colis de guerreEtudier l’histoire des organisations humanitaires à partir de l’angle très pragmatique des colis adressés aux soldats, tel est le propos de Sébastien Farré qui signe ici un ouvrage tout-à-fait important.

A partir d’une large utilisation des fonds d’archives les plus divers, en Europe comme aux Etats-Unis, l’auteur nous entraîne donc de l’immédiat avant-1914 (situation créée par les premières conventions internationales) aux débuts de la guerre froide et à la réorientation des actions vers d’autres régions du monde. Il présente le rôle et l’action des sociétés nationales de la Croix-Rouge, mais aussi (et surtout) la place des puissantes organisations caritatives anglo-saxonnes et tout particulièrement américaines.

Il en expose l’organisation, le financement, les modalités de fonctionnement et donne les chiffres de leur action en termes de sommes collectées et de colis expédiés. Il consacre un chapitre particulier à la Commission for the Relief of Belgium, dont l’importance reste mal connue au regard de son rôle effectif, puis développe deux chapitres sur l’extension après guerre des activités de Hoover en Europe orientale et en Russie. Les données présentées sont saisissantes (nombre de Polonais dont de très nombreux enfants bénéficiant de cette aide, blé et colis en URSS pour lutter contre la famine en espérant en faire une arme indirecte contre l’expansion du communisme, etc.) et il ne fait pas de doute que tous les lecteurs apprendront ici beaucoup. De même, les chapitres qui suivent, consacrés à l’aide internationale pendant la guerre d’Espagne (majoritairement du côté républicain), à l’aide aux réfugiés polonais après l’écrasement de leur pays en 1939, et aux actions en faveur de la population civile grecque à partir de 1942, nous semblent tout-à-fait novateurs et constituent pour le lecteur francophone (au moins) une véritable plus-value. Les chapitres 9 à 11 sont consacrés aux secours qui peuvent (difficilement) être apportés (parfois) aux victimes du système concentrationnaire allemand dans les principaux camps de concentration, et aux efforts exceptionnels qu’il fut nécessaire de déployer pour évacuer les survivants après la libération. Enfin, le dernier chapitre s’intéresse à la création de l’UNRRA (première agence des Nations-Unies) et à la fédération américaine d’associations caritatives CARE, qui développent une véritable industrie de l’humanitaire au bénéfice des populations européennes affamées de l’immédiat après-Seconde guerre mondiale.

Au fur et à mesure des évolutions, on constate la part (rapidement) prise par les institutions nord-américaines, dont l’indiscutable motivation charitable repose sur une conception confessionnelle du secours à autrui, sans être toutefois exempte d’arrière-pensées politiques voire partisanes : « Par rapport aux gouvernements, ces structures privées apparaissent comme des instruments diplomatiques et politiques qui s’intègrent à la mobilisation militaire et économique du pays ». On reste, en tout état de cause, impressionnés par les sommes et les volumes que cela représente, par le nombre de civils qui bénéficièrent de ces aides (par centaines de milliers lors de chaque conflit et le nombre de repas distribués se compte en centaines de millions au total), au point que l’on se demande qu’elles auraient pu être les conséquences (encore plus dramatiques) des conflits sans cette générosité organisée. Très concrètement, à l’issue de la lecture de cet ouvrage, vous saurez tout à la fois sur la composition des colis, les modalités de leur fabrication, de leur transport et de leur distribution, etc.

L’ensemble du livre est d’une vraie richesse, aussi bien factuelle que de réflexion sur ces organisations caritatives en tant qu’instrument d’intervention étatique indirecte. A lire. Absolument.

Presses universitaires de Rennes, 2014, 284 pages, 20 euros.

Source : Guerres & Conflits