Près d’un demi siècle après l’affaire Ben Barka qui fragilisa pour longtemps les relations entre le Maroc et la France, on vient d’assister à diverses escarmouches diplomatiques, de bien moindre importance certes, mais dont cependant la concomitance est propre à irriter spécialement Rabat et a fait la une des journaux dans le Royaume Chérifien. Le « partenariat d’exception » qu’on est accoutumé de saluer des deux côtés de la Méditerranée s’en est trouvé bousculé. Et comme il advient toujours, les turbulences de surface donnent à connaître plus profond sur les tendances et les forces du long terme. L’occasion est bonne par conséquent de revenir en arrière en s’interrogeant sur l’actualité de cet acteur essentiel que fut le maréchal Hubert Lyautey. Lyautey qui promut, modela et incarna le protectorat français au Maroc. Il s’agit d’un cas assez rare : celui d’un personnage majeur d’une colonisation dont la figure n’est pas honnie, ou au moins dénigrée par les générations qui ont obtenu ou suivi l’indépendance. Sa trace demeure forte et son œuvre contribue encore à marquer bien des aspects des relations entre nos deux pays.

Arnaud Teyssier s’est fait le biographe de Lyautey. Ancien élève à la fois de l’Ecole normale supérieure et de l’Ecole nationale d’administration, il se partage entre une carrière de haut fonctionnaire et une vocation d’historien. Avec lui, nous allons redonner vie, je l’espère, à la figure paradoxale d’un homme, dont Daniel Halévy a pu écrire : « Ce royaliste sans roi se créa au Maroc un royaume et le donna à la France, c’est-à-dire à la République. » Jean-Noël Jeanneney

Lyautey