Syrian workers places a banner greeting Pope John Paul ll under a huge poster of Syrian President Bashar al-Assad and his late father Hafez al-Assad at the Abbasiin Stadium in Damascus May 4, 2001. The Pontiff arrives in the Syrian capital on Saturday for a historic visit. JS/GB

Ce qui est frappant dans la crise syrienne est de constater combien certains Français ont, une fois encore, la mémoire courte. Pourtant, la France connait bien la réalité du régime syrien puisque cela fait quarante que nous nous opposons sur tous les grands dossiers : la France défend l’indépendance et la souveraineté du Liban martyrisé par les Assad ; la France a soutenu l’Irak contre l’Iran allié au régime alaouite ;  la France a soutenu le président Arafat menacé par le jeu syrien… Et la France connait d’autant mieux la malfaisance de ce régime qu’elle a souvent été victime du terrorisme d’Etat du système assado-sectaire,  soit directement soit par des groupes libanais contrôlés par le pouvoir syrien (comme le djihad islamique d’Imad Mougniyeh) : l’assassinat de notre ambassadeur Louis Delamare à Beyrouth (1982), les attentats commis à Paris (assassinat du cofondateur du Baas en 1980, bombe de la rue Marbeuf en 1982), l’attentat perpétré (en 1983) contre nos soldats parachutistes du poste Drakkar à Beyrouth (58 morts) ; les prises d’otage français et l’assassinat du chercheur français Michel Seurat (1986)  avec la complicité des services d’Hafez el Assad,  etc.

Aujourd’hui comme hier, le régime des Assad tue, torture, terrorise, gaze sa propre population, organise des attentats au Liban. Aujourd’hui il s’en trouve encore pour fermer les yeux, comme naguère lorsque ce régime tuait 25 à 30 000 civils dans la ville de Hama (1982), quand il terrorisait le Liban et assassinait les chefs religieux ou politiques – de  Kamal Joumblatt (1976) ou du Moufti Hassan Khaled (1989)  à  Rafic  Hariri (2005), Gebran Tueini (2005), Pierre Gemayel (2006) et plusieurs autres. De faux sages qui ne sont que de vrais hypocrites voudraient encore atermoyer, prétendre qu’il faudrait attendre on ne sait quel mandat onusien pour agir alors que la Russie, l’Iran et ses satellites irakiens et certains groupes libanais sont à pied d’œuvre et  pleinement engagés dans la répression du peuple syrien. De subtils stratèges en chambre croient pouvoir claironner qu’il ne s’agirait en tout état de cause que de donner un avertissement au régime syrien mais en aucun cas de l’abattre. Et voilà comment, subrepticement, l’on prend contre tout un peuple le parti d’un régime totalitaire et assassin qui a érigé le terrorisme en politique d’Etat.

Pourtant, c’est bien de ce régime dont il faut débarrasser le peuple syrien, et le malheureux Liban qu’il a tant martyrisé. Plusieurs commentateurs, politiciens et experts plus ou moins autoproclamés s’ingénient à trouver toutes sortes de prétextes pour écarter l’idée d’une intervention militaire contre le régime syrien. Les uns appellent à privilégier l’option politique, ce qui relève d’une extraordinaire naïveté lorsqu’on connait la duplicité du régime depuis quarante ans ; d’autres font valoir que la chute du régime aurait des conséquences incalculables comme si cela n’avait pas de conséquences incalculables de laisser un Etat voyou massacrer son peuple ;  d’autres reprennent sans nuance la propagande assadiste selon laquelle la chute du régime conduirait à la victoire des islamistes durs et constituerait une menace pour les Syriens chrétiens (8 à 9%) mais les mêmes considèrent depuis des lustres que le sort de la majorité sunnite (75%), humiliée et terrorisée, n’a aucune importance ; d’autres enfin tergiversent sans fin sur l’utilisation des armes chimiques comme s’il y avait une bonne et une mauvaise manière d’assassiner son peuple … Bref, il ne faudrait rien faire de peur de prendre des risques. L’antienne est bien connue depuis le lâche renoncement de Munich en 1938.

Et c’est bien le spectre de Munich qui se profile dans cette affaire, avec pour conséquences la victoire du régime que Michel Seurat a appelé « l’Etat de barbarie », et de ses alliés, à commencer par l’Iran et ses affidés en Irak et au Liban. Tout aussi mécaniquement cela signifierait l’affaiblissement de la crédibilité des puissances occidentales, en particulier auprès de leurs alliés arabes. Or, après avoir haussé le ton, voici que ces puissances tergiversent au risque de démontrer qu’elles ne sont plus réellement des… puissances. Au moins s’agit-il de sauver les apparences. Le président de la République française déclare « la France veut une action ferme contre le régime de Damas ». On ne peut que l’approuver.

Charles Saint-Prot

Directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques