vendredi, 11 janvier 2013
Armées, futures "fashion victims" ?, par le chef d'escadron Jean-Gabriel CADOUX
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jeudi, 29 novembre 2012
Où vont la Syrie et le Moyen-Orient ?, par Aymeric CHAUPRADE
Comprendre la géopolitique du Moyen-Orient c’est comprendre la combinaison de multiples forces. Nous allons voir qu’il faut faut envisager au moins la combinaison de 3 logiques :
- les forces intérieures qui s’affrontent à l’intérieur d’un même État, comme la Syrie, l’Irak ou la Libye. Des conflits ethniques (Kurdes et Arabes), ou confessionnels anciens (chiites, sunnites, Alaouites, chrétiens…).
- les logiques d’influence des grands acteurs de puissance régionaux (l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Qatar, Israël, la Turquie, l’Égypte…) et la façon dont ces acteurs utilisent les logiques communautaires dans les États où ils essaient d’imposer leur influence (Liban, Syrie, Irak)
- le jeu des grandes puissances (États-Unis, Russie, Chine, France, UK…) et en particulier la géopolitique du pétrole et du gaz.
À cette analyse géopolitique, il faut être capable de marier une analyse de science politique, et de comprendre en particulier ce qui se passe sur le plan des nouveaux courants idéologiques du monde arabe ou bien sur le plan de la légitimité des régimes politiques qui tremblent.
Par ailleurs il ne faut surtout pas avoir l’idée que les dynamiques qui secouent le Moyen-Orient sont très récentes. Il n’y a jamais eu de stabilité au Moyen-Orient dans les frontières que nous connaissons aujourd’hui. Si les Anciens parlaient à propos des colonisations et protectorats de pacification ce n’est pas pour rien. Seules les structures impériales, que ce soit l’Empire ottoman ou les Empires occidentaux, ou même dans une certaine mesure la Guerre froide entre l’Ouest et l’Est, ont en réalité gelé momentanément les affrontements claniques, tribaux, ethniques et confessionnels du Sahara jusqu’aux déserts d’Arabie en passant par le Croissant Fertile.
En réalité, il y a là une constante à peu près universelle. Là de véritables États-nation homogènes n’ont pu se former, la guerre civile est devenu une sorte d’état instable permanent.
Pour comprendre ce qui se passe en Syrie et les perspectives, je vais commencer par inscrire notre réflexion dans une trame globale.
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mercredi, 28 novembre 2012
Tribune libre : Démystifier le "choc des civilisations"
Des événements tels que la parution des caricatures du prophète publiées par Charlie Hebdo et le film L’Innocence des Musulmans relancent régulièrement le débat sur un potentiel "choc des civilisations". Celui-ci tend souvent à être réduit à un simple affrontement entre un Occident sécularisé et un monde musulman tenté par le fanatisme religieux.
Pourtant, la pensée du créateur du concept, Samuel Huntington (1), s’avère être beaucoup plus complexe : il n’a nullement la volonté de réduire les relations internationales à ce simple phénomène et ne prophétise en aucun cas un inéluctable affrontement entre ces civilisations. L’auteur lui-même invitait donc à relativiser son propre concept et les presque deux décennies qui se sont écoulées depuis sa parution confirment d’ailleurs que ses prévisions se sont révélées en grande partie aléatoires.
Pour Samuel Huntington, le choc des idéologies (nazisme, communisme, capitalisme) a été un accident dans l’histoire : les civilisations sont condamnées à s’affronter et le concept de choc des civilisations explique la majeure partie des relations internationales. Il le définit cependant comme un paradigme permettant de simplifier les relations internationales pour se raccrocher à un modèle mais, comme il l’affirme lui-même, ce modèle n’a pas vocation à tout expliquer. Un parallèle peut être fait avec le concept de guerre froide : la majeure partie des relations internationales se sont inscrites dans ce concept de 1945 à 1989 mais de nombreux éléments, par exemple les décolonisations, ne s’y inscrivent que partiellement ou même pas du tout.
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vendredi, 09 novembre 2012
Tribune Libre : L’Europe post-élection… américaine, par Hajnalka VINCZE
Que veut dire, pour l’Europe, la réélection de Barack Obama ? Outre la continuité, y aura-t-il plus d’intransigeance sur certains dossiers ou, au contraire, sera-t-il un peu plus attentif aux susceptibilités de ses alliés ?

Ce sont le genre de questions avec lesquelles les responsables européens ne cessent de harceler et leurs conseillers et tous ceux qui acceptent de se faire inviter par eux à Washington DC. Au-delà de quelques constantes que l’on évoquera ici allant du plus anecdotique au plus fondamental, la réponse que l’on propose, c’est que pour une fois oui : du changement, il y en aura. Mais cette mutation annoncée des relations transatlantiques n’a rien à voir avec la reconduction d’Obama à la présidence des Etats-Unis, ni avec la crise financière et économique, ni même avec les grandes recompositions géopolitiques en cours, auxquelles l’Europe reste si ostensiblement aveugle et sourde. Elle est le seul fait des Européens eux-mêmes, et vient de leur refus pathologique d’assumer leurs propres intérêts au lieu de faire de l’Amérique leur principal, sinon unique, point de repère.
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vendredi, 19 octobre 2012
TRIBUNE LIBRE / L’échec de la fusion BAE-EADS : que reste-t-il après une trahison ? L’intention…
La faillite du projet de fusion BAE-EADS fut accueillie par un mélange de déception, de tristesse et de noble fureur par la quasi-totalité des commentaires. Déception et tristesse pour l’Europe, supposée être la grande perdante de l’affaire, et fureur contre les Etats égoïstes, qui auraient manqué cette superbe occasion rien que pour satisfaire leurs vilains intérêts. En y regardant de plus près, ce poignant récit devient exactement son inverse. L’Europe devrait être soulagée d’avoir reçu une seconde chance avant de se réveiller un jour pour voir son secteur stratégique télécommandé depuis Washington par le duo Pentagone-Maison Blanche. Et le seul reproche que l’on puisse faire aux gouvernements (à part leurs mobiles, parfois bien piteux au regard des enjeux), c’est qu’ils n’ont pas été plus fermes.
Distorsions de la vérité
Echec pour l’Europe ? En réalité, l’équation fut simple. Nous avions d’un côté une société, BAE Systems, anciennement British Aerospace, qui s’était tellement investie dans sa carrière d’outre-Atlantique que c’est le ministre de la Défense de Sa Majesté lui-même (Geoffrey Hoon à l’époque), qui constate à son sujet dès 2003 qu’elle "n’est plus britannique". De l’autre, un EADS dont les dirigeants sont à ce point fascinés par l’Amérique et ses éventuels contrats supposés mirifiques, qu’ils répètent à qui veut l’entendre qu’ils sont devenus "un bon citoyen américain". Et, dans cet esprit, essuient, de la part des Etats-Unis, humiliation après humiliation avec un inébranlable sourire. Difficile d’imaginer qu’en additionnant ces deux, on aurait obtenu un "champion européen" de l’aéronautique et de la défense, autrement dit un support essentiel de notre indépendance. Par ailleurs, les protagonistes n’ont même pas eu cette prétention. Les deux se présentent comme des leaders "mondiaux" ou "globaux" dans leurs domaines respectifs, et se méfient comme du feu de l’adjectif européen, jugé trop risqué du point de vue de leur projet prioritaire qui est la pénétration-conquête du gigantesque marché de défense des Etats-Unis. Or il n’y a pas deux façons de le faire. On n’y est vraiment admis qu’après avoir levé le soupçon même d’une quelconque interférence étrangère (et encore ; il arrive que le seul souvenir d’une origine autre qu’US suffise pour se retrouver sur la touche), et ayant accepté des règles du jeu garantissant une soumission totale aux intérêts américains. Ou mieux : en devenant, en Europe par exemple, la courroie de transmission de ces mêmes intérêts.
Écrit par SG dans > États-Unis, > Europe, > Industries de défense, TRIBUNE LIBRE | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note |
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vendredi, 28 septembre 2012
Défense nationale, le prix de la liberté
Des griots de l'idéologie ultralibérale vantaient naguère les bienfaits d'une "mondialisation heureuse" qui devait apporter la paix, la prospérité et, même, le bonheur à l'humanité.

Aujourd'hui, nous voyons bien que la globalisation des marchés et des technologies de l'information et de la communication n'a pas conduit à ce village planétaire où tout le monde devait être bon et gentil. Assurément, le monde n'est pas plus serein que jadis. Rien n'a changé, la politique internationale reste ce qu'elle a toujours été : un rapport de force entre des puissances. Ce qui change c'est simplement les acteurs principaux, certains sont menacés d'effacement, d'autres montent en puissance. Voici donc les pays dits émergents qui revendiquent leur place à la table des grands. À cet égard, la lutte pour le contrôle des matières premières, en particuliers les réserves énergétiques, est très significative. La Chine, l'Inde, d'autres, sont prêts à tout pour nourrir leur développement tandis que les anciennes puissances – États-Unis en tête – tentent de préserver les positions acquises. Entre les deux, la Russie résiste contre les manœuvres états-uniennes visant à son endiguement, notamment au Caucase où l'enjeu pétrolier et gazier est considérable. Depuis Poutine, Moscou rend coup pour coup, nous en avons un exemple avec le soutien apporté aux régimes syrien et iranien.
Écrit par SG dans > Armées, > Économie, > Livre Blanc 2013, > Points de vue, DÉFENSE, TRIBUNE LIBRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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jeudi, 13 septembre 2012
Syrie : Le général Manaf Tlass, qui a fait défection, ne veut pas d'intervention étrangère (par Wassim NASR)
J’ai eu l’occasion d’assister à l’entretien conduit par Ulysse Gosset pour BFMTV, Tony el-Khoury pour BBC Arabic et Christian Makarian pour l’Express avec le brigadier-général Manaf Tlass dimanche dernier à Paris. Cet entretien est le premier conduit par une télévision occidentale depuis l’annonce de défection du haut-gradé syrien.
Plusieurs points ont été évoqués dans cet entretien (d’un peu moins d’une heure) avec cet officier qui fut à la tête de la 105ème brigade de la garde républicaine et qui avait ses bureaux au sein même du palais présidentiel à Damas.
Une fois sa loyauté mise en doute et malgré l’amitié qui le liait depuis l’enfance à Bachar al-Assad, le général Tlass fut retiré du service opérationnel et se contentait de rester à son bureau en signe de protestation.
Sa marginalisation au sein de l’appareil baasiste est due à ses contacts avec les rebelles et aux négociations entreprises avec eux dans différentes localités syriennes. Même s’il a conduit ses négociations au nom du régime - avant que le choix de la répression aveugle ne soit entériné - Tlass affirme avoir informé les rebelles de sa "rupture avec les autorités syriennes" et de son "intention de faire défection dès les premières heures de la révolution". Voici les points principaux évoqués lors de cet entretien et quelques clarifications :
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mercredi, 05 septembre 2012
La chronique de Serge SUPERSAC : L'armée dans le quartier ?
Coup de tonnerre médiatique de cette fin d’été, une sénatrice des Bouches du Rhône préconise le recours à l’armée pour endiguer la vague de violence qui sévit actuellement à Marseille. Ce qui n’aurait dû être "qu’une conversation de bistrot" a pourtant été abondamment relayé par l’ensemble des médias. Il semble donc que la confusion la plus totale règne en matière de sécurité, même parmi certains élus du pouvoir législatif. Si l’on ajoute à cela que de plus en plus de voix s’élèvent pour affirmer que la politique du nouveau ministre de l’intérieur ressemble à celle de l’ancien d’un autre gouvernement on peut légitimement penser que la stratégie d’ensemble des forces de sécurité ne va donc pas radicalement changer. Dans ces perspectives, l’avenir de la sécurité intérieure peut apparaître comme incertain puisque personne ne peut raisonnablement affirmer que depuis dix ans la situation se soit améliorée en matière de criminalité et de violence.

La nature du problème :
La police Marseillaise est confrontée à une forte augmentation d’homicides qui apparaissent comme des règlements de compte avec pour toile de fond, le trafic de stupéfiants. Cette évolution qui semble surprendre les commentateurs correspond pourtant à une logique et le manque d’anticipation concernant ce phénomène démontre bien les carences stratégiques. En effet depuis très loin dans l’histoire cette ville est connue pour sa délinquance et son corollaire, la violence. En revanche ce qui a changé ces dernières années c’est la structuration de la criminalité. L’organisation criminelle est aujourd’hui toute autre, plus de parrain chef d’un réseau très hiérarchisé tout simplement parce que les forces de sécurité ont appris à lutter contre ces réseaux or dans ce type d’organisation il suffit de tirer un fil pour démanteler l’ensemble. Il existe donc toujours une organisation mais elle est faite de petites structures distinctes, spécialisées et indépendantes les unes des autres. Pour le trafic de stupéfiant qui est, je le rappelle l’activité criminelle la plus lucrative pour un risque minimum, les grossistes approvisionnent une myriade de petits commerces dont ils n’ont aucunement besoin d’assurer la pérennité car si le réseau de quartier tombe, le lendemain un autre micro réseau prendra la place vacante. Pour l’anecdote il faut signaler que dans certains cas des points de « deals » ont carrément été vendus dans le principe de la vente d’un commerce classique sans toutefois que le notaire ait été consulté. Ainsi la guerre des réseaux pour tenir les points de vente ne se réalise plus entre deux mafias qui cherchent à obtenir le monopole sur une ville mais entre des dizaines de micro réseaux qui cherchent à exister sur une zone et le cas échéant à s’étendre. C’est donc non plus deux chefs mafieux qui s’affrontent mais des milliers de revendeurs sans que précisément le grossiste ne soit inquiété.
Écrit par SG dans > Criminalité, > La chronique de Serge Supersac, SÉCURITÉ, TRIBUNE LIBRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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vendredi, 31 août 2012
Tribune libre : La Syrie, au cœur de la Guerre tiède ? D’une désinformation médiatique à une intervention programmée
"Il faut empêcher de réitérer le scénario libyen en Syrie". Vladimir Poutine, 27/02/2012 (1)
La crise syrienne est, aujourd’hui, arrivée à un point critique. Une guerre fratricide massacrant, pour partie, des innocents, est en cours.

Dans ses grandes lignes, cette guerre est médiatisée par les intérêts politico-économiques des grandes puissances. Mais, très tôt, elle a été polluée par les nouvelles idéologies religieuses et nationalistes, surfant sur les maladresses occidentales et la soif de libertés de peuples en perdition – au prix de dérives politiques incontrôlables et, sans doute, irréversibles.
A l’origine, cette quête identitaire a été précipitée par la "fin des idéologies" (D. Bell) issue de la disparition de l’URSS, en décembre 1991, qui a favorisé le retour du religieux comme idéologie alternative et, au moins, réactivé son rôle politique et identitaire. Dans le même temps, la disparition du verrou idéologique de la Guerre froide a suscité l’émergence de micro-conflits périphériques désormais porteurs, sur l’Echiquier arabe, d’aspirations révolutionnaires. En ce sens, la délégitimation de l’idéologie communiste aurait agi comme facteur catalyseur d’une instabilité systémique à l’échelle du monde et dont la crise syrienne ne serait, au final, qu’un sous-produit – une forme d’effet émergent.
La (prévisible) réaction d’auto-défense du régime syrien face à la terrible violence "révolutionnaire" attisée de l’extérieur a débouché, aujourd’hui, sur une inquiétante guerre civile – imputée par les médias occidentaux, de manière (trop) systématique et erronée, au seul président Bachar El-Assad. Pourtant, l’opposition armée anti-Assad est responsable de davantage de tueries étrangement passées sous silence et qui, en d’autres lieux, auraient pu être qualifiées de "crimes contre l’humanité", pour reprendre une expression trop souvent manipulée par la gouvernance néo-libérale sous leadership américain, dans l’optique de justifier ses actions répressives.
Avec une certaine légitimité, on peut donc s’interroger sur l’existence d’une pensée unique, structurellement favorable aux "rebelles", et verrouillant l’information sur le déroulement de la "révolution" syrienne – sous l’impulsion de l’Organisation syrienne des droits de l’homme (OSDH), étrange ONG politiquement (très) orientée et semblant avoir un monopole "légitime" sur l’information. Régulièrement émise par l’OSDH, l’information sur la nature et l’ampleur des massacres censés perpétrés par le régime Assad est, en effet, admise comme vérité scientifique par le consensus médiatique – formatant, par ce biais, une opinion publique internationale hostile au régime syrien. Toutefois, ce dernier reste – heureusement – soutenu par l’axe sino-russe.
L’issue, tant désirée par les promoteurs du Printemps arabe, ne semble désormais plus faire de doutes. Mais pour Moscou, c’est plutôt un Hiver islamiste, réchauffé par le doux soleil de la Charia, qui se prépare – avec, naturellement, la complicité américaine.
Comment et pourquoi en est-on arrivé là ? Et qui, surtout, y avait intérêt ?
Écrit par SG dans > États-Unis, > Islam, > Points de vue, > Russie, > Syrie, GÉOPOLITIQUE, TRIBUNE LIBRE | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note |
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mardi, 28 août 2012
Syrie : La France appelle le CNS à former un gouvernement provisoire...mais quid des fractures ethnico-religieuses
Les dernières défections et la nature même des confrontations sur le terrain renforcent l’aspect confessionnel du conflit syrien. La communauté internationale est-elle capable aujourd’hui d’agir d’une manière déterminante en Syrie à travers une action militaire ? Cela alors que tous les signes d’un conflit sectaire et confessionnel sont détectables dans une guerre que tout le monde s’accorde à qualifier de civile. Dans cette nouvelle configuration, le départ ou le maintien de Bachar el-Assad à la Présidence est-il toujours décisif ?

(Photo : Rebelles syriens dans le quartier Saif al-Dawla, dans le centre d'Alep, le 22 août 2012)
L'impact des défections
Dans mes précédents articles sur la Syrie, j’ai été très réticent à qualifier le conflit de sectaire ou de confessionnel. Désormais ces deux aspects sont de plus en plus perceptibles, depuis la défection du Premier ministre nouvellement nommé Ryad Hijab. En trouvant refuge avec sa famille dans la Jordanie voisine, ce baasiste de carrière et de conviction devient le plus haut dignitaire du régime à quitter le navire depuis le début de la contestation (entre 15 et le 18 Mars 2011). Malgré plusieurs défections à différents échelons du pouvoir, aucune défection d’officiels alaouites, chrétiens ou druze n’a été signalée. (1)
A l’inverse du cas libyen - où la chute de Mouamar Kadhafi et de son régime ont été sensiblement accélérés par les défections - on se retrouve dans une situation paradoxale où les défections ne provoquent pas une réaction en chaîne similaire. Mais bien au contraire ces défections marquent et accentuent la nature confessionnelle du conflit et renforcent la détermination des Alaouites à mener le combat, que ça soit par peur d’un avenir sous domination sunnite ou par conviction.
Avec l’assabiya confessionnelle primant sur les choix politiques d’un côté comme de l’autre, les responsables et officiels sunnites se retrouvent dans une situation où leur soutien au régime devient insoutenable.Même si d’autres défections de hauts responsables suivront celles de Manaf Tlass (Brigadier-Général, à la tête de la 105e brigade de la Garde Présidentielle) et de Ryad Hijab (Premier Ministre) et même si les rumeurs de défection de Farouk el-Charaa (Vice-président de la République) se confirment, toutes ces personnalités appartiennent à la majorité sunnite. Au stade actuel il est normal pour chacun d’eux, comme pour bien d’autres appartenant à cette majorité, de se séparer du régime. Comme il est normal pour ceux appartenant à la minorité alaouite de continuer le combat. D’un côté comme de l’autre, ces hommes dessinent et dévoilent les nouveaux clivages de la société syrienne.
On n’est plus dans la configuration d’un pouvoir qui réprime son peuple, mais plutôt dans une guerre civile qui est aussi une guerre de survie pour les uns comme pour les autres . Sans pour autant que ce développement n’occulte les mois de répressions sanglantes qui ont précédés et accompagnés la militarisation de la rébellion. Dans cette configuration façonnée par une violence à l’œuvre irréversible, la durée ou l’issue du conflit deviennent secondaire.
Avec une telle évolution, la présence d’Assad à la Présidence est aussi de moins en moins importante quand à la résolution du conflit ou même à son issue . Suivant la même logique, l’impact des défections sunnites est de moins en moins important.Sans oublier la maladresse inouïe du Président du Conseil National Syrien (CNS) Abdel-Baset Sieda annonçant en direct sur France24 que Tlass et Hijab "n’auront pas de rôle important à jouer" à cause de leurs défections tardives. Avec cette déclaration Sieda minimise lui-même l’impact des défections et dissuade ceux qui comptaient suivre ce chemin périlleux pour eux comme pour leurs proches. (2)
Écrit par SG dans > Brouillard d'Orient, > Islam, > Proche-Orient, > Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |
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