L’Anjou a connu à la fin du premier conflit mondial une forte présence de soldats venus d’outre-Atlantique. Des centres de formations, des régiments et un hôpital se sont ainsi installés pour trois ans et soixante-dix mille soldats sont passés par la région. Les Angevins, dont les hommes sont partis se battre sur le front, vont ainsi vivre, à côté des soldats venus d’outre-Atlantique.

L’arrivée des troupes

En 1917, sur ordre du Président Woodrow Wilson, les troupes américaines débarquent en France dans le port de Saint Nazaire. Afin de rejoindre le front occidental, la plupart des Américains s’arrêtent alors en Anjou durant quelques semaines dans le but de se former ou se de soigner. C’est le cas dans la ville d’Angers, où il est possible d’identifier trois unités sédentaires : l’hôpital de Mongazon, la caserne Desjardins qui accueille le 116e Génie américain et la caserne Langlois, aujourd’hui appelée Verneau. Les troupes américaines sont également présentes à Saumur, notamment à l’Ecole de Cavalerie qui est à cette époque un centre de formation d’officiers artilleurs ; Le 92e Génie ferroviaire se trouve sur le site de Villebernier et le 20e Génie forestier sur celui de Baugé.

De cette période, il reste des correspondances de soldats américains visitant l’Anjou pour la première fois, dans lesquelles ils évoquent leur quotidien et la cohabitation avec les Français. Ils sont généralement bien accueillis, même si l’on voit des tensions apparaitre lorsque le nombre de troupes se met à augmenter.

La neutralité des Etats-Unis n’a pas empêché le pays à se montrer solidaire envers ses alliés avant son entrée en guerre officielle. La puissante université de Pittsburgh, en Pennsylvanie, se montre ainsi particulièrement active pendant la guerre. Certains universitaires comme les Docteurs Thomas S.Aburthnot et James D. Heard organisent une récolte de fonds afin d’acheter un bâtiment et de former des chirurgiens, et ce avant que les États-Unis n’entrent en guerre. Parmi les donateurs, Elizabeth B. Thaw, fait don de 25 000 dollars en avril 1917 pour équiper l’hôpital de Mongazon.

Pittsburgh décide ensuite d’aménager les emplois du temps de ses étudiants pour y programmer des cours de formation militaire. Les étudiantes sont également vivement encouragées à participer à certaines tâches telles que des travaux de couture pour la confection de drapeaux, d’uniformes ou de vêtements chirurgicaux. L’hôpital de Mongazon commence à recevoir des patients dès novembre 1917. Sa bonne réputation est due à l’élégance du bâtiment et au fait que la plupart du personnel médical vienne du Mercy Hospital de Pittsburgh.

Parce qu’ils ont refusé de se faire soigner dans les hôpitaux français, l’hôpital militaire de Mongazon est l’unique endroit où viennent les soldats américains. L’hôpital se compose dans un premier temps de 500 lits, mais sa capacité augmente tout au long de la guerre. Au moment de l’Armistice, on peut  compter jusqu’à 5000 lits. Tout au long du conflit, l’hôpital de Mongazon reçoit plus de 19 000 blessés, dont environ 9 000 sont des cas chirurgicaux. 277 patients décèderont des suites de leurs blessures. En 1918, Mongazon se voit dans l’obligation de transférer plusieurs blessés et malades, devenus trop nombreux. L’hôpital fermera ses portes en janvier 1919.

Les relations avec la population

Quand ils entrent en guerre en 1917, les États-Unis sortent d’une période isolationniste. Rares sont les Américains ayant une image précise de l’Europe. Quand l’Angleterre suscite encore la méfiance à cause de son statut d’ex-puissance coloniale, le souvenir de figures mythiques telles que Lafayette reste dans la mémoire collective américaine. Du côté français, l’arrivée des soldats américains est massivement relayée par la presse et annoncée comme une arrivée providentielle promettant la fin certaine de la Grande Guerre. La venue des premières troupes américaines à Saumur en septembre 1917 entraîne donc une vague d’espoir. Comme ils ne peuvent pas rentrer dans leur pays lors de leurs permissions, on fournit aux soldats américains de nombreuses brochures afin qu’ils visitent la région. La confrontation des usages provoque alors un choc culturel entre la culture angevine et la culture américaine.

De nombreux échanges se font entre les deux nations, notamment grâce à la musique. Le jazz est introduit en Anjou, comme partout en France, par l’intermédiaire des soldats Noirs américains auxquels on confie des tâches ingrates, car l’Etat-Major américain rechigne à les envoyer au front. Les soldats Noirs restés à l’arrière contribuent donc à la diffusion de ce genre musical au sein de la Vieille Europe, éprouvée par trois années de guerre en organisant des tournées dans les camps et les hôpitaux. Dans les camps, on joue au baseball, sport national américain, ce qui permet de le faire découvrir aux populations environnantes. La société française plus permissive par rapport à une Amérique plus prude permet aux soldats américains de fréquenter des jeunes filles françaises que la guerre a souvent rendues veuves. À Angers, 22 mariages avec des Américains sont célébrés entre 1917 et 1919.

La guerre

En 1914, avec les garnisons d’Angers, de Cholet et l’Ecole de Cavalerie de Saumur, l’armée est très présente dans le département du Maine-et-Loire. La ville d’Angers compte quatre régiments issus de toutes les armes : le 135e Régiment d’infanterie de la caserne Desjardins, la cavalerie avec le 25e des dragons au quartier d’Espagne, le 6e Génie a la caserne Eblé et le 33e l’Artillerie à la caserne Langlois.

Dans le cadre de cette première guerre totale, il revient au chef-lieu d’animer et de coordonner l’effort du département. C’est donc à Angers, qui était une zone de formation, que se rendent les soldats américains. Dans son ouvrage, Jean-Paul Merceron explique qu’il existe une distinction entre les unités « semi-sédentaires » américaines, présentes sur Angers quelques semaines pour se former ou se soigner, et les unités « de passage », sur place pour un jour ou une nuit avant de rejoindre un autre poste.

N’étant pas entraînés pour la guerre des tranchées, les soldats américains doivent être formés à Angers. Habitués à ne compter principalement que sur leur fusil, ils y découvrent de nouvelles armes, comme le gaz. Les unités sédentaires se composent de 4128 militaires américains. La caserne Desjardins forme plus de 29 000 soldats et celle de Langlois en accueille 15000. Au total, près de 76000 américains stationnent en Anjou pour quelques semaines. En revanche, il est difficile de donner un chiffre précis pour les unités de passage dans la région étant donné qu’elles ne restent parfois qu’un jour sur place. Les communes accueillent également des soldats américains. En effet, Jean-Paul Merceron a découvert, lors de ses recherches pour son livre sorti en 2014 sur la commune de Brain-sur-l’Authion pendant la Grande Guerre, que la commune est une base arrière où les soldats viennent se reposer et échanger des chevaux et que de 1918 à 1919, le capitaine Truman, futur président des États-Unis (1945-1953), a été hébergé à Narcé. Les troupes américaines sont attendues avec impatience par les soldats. Afin de conforter le moral des populations françaises, la presse est invitée à montrer les soldats américains à l’entraînement, pour donner plus de visibilité à une intervention dont la population française n’a pas encore une connaissance directe.

Cependant, l’année 1917 est l’année de tous les dangers. En effet, lorsque les soldats américains arrivent en Anjou, la population se fait de plus en plus hostile à la guerre débutée trois ans plus tôt. Les mauvaises nouvelles arrivent de la gare d’Angers, l’un des endroits les plus sensibles de la ville durant la guerre. En effet, les blessés de passage, et les réfugiés, dont l’arrivée atteste de l’avancée allemande, témoignent de la réalité de la guerre. Les soldats français rentrés de permission, rarement accordées, se plaignent des conditions de vie sur le front, des échecs militaires et vont même, d’après le sous-préfet de Segré, jusqu’à remettre en cause leurs chefs et le commandement. Ces propos influencent l’opinion des populations locales, qui jusqu’à présent se fiaient à la propagande de journaux tels que Le Petit Courrier ou Le Petit Journal. De plus, la lueur d’espoir de voir l’offensive américaine comme la dernière est très vite éteinte par les nombreuses défaites. La ville d’Angers devient alors nerveuse, les habitants voient en chacun un espion. C’est à tel point que le maire doit lancer un appel à la dignité et au calme. Le contexte économique est de plus très difficile pour les Angevins qui manquent de ravitaillement du fait des problèmes de transport.

L’arrivée des troupes américaines correspond à la montée du militantisme pacifique en Anjou et dans d’autres régions de France. Le 9 juin 1917, une femme ouvrière du Génie est arrêtée dans le train de la Flèche pour avoir tenu des propos antipatriotiques. Elle sera condamnée à quatre mois de prison. Le 15 juin 1917, des ouvriers grévistes et des femmes se rendent à la gare d’Angers pour chanter l’Internationale. Le 17 juin, une cinquantaine de femmes passent outre le service d’ordre et s’approchent des trains de soldats en criant « A bas la guerre ! Vive la Révolution ! » Des événements semblables sont observés à Segré. Ce n’est cependant qu’un phénomène de surface : les récoltes débutent, donc les campagnes ne suivent pas et le mouvement n’est pas relayé par la presse.


Du 15 au 21 septembre 2017, le musée du génie d’Angers, en partenariat avec la ville d’Angers, présente une exposition inédite dans les salons Curnonsky, place Maurice Saillant à Angers.

C’est dans le cadre des commémorations liées à la présence des soldats américains en Anjou en 1917 que cette exposition s’attache à présenter à la fois les conditions de vie des Français et des Américains durant cette période, mais aussi la rencontre de deux populations aux cultures et aux intérêts différents.

Intitulée « 1917, les Américains en Anjou », l’exposition est enrichie d’objets prêtés notamment par le Musée du Génie Américain de Fort Leonardwood, les Archives départementales et par des collectionneurs passionnés. A titre d’exemple, les visiteurs pourront voir un side-car Indiana de 1917 dont il ne reste que quatre exemplaires dans le monde ! Bien d’autres objets raviront les nombreux angevins attendus durant cette semaine tous les jours de 13 heures 30 à 18 heures.

Il est à noter qu’à partir du 27 septembre 2017, l’exposition sera à nouveau visible au musée du génie d’Angers et ce jusqu’au 15 décembre 2017.

L’inauguration officielle, en présence de nombreuses personnalités civiles et militaires aura lieu le mardi 19 septembre 2017 à 18 heures. Ce même jour, de 15 heures à 17h30, trois conférences seront données sur cette thématique :

  • Le colonel LE POTTIER : « l’entrée des Etats-Unis dans la guerre » ;
  • Monsieur Alain JACOBZONE : « Angers et l’Anjou durant le conflit » ;
  • Monsieur Jean-Paul MERCERON, « la présence militaire américaine à Angers en 1917 ».