livre-khourySous le titre « Convergences et rivalités des diplomaties française et américaine à l’épreuve des crises libanaises (1958-2008) », Nabil el Khoury publie,  aux éditions Antoine à Beyrouth, un ouvrage tiré de la thèse de doctorat qu’il soutenue sous la direction de Charles Saint-Prot, à l’Université Paris Descartes en 2014.

Le Liban est une nation où la construction de l’État se trouva inachevée au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Cet État était en effet incapable de régler les crises politiques internes et surtout de limiter l’impact des conflits régionaux et internationaux dont il a été victime. L’aggravation et la transformation de ces crises en conflits armés, à partir de 1958, ont constitué des menaces pour la paix et la sécurité internationales, menaces considérables que ni les grandes puissances ni l’ONU n’ont su dénouer. Il est néanmoins important de constater que la communauté internationale ne s’est jamais totalement désengagée à l’égard du Liban. Deux puissances occidentales se sont ainsi trouvées constamment impliquées dans la gestion des crises libanaises: la France et les États-Unis.

Cet ouvrage examine l’évolution des diplomaties française et américaine à l’épreuve des crises libanaises de 1958 à nos jours, leurs convergences et, surtout, leurs divergences. Il s’agit de comparer et d’expliquer attitudes, initiatives, motivations, intentions et buts de ces deux puissances extérieures, à court, à moyen et à long termes.

Par la consultation des archives diplomatiques françaises et d’autres archives officielles, cette étude propose de mettre en lumière la divergence franco-américaine au Proche-Orient, en particulier vis-à-vis du conflit israélo-arabe. Cette divergence est fondamentale dans le processus d’escalade de violence qu’a connu la région à cette période, en ce qu’elle n’a jamais permis, depuis 1967, l’élaboration d’une coopération franco-américaine concrète et constructive qui aurait pu contribuer à mettre fin à la guerre libanaise (1975-1990) et à trouver une solution définitive au problème libanais, toujours dépendant des évolutions géopolitiques dans la région. Ce constat permet de mieux saisir les enjeux d’une situation actuelle inquiétante pour l’avenir du Liban et qui démontre la limite du rôle des puissances internationales. En effet, comme le note Charles Saint-Prot dans sa préface, l’ouvrage de Nabil el Khoury « constate que Paris et Washington n’auront jamais réussi à empêcher  l’ingérence de la Syrie, sous une forme ou une autre, pas plus que celle, parallèle, des milices pro-iraniennes. L’auteur ne peut que conclure que les résultats d’un jeu diplomatique intense n’ont pas été à la mesure des efforts déployés si l’on en juge par la situation actuelle du Liban et du Proche-Orient ».

Ces réflexions  conservent toute leur pertinence à l’heure où le Liban sort difficilement d’un long vide institutionnel de 2 ans et 5 mois avec l’élection, le 30 octobre 2016, à la présidence (par le parlement) du poulain du régime syrien et du parti pro-iranien hezbollah, le général Michel Aoun (81 ans), suivie, au terme d’un laborieux compromis, de la nomination comme chef du gouvernement, le 3 novembre, de Saad Hariri, hostile à la prédominance du hezbollah.

Zeina el Tibi

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