Depuis 1913, année de l’inauguration de la « station d’atterrissage » du Robinson à Saint-Dizier, la population de la ville et de la région a toujours manifesté un vif attachement à l’aviation.

Dans le climat de tension franco-allemande qui s’avive en 1905 et conduira à la guerre de 1914-1918, des sociétés patriotiques s’emploient à venir en aide à l’aviation militaire. A Saint-Dizier, le « Comité Bragard* de l’aviation » est créé par des civils, MM. Godard et Brulliard. Il répond aux voeux de l’armée en offrant une station d’atterrissage et un hangar. Selon les souhaits de militaires, l’ensemble est proche de la ville et des services nécessaires (bureau de poste, télégraphe, taxi, hôtel), de même que des indispensables voies de communication.

Le 24 août 1913, en présence d’officiels civils et militaires, les habitants de Saint-Dizier remettent les installations à l’armée au cours d’une grande cérémonie, agrémentée des évolutions acrobatiques de pilotes célèbres.

Dès le mois de septembre 1914, la station d’atterrissage de Saint-Dizier « Robinson » sert de base aux appareils de reconnaissance de l’escadrille C11 qui vont repérer les mouvements des armées allemandes et permettre la victoire de la Marne. En avril 1915, après avoir effectué un long déplacement entre la Lorraine et le nord-ouest du front, des Blériot XI arrivent à Saint-Dizier. Faciles à démonter, ils sont chargés sur des remorques spéciales et convoyés jusqu’en Picardie.

En 1917, la mobilisation industrielle de la France se traduit par la montée en puissance et en nombre des armements. Les avions fabriqués dans les usines de la région parisienne sont conditionnés en caisses et acheminés sur le terrain de Saint-Dizier par convoi ferroviaire ou routier avant d’être assemblés et expédiés vers les unités combattantes.

Au cours des redoutables offensives allemandes du printemps et de l’été 1918, les avions partent de Saint-Dizier et vont jouer un rôle déterminant en soutenant les troupes d’infanterie qui s’opposent aux assauts ennemis. En septembre 1918, ils attaquent des objectifs vitaux et soutiennent la progression des armées françaises et américaines en Lorraine, jusqu’à l’armistice du 11 novembre.

Dans l’entre deux guerres, le terrain « Le Robinson » a perdu sa fonction militaire et n’est animé que par les activités d’avions civils, la formation de jeunes « mécanos » et par la tenue de quelques meetings qui se proposent de faire revivre aux habitants l’ambiance de 1913.

Encouragés par le mouvement en faveur de l’aviation populaire, des Bragards créent en 1931 l’Aéro-club de Saint-Dizier Robinson. Le premier avion arrivé au club, acquis par un ancien pilote militaire de reconnaissance de la première guerre mondiale, M. Émile Charpentier, fut un avion Potez 36/12.

L’Aéro-Club se fera ensuite prêter un avion Potez 43 par la société Potez, rejoint plus tard par un Potez 36 et d’autres machines telles que Caudron « Luciole », Hanriot, Breguet XIX.

Véritable réservoir pour l’armée de l’air, créé en 1934, l’aéro-club verra plusieurs de ses membres tués en combat aérien durant la Seconde Guerre Mondiale, tels que le lieutenant Robert Gouby, originaire de Saint-Dizier, et le sergent-chef Georges Weber, originaire de Hoëricourt. Les activités du club sont mises entre parenthèses durant la guerre et la fin des hostilités signera la reprise de l’activité grâce au vol à voile, permettant à de nombreux jeunes de voler sur des planeurs.

A partir de 1945, d’importants travaux d’infrastructure sont entrepris pour aboutir en 1951 à la création officielle de la Base Aérienne 113.

C’est le début d’une nouvelle ère pour ce terrain qui tout en continuant à voir l’Aéro-Club former les générations futures de pilotes, a vu la Base Aérienne 113 participer à de nombreuses opérations majeures en marge de son activité quotidienne.

Enfin, le terrain de Saint-Dizier a eu le rare privilège d’accueillir de nombreux avions mythiques, du Blériot et du Caudron au P-51 en passant par le Mirage IV et le Jaguar, et est aujourd’hui de plain-pied dans le 21eme siècle avec le Rafale.

En 1956, le colonel Gavoille, commandant de la base aérienne 113 (BA 113) à cette époque, ancien compagnon d’armes et ami d’Antoine de Saint Exupéry, choisit ce dernier comme parrain pour la base aérienne 113. Le commandant Antoine de Saint Exupéry était le parrain de son fils. Saint Exupéry et Gavoille avaient opéré ensemble au sein du groupe de reconnaissance 2.33 depuis le terrain d’Orconte situé à 15 km de la base aérienne actuelle.

Ce terrain d’aviation va ainsi fêter son centenaire tout en étant de plain-pied dans le XXIème siècle puisqu’il est à l’origine de la BA 113, aujourd’hui dotée du fleuron de l’armée de l’air : le Rafale. Ces manifestations anniversaires seront un préambule à la commémoration du centenaire du premier conflit mondial et au rôle majeur occupé par l’aviation militaire et le terrain Bragard.

*Les habitants de la ville de Saint-Dizier sont communément appelés les bragards

Les principales unités opérationnelles stationnées sur la BA 113

– Escadron de chasse 01.007 « Provence »

L’escadron de chasse 01.007 « Provence », stationné sur la BA 113 depuis 1973, est devenu en 2006 la première unité de l’armée de l’air équipée de Rafale, premier chasseur polyvalent de l’armée de l’air. Cet escadron assume aujourd’hui toutes les missions conventionnelles dévolues à la flotte Rafale : intervention (opération Harmattan, Serval, etc.), protection (déploiement aux Emirats Arabes Unis).

– Escadron de chasse 01.091 « Gascogne »

Héritier des traditions d’un escadron de bombardement stratégique équipé de Mirage IV et stationné autrefois à Mont-de-Marsan, l’escadron de chasse 01.091 «Gascogne» est le premier des deux escadrons qui assure la mission permanente de dissuasion nucléaire aéroportée avec le couple Rafale / missile air sol moyenne portée amélioré (ASMP-A). Cet escadron peut être amené également à effectuer des missions dites conventionnelles.

– Escadron de transformation Rafale 02.092 « Aquitaine »

Centre d’expertise Rafale, L’Escadron de transformation Rafale (ETR) assure la formation d’équipages l’armée de l’air et la marine nationale. Il permet l’entraînement par la simulation. Il permet de compléter utilement l’entraînement en vol pour permettre aux équipages de gagner en polyvalence sans avoir augmenté leur activité aérienne annuelle. La présentation technique du Rafale sur les salons aéronautiques et en meeting est assurée par le personnel navigant de cette unité.

– Escadron de soutien technique aéronautique 15.007 « Haute Marne »

L’escadron de soutien technique aéronautique 15.007 regroupe l’ensemble du personnel mécanicien spécialisé dans la mise en oeuvre et la réparation de la flotte Rafale stationnée à Saint-Dizier. Son personnel et ses moyens sont déployés en exercice et en opération avec le personnel des escadrons de chasse.

– Escadron de défense sol air 05.950 « Barrois »

L’Escadron de défense sol air 05.950 « Barrois » est équipé du système d’arme SAMP (sol air moyenne portée) ainsi que de canons bitubes de 20mm et a pour mission la protection de la base aérienne de Saint-Dizier, la protection de points sensibles à travers le territoire métropolitain et la défense sol-air des zones de déploiement de forces interarmées en opération

– La permanence opérationnelle des mesures actives de sureté aérienne (PO MASA)

Armé par un hélicoptère AS 555 Fennec de l’escadron 03.067 « Parisis » basé à Villacoublay, le détachement positionné à Saint-Dizier assume la PO MASA. Dans le cadre de la posture permanente de sûreté aérienne, ces hélicoptères sont mobilisés afin d’intercepter tout aéronef évoluant à faible vitesse et basse altitude. Embarquant une équipe de tireur d’élite du commando parachutiste de l’air 20 (CPA 20) de Dijon, ils sont en mesure de décoller à toute heure du jour pour assurer la police du ciel.

Crédit : Sandra Chenu Godefroy. Cliquer sur la photo pour accéder à son site