  Créé par le ministère de la Défense, et organisé par l’association Lire la Société, ce prix est décerné par un jury constitué de spécialistes, chercheurs, élus, journalistes et hauts responsables. 

Il récompense une œuvre relevant du champ de la géopolitique et de la géostratégie afin de mettre en lumière cette méthode interdisciplinaire qui ne doit plus être réservée aux seuls spécialistes. Cette œuvre peut prendre différentes formes : récits, essais, biographies.

Pour sa deuxième édition, le Prix est attribué à Christophe Jaffrelot, pour son ouvrage « Le syndrôme pakistanais » aux éditions Fayard.

Les membres du jury ont également attribué un prix spécial à Yves Lacoste pour l’ensemble de son œuvre.

Jury du Prix du Livre Géopolitique :

Jean-Yves Le Drian (Président du jury), François Roussely (vice-président),  François Bazin (secrétaire général), Luce Perrot (secrétaire générale)

Patricia Adam, Philippe Barret, Jean Louis Carrère, Hélène Carrère d’Encausse, Frédéric Charillon, Frédéric Encel, Philippe Errera, Louis Gautier, Béatrice Giblin, Nicole Gnesotto, Bernard Guetta, Marc Guillaume, François Heisbourg, Jacques Lanxade, Jean-Dominique Merchet, Ousmane Ndiaye, François d’Orcival, Erik Orsenna, Bernard Thorette, Maurice Vaïsse, Hubert Védrine, Michel Wieviorka

LE LIVRE :

Depuis sa naissance en 1947, le Pakistan est travaillé par des forces contraires. Ses fondateurs ont voulu construire un État-nation centralisé alors que les régions, attachées à leur culture et à leur langue, souhaitaient gérer leurs propres affaires. Faute de les avoir entendues, le pouvoir central n’a pu empêcher la création du Bangladesh en 1971, et il se trouve aujourd’hui confronté à divers mouvements séparatistes – des Baloutches à la mobilisation des Mohajirs pour contrôler Karachi. À la question de l’État s’ajoute celle du régime. L’armée et la classe politique alternent en effet au pouvoir tous les dix ans avec une grande régularité. Auteurs de trois coups d’État, les militaires jouent de la menace indienne pour justifier leur emprise sur le pays et leur budget, colossal. Les partis leur résistent et obtiennent à intervalles réguliers le retour à une certaine démocratie. Mais tous les dirigeants civils ne sont pas forcément démocrates, et leur népotisme, voire leur corruption, que l’armée imite de mieux en mieux, nuisent à leur crédibilité. Enfin, la question religieuse pèse sur le destin du pays telle une épée de Damoclès. Créé sur des bases « sécularistes », le Pakistan a connu un processus d’islamisation qui, ajouté au jihad en Afghanistan, a favorisé l’essor de l’islamisme. Sunnites et chi’ites s’affrontent, soutenus respectivement par l’Arabie Saoudite et l’Iran. La talibanisation gagne, et les mouvements islamistes, parfois proches d’Al Qaeda, défient à coups d’attentats de plus en plus audacieux un État désorganisé, sinon failli, bien que nucléaire. Ni jacobin ni fédéral, ni démocrate ni autocrate, ni laïque ni théocratique, le Pakistan contemporain est soumis à des pressions contradictoires. De l’issue de cette épreuve de force dépend l’avenir d’une région clé pour la stabilité de la planète.