Nous allons aujourd’hui vous présenter le premier fusil réglementaire à culasse mobile diffusé à toute notre armée, le fusil CHASSEPOT modèle 1866, calibre 11 mm.

Tandis que nos voisins prussiens possédaient depuis 1848 en quantité des fusils à chargement par la culasse conçus par DREYSE, nous nous contentions « d’optimiser » nos armes à percussion, mais il fallait se rendre à l’évidence, l’avenir était dans le fusil à chargement par la culasse.

En 1866, nous sommes en mesure d’opposer au fusil allemand une nouvelle arme qui en reprend les grands principes, mais en les perfectionnant. L’avantage de ne pas être le premier est de pouvoir remédier aux défauts constatés dès la conception.

Le grand reproche qui va être attribué au fusil CHASSEPOT est de reprendre l’usage de la cartouche combustible.

Il faut se remettre dans le contexte de l’époque, la cartouche combustible avait l’énorme avantage de pouvoir être confectionnée par les soldats eux-mêmes dès qu’ils en avaient les composants, ce qui est évidemment bien plus compliqué avec la cartouche métallique.

La cartouche combustible est donc pratique mais aussi économique.

Un des premiers avantages du système français résulte dans la manière d’armer le mécanisme, qui paradoxalement passe souvent pour un défaut.

On tire l’ergot faisant office de « chien » pour le troupier de base (non péjoratif) et cela va bander le ressort à boudin de l’aiguille faisant office de percuteur.

Ce geste se fait aussi facilement que l’armement du chien sur les fusils à percussion précédents.

Ce n’est pas l’ouverture de la culasse qui va armer le mécanisme.

Il y a diverses explications à cela :

Tout d’abord, certains historiens ont prétendu que cela était volontaire afin de ne pas trop bouleverser les habitudes des soldats, qui doivent avec les fusils antérieurs, armer le mécanisme au moment de tirer.

Cela est très discutable car nous n’en trouvons aucune trace à l’époque ; l’arme étant associée à une nouvelle instruction, il était aussi facile d’ajouter cet armement à l’ouverture ou à la fermeture de la culasse via une rampe hélicoïdale.

La véritable raison de cette solution de chargement et d’armement en deux temps est peut-être due à une autre raison : Imaginons que le tireur tire et que le coup ne parte pas, il y a « long feu ». L’aiguille a percuté la cartouche en papier ou en gaze et rien ne se passe.

Au bout d’un « certain temps » (expression pratique typiquement militaire qui évite de donner des délais), forcément le soldat va ouvrir sa culasse.

A ce moment, l’arme est déverrouillée, l’aiguille recule.

Si par malheur le coup part à ce moment-là, on imagine les conséquences pour le tireur !!!

Cette culasse à armement séparé permet d’armer l’aiguille une seconde fois et de percuter à nouveau.

Si toutefois le coup ne part toujours pas, le tireur peut alors remettre son aiguille de percussion en arrière et si, à ce moment, le coup part (friction ou laps de temps du long feu), la culasse est toujours verrouillée.

Cette explication est souvent avancée par les experts des armes de cette période, elle est judicieuse.

Autre avantage de notre CHASSEPOT sur le fusil DREYSE est la réduction des crachements des gaz de combustion par la culasse vers le visage du tireur.

Notre fusil possède un obturateur composé d’une rondelle de caoutchouc (eh oui, ça commençait déjà , l’apparition de matériaux moins nobles que juste le bois et l’acier dans la réalisation d’une arme ) située à l’avant de la culasse, entre l’extrémité antérieure du cylindre et de la tige guide.

Cette rondelle est appuyée contre les parois de la chambre par les gaz, assurant ainsi une obturation presque parfaite, le seul bémol étant la dégradation rapide de cette rondelle.

De plus, le nombre d’aiguilles de percussion cassées diminue fortement car contrairement au fusil DREYSE, l’aiguille ne traverse plus la charge de poudre noire pour atteindre l’amorce au cul de la balle mais vient ici frapper l’amorce placée en arrière de la cartouche papier placée dans un godet en carton.

Un ingénieux système appliqué à la culasse passe souvent inaperçu des utilisateurs.

Il est en effet possible de transporter l’arme chargée sans danger.

On lève le levier de culasse à 45°, on maintient le chien avec le pouce tout en appuyant sur la détente.

On laisse alors partir l’ergot d’armement faisant office de chien en avant qui se loge dans un cran spécifique.

Pour le dégager, il suffit de le tirer en arrière et d’abaisser le levier d’armement.

Ce système un peu compliqué faisait office de sureté manuelle.

Question balistique, à 1 000 mètres, il est possible, selon les documents de l’époque (toujours un peu optimistes pour des raisons stratégiques et de « bourrage de crâne »), de mettre 50 % de ses projectiles dans une cible de la taille d’un cavalier assis sur son cheval.

Il est possible d’effectuer des tirs de harcèlement jusqu’à 2 000 mètres.

Les vrais chiffres corrigés par les utilisateurs modernes parlent de 30 % seulement d’atteintes à 1 000 mètres ; quant aux 2 000 mètres annoncés, on n’arrive pas à pousser la balle à plus de 1 600 mètres qui tombe au sol, inerte.

Notez cependant que ces résultats sont bien supérieurs à ceux des armes de l’époque.

Question cadence de tir, le record est de 50 coups en 4 minutes, c’est exceptionnel pour l’époque.

La cadence de tir des manuels parle de 10 coups par minute sans viser et 7 à 8 coups en visant avec la méthode du tir par rangs.

Cependant le CHASSEPOT était limité dans ses performances par les caractéristiques de la poudre noire qui causait un tel encrassement qu’au bout de 50 coups l’arme était tellement encrassée qu’elle ne pouvait plus du tout fonctionner.

L’interchangeabilité des sabres baïonnettes n’était pas du tout assurée non plus, ce qui explique qu’elles étaient numérotées au même numéro que l’arme et ne devaient pas être dissociées.

La parfaite interchangeabilité de l’ensemble des pièces d’un fusil à l’autre sans aucun ajustage (théoriquement) sera réalisée en 1886 avec notre fusil Lebel.

La cartouche que l’on voit dans la chambre en illustration portait une balle de 11,7 mm de calibre réel, poussée par une forte charge de 4,5 grammes de poudre noire.

La balle atteignait 380 m/s avec une vitesse de rotation de 680 tours par seconde.

La balle a une flèche de 55 cm à 250 mètres et 6,60 mètres à 600 mètres.