MalisAu moment où le France s’est engagée dans une nouvelle opération extérieure, cette fois-ci au Moyen-Orient, avec des frappes aériennes contre l’État islamique, l’ouvrage de Christian Malis est une excellente entrée en matière pour comprendre les ressorts de ce que sont devenus la guerre et la stratégie au XXIe siècle.

Cet ouvrage permet de faire le point de façon suffisamment précise sur ces questions de géostratégie et d’expression de la puissance pour aborder les grandes questions internationales. La plupart des aspects des conflits de la période qui a suivi la fin de la guerre froide sont ainsi abordés. Cela commence avec les guerres à contre siècle, et notamment sur cette fameuse révolution militaire américaine qui a correspondu aux actions de l’administration républicaine avec George Bush junior. Les conséquences de cet interventionnisme militaire Étasunien que l’on a qualifié de Wilsonisme botté sont d’ailleurs perceptibles aujourd’hui. Il est dommage d’ailleurs, lorsque l’on voit la situation en Libye, que les enseignements de cet échec n’ont pas été tirés. Si l’utilisation de moyens aériens, de drones pilotées à des dizaines de milliers de kilomètres, ont pu avoir des effets « positifs » à court terme, il n’en reste pas moins que le bilan est pour le moins contrasté aujourd’hui. C’est ce qu’exprime l’auteur lorsqu’il présente cette situation dans ces quelques lignes intitulées : « abattre une quête avec un revolver ». La guerre globale contre le terrorisme, avec un déploiement sur le terrain d’une armée classique n’a pas été, c’est le moins que l’on puisse en dire, couronnée de succès.

Paradoxalement, pour ce qui concerne l’opération en Libye en 2011, l’auteur dédouane très largement la France et le Royaume-Uni de l’aspect plus ou moins improvisé de cette intervention militaire. Si les Français et les Britanniques ont su, comme il le dit, conduire la guerre avec un mélange de maîtrise du niveau de violence, d’engagement décisif mais discret et d’inventivité tactique, ce qu’ils qualifient de doigts de fée contre la main de fer américaine, il n’en reste pas moins que le bilan aujourd’hui avec un état en cours de décomposition et qui alimente l’ensemble des réseaux terroristes du Sahel en Afrique occidentale jusqu’à la Somalie et au Soudan sud, est loin d’être positif.

La guerre aujourd’hui

Les événements actuels en Europe centrale et orientale avec la situation en Ukraine remettent d’ailleurs en cause cette hypothèse, que l’auteur discute, d’une guerre qui serait en voie de disparition. Les facteurs qui conduisent à une confrontation généralisée semblent pourtant remis en cause par la mondialisation, par la généralisation du commerce, et aussi, c’est un facteur à prendre en compte, par le vieillissement des populations. La situation semble beaucoup plus complexe, au XXe siècle, le phénomène de la guerre totale signait la faillite d’un mythe : la paix universelle par le commerce de l’organisation internationale en société des nations. Il n’est pas aujourd’hui envisageable de voir disparaître la nécessité de disposer de ces instruments de concentration de la puissance que sont les forces armées. C’est une guerre généralisée peut être difficilement envisageable, avec le verrou nucléaire, il n’en reste pas moins que des confrontations localisées, non seulement peuvent se produire, mais sont tout simplement en cours.

La situation en Ukraine, la situation en Syrie en Irak, sont à cet égard riche d’enseignements. Dans le premier cas, il s’agit d’une forme de fuite en avant nationaliste pour une partie des populations de l’Ukraine, assortie d’une volonté russe de reconstituer une zone tampon sur ses frontières occidentales. Dans le deuxième cas, au Moyen-Orient, l’implosion de l’État irakien en trois communautés hostiles, les chiites, les sunnites et les kurdes, l’irresponsabilité des dirigeants mis en place à Bagdad, dans les fourgons de l’armée américaine, ont abouti à la constitution d’une entité militaire suffisamment importante pour menacer l’existence même de l’Irak. La décomposition de l’armée irakienne, pourtant très largement équipée d’un matériel moderne, en quelques jours de combats à Mossoul reste tout de même emblématique d’un bilan catastrophique. De la même façon, faut-il avoir la cruauté de le rappeler, l’armée malienne formée à grands frais par des experts militaires américains a dû faire retraite devant quelques unités informelles de djihadistes et de touaregs, avant que l’armée française ne vienne rétablir la situation, lors de l’opération Serval.

Les émergents dans la course aux armements

Parmi les facteurs que l’auteur étudie, pour les perspectives stratégiques en 2030, il convient de noter ce qu’il appelle le Meiji mondial, en référence au décollage industriel, et militaire, du Japon entre 1861 et 1905, avec sa victoire militaire contre la Russie. L’ensemble des pays émergents, des états continents, s’est engagé dans un effort considérable qui associe le développement économique et l’affirmation de la puissance militaire. L’enjeu est simple, il s’agit pour cette puissance de chercher à dominer leurs espaces régionaux, ce qui peut se révéler conflictuel à terme, des lors que les sphères d’influence régionale seront amenées à se disputer territoires, y compris les espaces maritimes, et ressources naturelles énergétiques.

Des pays comme l’Inde et l’Arabie Saoudite ont dépassé l’Italie en matière de dépenses militaires, à plus de 37 milliards de dollars, sans parler de la Russie et de la Chine qui représenterait une dépense annuelle de 110 à 150 milliards de dollars. Pour autant, le budget du département de la défense se maintient pour les États-Unis à 600 milliards de dollars, avec probablement un pourcentage de 3,7 % du PIB consacré aux dépenses militaires. Il est vrai que nous sommes loin des 7 1/2 % de la période Reagan. Toujours dans les perspectives stratégiques, il est tout à fait intéressant de suivre l’auteur dans cette présentation des trois mondes stratégiques qui organisent le monde d’aujourd’hui.

Les trois ordres westphaliens

Les étudiants de l’école militaire interarmes qui étudient pour leur accessibilité aux concours les relations internationales en Europe de 1648 à 1989 gagneraient à réfléchir sur ces questions. L’ordre Westphalien, issu de l’Europe du XVIIIe siècle, est construit autour de la suprématie des États dans le domaine des affaires internationales. L’univers stratégique à l’horizon 2030 serait alors durablement structuré en trois mondes, un monde post-westphalien, un monde néo-westphalien, un monde pré-westphalien.

En Asie, avec l’émergence de puissances régionales, qui constituent autant de blocs, guidé par des affirmations nationales et l’expression de nationalismes agressifs, il est possible de parler de monde néo-Westphalien. La course aux armements qui se déroule dans cet espace est probablement l’indicateur le plus évident. Le monde post-Westphalien est celui dans laquelle la guerre semble avoir durablement cessé d’être une perspective acceptable et un régulateur des équilibres. Cela ne concerne pas vraiment, c’est une évidence, la perception que la Russie peut avoir de son environnement proche. Pour autant, il faut tout de même raison garder à propos de la Russie de Vladimir poutine, qui peut envisager un programme de développement de ces armements pour 500 milliards de dollars, mais qui n’a pas forcément les moyens de sa politique dans ce domaine. Il est possible de considérer, malgré quelques frictions, que l’Amérique du Sud soit entrée, tout comme le monde occidental dans cette période.

Dans le monde pré-Westphalien, les risques de guerre résident dans la tendance lourde à la désintégration des états et à différentes formes de balkanisation. Certains encouragements donnés, parfois avec une vision à court terme, à des partitions, comme avec le sud Soudan, ont malheureusement aggravé ce type de phénomène. De la même façon, la division sur base ethnique et confessionnelle de l’Irak, encouragées par l’intervention des États-Unis en 2002 et 2003 a donné les résultats que l’on sait. Pour toutes ces raisons, et parce que aujourd’hui, les conflits s’exportent, et viennent troubler la quiétude des sociétés occidentales, le maintien de postures de défense reste bien entendu indispensable. Pour l’auteur, les risques de guerre dépendent largement de la santé des États. Pour la Chine comme pour la Russie, la distribution des fruits de la croissance, que ce soit la rente gazière en Russie, où les revenus à l’exportation pour la Chine, permettent à des États autoritaires de se maintenir, avec une posture nationaliste. Mais en cas de difficultés économiques majeures c’est posture nationalistes peuvent encourager une forme de fuite en avant d’autant plus dangereuse que ces états se sont engagés dans une forme de course aux armements. Pour les États trop faibles le développement sur leurs territoires de guérillas , souvent transfrontalières, est également un puissant facteur de déstabilisation.

Du nucléaire à l’enfant soldat

Parmi les questions qui sont également évoquées par l’auteur, la question de l’armement nucléaire est évidemment posée. La fin de la guerre froide a contribué à une réduction drastique des arsenaux dont l’utilité, en raison des capacités de destruction mutuelle assurée, avait atteint ses limites. Pour autant, malgré des déclarations comme celle de Barak Obama en 2009 qui envisagent un monde sans armes nucléaires, il ne semble pas envisageable à moyen terme de les supprimer radicalement. L’arme nucléaire demeure le pivot des relations entre grandes puissances. En Chine comme en Russie, les dépenses nucléaires augmentent, tandis que la France les a sanctuarisés. Deux pays proliférant comme l’Iran, la Corée du Nord, le Pakistan, poursuivent leurs efforts de développement, tandis que l’Inde, malgré un accord sur le nucléaire civil avec les États-Unis, ne semble pas avoir réduit ses intentions. Si le premier âge nucléaire a vu se constituer les arsenaux à la base de la dissuasion, le deuxième âge nucléaire davantage été marqué par une forme de régulation, consistant, pour les pays déjà détenteurs, à empêcher que le club ne s’élargisse. Aujourd’hui, si des abolitionnistes rêvent d’un monde totalement débarrassé de ses armes, la plupart des réalistes considèrent qu’un monde sans arme nucléaire serait infiniment plus dangereux, des lors que des plans de frappe préventive contre les installations nucléaires d’autres nations, ou plutôt des installations susceptibles de développer ces types d’armes de façon très rapide, serait alors mise en œuvre. Et puis, il faut bien le dire, la maîtrise de l’arme nucléaire et de ses vecteurs est un formidable terrain de l’innovation technologique. Le sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) qui constituent sans doute le produit technologique le plus sophistiqué que l’humanité ait pu mettre en œuvre jusqu’à présent est un formidable concentré d’innovation technologique dont les retombées vont très au-delà des besoins militaires.

De plus, l’auteur insiste sur les risques que les boucliers antimissiles pourraient faire courir, en termes de déstabilisation. Des lors que des dispositifs de ce type seraient déployés, la tentation serait grande de chercher, par un effet de saturation, de les contourner, avec tous les dangers que cela peut impliquer. Il faut reconnaître que la démarche française, de dissuasion « suffisante » apparaît comme totalement fondée, avec les deux composantes, aérienne et sous-marine, de la force de dissuasion.

Pour terminer cette présentation d’un ouvrage qui est d’une grande richesse, car il essaie de balayer l’ensemble des enjeux actuels, il convient d’aborder les nouveaux acteurs de la guerre ainsi que les nouvelles frontières du combat.

« La guerre est un caméléon ! » disait Karl von Clausewitz, car elle se transforme à chaque époque et chaque guerre présente une singularité totale. Qui aurait pu imaginer, même dans les années 70, au moment de la guerre du Vietnam, que l’on verrait se constituer des sociétés militaires privées, exerçant de véritables missions de combat, même si elles s’en défendent ?

Peu à peu, pour les grandes puissances militaires, y compris la Russie qui s’engage sur ce chemin, tout comme pour la Chine, les armées de conscriptions disparaissent. Les combattants d’aujourd’hui ne sont pas simplement les hommes de chair et de sang, qui meurent sur les champs de bataille mais également des engins numérisés, dont les drones combattants, et très bientôt les robots, sont les exemples les plus évidents. L’auteur met à part ces hommes des forces spéciales, qui sont des formes de techniciens multitâches, et en même temps hyperspécialisés, qui puisent dans les armées classiques leurs meilleurs éléments.

Dans l’intervention actuellement en cours dans le nord de l’Irak, comme dans celle qui a pu avoir lieu en Libye en 2011, on retrouve l’interaction de ces différentes unités, y compris des troupes au sol, même si les États s’en défendent, pour « traiter » des objectifs identifiés. On notera que malgré l’arsenal technologique employé, la précision accrue des systèmes d’armes, le marquage par le sol des cibles, reste indispensable dès lors que l’on souhaite éviter les dégâts collatéraux qui sont, dans les pays occidentaux, considérés comme inacceptable. Le choix d’Israël lors de la guerre de Gaza durant l’été 2014 a été, semble-t-il, très différent, même si l’interpénétration entre populations civiles et combattants du Hamas rendait extrêmement difficile le traitement différencié des cibles. Au passage, il est tout à fait étonnant que parmi les observateurs les plus éclairés des questions militaires qui s’expriment « en tant qu’experts » sur les chaînes de télévision en continu, personne n’est fait véritablement mention des techniques du Hamas, et notamment la constitution de réseaux de tunnel, qui rappelaient à l’évidence les pratiques du Vietcong, pendant la guerre du Vietnam.

Le soldat des années 2050

Le soldat des années 2040, peut-être de 2050, sera dans une certaine mesure très largement dépendant des technologies numériques, et même bionique et robotique. Un exosquelette permettant de renforcer la puissance musculaire, une sorte de blindages liquides capables de durcir en cas de chocs électriques ou physiques, un suivi en temps réel des signaux vitaux du soldat, la télépathie militaire, tout cela se trouve dans les cartons à dessin est peut-être déjà en cours d’expérimentation. La France a fait le choix de développer le système « Félin », le fantassin équipé de liaison infra numérique, dans le cadre de ce que l’on appelle la numérisation de l’espace de bataille, mais elle se heurte, pour sa généralisation, à quelques contraintes budgétaires et à quelque seuils qui ne sont pas forcément techniques, mais logistiques. Comment assurer à l’échelle de la section un approvisionnement régulier en piles permettant de maintenir ces systèmes opérationnels en permanence ?

Si nous n’en sommes pas encore aux guerres de robots, ce qui se développe actuellement le plus rapidement, ce sont les forces spéciales dont la première mention, l’auteur le rappelle avec une certaine gourmandise, se trouve dans l’Exode. Moïse conduit en effet une guerre d’invasion, et avant de pénétrer dans le pays de Canaan il envoie ses forces de renseignement. « Voyez ce qu’est le pays ; ce qu’est le peuple qui l’habite, fort ou faible, clairsemé ou nombreux ; ce qu’est le pays où il habite, bon mauvais ; ce que sont les villes où il habite, camps ou villes fortifiées ; ce qu’est le pays, fertile ou pauvre, boisé ou non ». Ces forces de renseignement qui existe dans toutes les armées semblent avoir leur nombre augmenter tout comme leur niveau de qualification. Le profil de ces soldats spéciaux est en effet très particulier, avec un âge moyen plus élevé de 10 ans, entre 32 et 35 ans, que la moyenne d’âge dans les unités opérationnelles, une formation intellectuelle supérieure au niveau de la licence et la pratique de plusieurs langues. Leur formation, coûteuse, est également bien plus longue que celle des troupes classiques.

Pour les nouveaux acteurs de la guerre, l’auteur évoque également le grand retour du mercenaire, près de 40 000 personnes en Afghanistan en 2010, qui sont devenus des protagonistes à part entières de la situation militaire dans les pays en guerre. L’existence d’« entrepreneurs de guerre » n’est pas nouvelle pourtant. Des régiments de gardes suisses sous l’ancien régime obéissent à la même logique, et de la même façon les mercenaires protestants pendant les guerres de religion, ont pu se développer dès le XVIe siècle. Les sociétés militaires privées ne sont pas simplement composées de mercenaires, souvent retraités des armées classiques, mais également de marins et d’aviateurs, disposant de moyens lourds et diversifiés, allant jusqu’aux patrouilleurs, aux avions de chasse, sans parler d’hélicoptères armés.

Enfin, parmi les théâtres d’opérations, le cyberespace suppose l’existence de cyberguerriers, permettant d’infliger à l’adversaire des dommages, d’éliminer des menaces, et de peser sur un espace de bataille de plus en plus numériser. La révélation en 2009 de l’existence d’une division spécialisée dans l’armée chinoise a été un signal fort, avec l’unité 61 398, à l’origine de nombreuses attaques cybernétique l’étranger. Le hacker d’État peut apparaître comme le futur héros positif, qui se substituerait, à terme, aux guerriers des forces spéciales.

Les nouvelles frontières du combat

Ces nouveaux acteurs de la guerre interviennent sur les nouvelles frontières du combat, qui sont celles de ces espaces ultra périphériques, on peut penser à des frictions à propos des routes de navigation et des gisements énergétiques dans l’Arctique, à l’espace qui peut devenir un nouveau champ de bataille, et bien entendu au cyberespace. Dans le même temps, malgré cette sophistication des moyens militaires engagés, des combats continuent à se dérouler de la façon la plus rustique qui soit, que ce soit avec des machettes réalisées à partir de lames d’amortisseur de camions, comme en République Centrafricaine, et de plus en plus souvent avec des enfants. Les enfants soldats que l’on peut trouver en Somalie, en Colombie, en Sierra Leone, au Libéria, comme au Congo, sont à la fois des victimes et des bourreaux. Victime car ils subissent la contrainte mais en même temps bourreaux car l’endoctrinement a pu leur ôter tout sens moral. Dans le même temps, les barrières psychologiques de la peur semblent plus faciles à faire céder chez des enfants, zombies endoctrinés qui peuvent constituer l’équivalent asymétrique des drones armés utilisés par les armées modernes.

Il serait particulièrement stimulant de poursuivre cette lecture, foisonnante, ce qui parfois n’évite pas les répétitions, même s’il faut nécessairement conclure. L’auteur, sur les derniers chapitres de son ouvrage se livre à des exercices de prospective, à la fois en matière de techno stratégie, que de géopolitique européenne. Il n’existe pas, et le dispositif de l’OTAN, ne semble pas y inviter, de véritable réflexion stratégique européenne. Celle-ci ne peut exister que par une addition de nations militairement fortes, qui ne seraient pas dépendantes d’acteurs extérieurs pour développer une vision stratégique de la puissance au XXIe siècle.

En raison de son poids démographique, de la relative vitalité de sa population, peut-être aussi par son modèle d’intégration, si elle parvient à le défendre, la France pourrait être la mieux placée pour jouer ce rôle moteur. C’est sans doute une question de volonté politique, mais aussi d’engagement citoyen, celui des chefs d’entreprise comme celui des intellectuels, et au final de tous ceux qui pensent un destin pour leur patrie.

Bruno MODICA

Guerre et Stratégie au XXIe siècle, Christian MALIS, Editions Fayard, 352 p, 22 €

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