churchill-guerre-navale-couvChurchill est sans conteste un des personnages majeurs du XXe siècle. Si son rôle en tant que premier ministre lors de la Seconde Guerre mondiale est largement connu, son attrait pour la marine l’est moins. Or, au cours de sa longue carrière politique, il occupa deux fois le poste de Premier Lord de l’Amirauté, et à chaque fois, en temps de guerre. Et le moins que l’on puisse dire c’est que son bilan est contrasté.

Jean-José Ségéric, spécialiste des questions navales, nous livre ici une étude sur le rôle joué par Churchill à la tête de cette flotte qui symbolise tant la puissance britannique. Mais son ouvrage constitue aussi une approche des questions maritimes de la première moitié du XXe siècle.

Un premier passage à l’Amirauté qui se termine avec les Dardanelles.

Après avoir rappelé les origines familiales et le début du parcours politique de Churchill, l’auteur détaille son rôle à la tête de l’Amirauté à partir de 1911. Il présente le fonctionnement de cet organe indispensable au bon fonctionnement de la flotte britannique. On est alors en plein réarmement. La stratégie navale n’en est qu’à ses débuts marquée par les transformations de la guerre sur mer liées au développement des Dreadnoughts et autres cuirassés. Se pose donc la question des choix stratégiques et de leurs conséquences sur les programmes de construction navale. Un domaine où Churchill ne semble pas voir venir l’importance du sous-marin.

Avec l’entrée en guerre, on assiste à une quasi-paralysie des flottes respectives. Britanniques comme Allemands ne veulent pas risquer de tout perdre sur un affrontement majeur. Aussi c’est la chasse aux corsaires allemands et des tentatives de raids réciproques qui occupent les premiers mois de la guerre. Avec des échecs, comme dans la poursuite du Goeben, et des succès lors la bataille des Malouines. A chaque fois, le Premier Lord interfère dans le destin des officiers concernés.

Mais c’est bien les Dardanelles qui constituent le moment critique de la carrière de Churchill à ce poste. Se révèle alors ce qui est une de ses constantes lors du premier comme du second conflit mondial, l’intérêt porté à la question méditerranéenne. Avec le déroulement précis des opérations navales, le récit des discussions, on prend conscience du rôle majeur joué par Churchill dans cette opération. Il est donc logique que l’échec de celle-ci le contraint à la démission.

Churchill en retrait, l’auteur nous livre cependant sa vision du restant des opérations navales, de la lutte contre la guerre sous-marine à outrance à l’affrontement du Jutland. Cartes et données viennent appuyer les dires de l’auteur.

Le retour au pouvoir lors de la Seconde Guerre mondiale.

Durant l’entre-deux-guerres, des accords sont signés pour limiter la taille des flottes (Washington, Stresa..) Churchill n’est plus Lord de l’Amirauté, mais en tant que chancelier de l’Échiquier il a son mot à dire sur les dépenses militaires. C’est une période où la Royal Navy doit reconsidérer ses politiques et accepter la montée en puissance de l’US Navy.

Lors de son retour à l’Amirauté en 1939, Churchill reconduit sa confiance aux grandes unités (cuirassés) sans percevoir la réalité de leur déclin face aux porte-avions. Il persiste dans sa volonté d’être toujours en action, il préfère la chasse aux sous-marins à la protection passive des convois. Et c’est aussi dans cette logique qu’il déclenche l’opération de Norvège en avril 1940 en réponse à l’invasion allemande. Une opération qui n’atteint pas ses objectifs.

Une fois Premier ministre, Churchill continue à se préoccuper de la conduite de la guerre navale. Il joue un rôle majeur dans la décision de désarmer la flotte française et pousse au déclenchement des opérations de Mers-el-Kébir et de Dakar sur lesquelles l’auteur s’étend. Durant l’entre-deux-guerres, il n’a cependant pas apprécié à sa juste valeur la réalité de la montée en puissance du Japon. Le début des opérations en Asie tourne à la catastrophe avec la perte de Singapour. la campagne de Malaisie est, là aussi, largement présentée avec ses opérations navales catastrophiques. Durant la bataille de l’Atlantique, Churchill tarde à donner les moyens aériens nécessaires à la chasse aux sous-marins allemands. Les opérations de neutralisation de la flotte de surface allemande, notamment du Bismarck et du Tirpitz, sont plus efficaces. Tandis qu’en Méditerranée, l’échec en Crète est compensé par la défense acharnée de Malte.

En conclusion

Un ouvrage richement documenté, qui mobilise de nombreux schémas, tableaux récapitulant l’état des forces, ou des donnés techniques. Indubitablement, dès qu’il s’agit de parler de navires l’auteur maîtrise son sujet. Au point que le récit des opérations navales elles-mêmes va au-delà de la seule évocation du rôle joué par Churchill dans la prise de décisions. Un surcroît de détails techniques ou opérationnels sur certains sujets rompt le rythme de lecture en nous éloignant de l’objet principal du livre : Churchill. Les récits des opérations de Mers-el-Kébir et Dakar sont bien plus longs par exemple que la partie qui traite de la position de Churchill sur la question des débarquements en Europe.

Néanmoins l’auteur arrive à nous faire percevoir le poids immense de Churchill et permet de dresser un bilan plus que mitigé de l’action de celui-ci en tant que stratège naval.

François TREBOSC

L’Harmattan, 442 pages, 39 €