dimanche, 14 février 2010
Sun Tzu : L'art de la guerre
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mercredi, 10 février 2010
Juan de Mariana : Que les citoyens cultivent les arts militaires sur terre comme sur mer...
... Je pense qu'il faut permettre aux habitants des provinces - et même exiger s'ils refusent - d'avoir chacun des chevaux et des armes dans son patrimoine familial.
Il faut veiller à ce qu'ils pratiquent les arts militaires : que les cavaliers courent à cheval, que les fantassins, comme pour un juste combat, s'exercent au saut, au lancer, à la lutte et à la course ; qu'ils lancent des flèches sur une cible, ou projettent des balles de plomb grâce à un tube de fer et une flamme. A celui qui se distinguera ou sortira victorieux de ces épreuves sera accordé un prix prélevé sur le trésor public : un habit, une pierre précieuse ou un anneau. Que le Prince préfère le secours dû au bon vouloir et au génie des citoyens pour protéger la dignité nationale et conserver la sécurité publique, à celui qu'il pourrait obtenir de l'armée et des soldats mercenaires...
Que soit accordé aux habitants des provinces ce que nos lois permettent et ce que leurs coutumes avaient établi... de sorte que, grâce à des associations mettant leurs forces en commun, ils construisent des ressources privées, des trirèmes et des bâtiments légers ; grâce auxquels ils exerceront la piraterie et feront irruption, féroces et formidables, sur les côtes impies. Etant donné que cela est permis aux ennemis, que l'une et l'autre mer sont tous les ans infestées de pirates qui souvent provoquent la guerre et se constituent du butin à partir de nos biens, pourquoi voudrions-nous que cette faculté soit totalement retirée à nos compatriotes ?
... Que cette liberté soit accordée, sinon à tous les hommes, du moins aux nations et aux provinces d'Espagne, pour que, à leurs frais, elles protègent leur littoral et mettent le cap sur les côtes ennemies. A partir de chacune de ces flottes, quand l'occasion se présentera et que la guerre surviendra, il sera facile de constituer une immense flotte ; grâce à elle les ennemis seront assujettis et la domination de la terre sera évidente. Voilà notre opinion qui a été arrêtée depuis de nombreuses années, puisse-t-elle être d'autant plus adéquate et mériter la reconnaissance qu'elle émane d'une âme sincère ; qu'elle soit reçue avec le meilleur soin pour le service de la patrie.
Juan de Mariana (1536-1624)
Jésuite espagnol qui affirmait l'importance de la force armée garante de la prospérité publique.
In Hispani e societate Iesu, De rege et regis institutione (Livre III, chap. V, p 245-253)
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dimanche, 04 janvier 2009
L'éloge de la patrie, par Lucien de Samosate
Rien n'est plus doux que la patrie, dit un commun proverbe. Est-il en effet rien de plus aimable, de plus auguste, de plus divin ? Seulement, tout ce que les hommes regardent comme divin et auguste, n'est tel qu'en raison de la patrie, cause et maîtresse souveraine, qui donne à chacun la naissance, la nourriture et l'éducation. On peut admirer la grandeur, la beauté et la magnificence des autres cités ; mais on ne chérit que celle où l'on a reçu le jour ; et, de tous les voyageurs qu'entraîne le plaisir de voir un spectacle agréable, il n'en est aucun qui se laisse séduire par les merveilles qu'il trouve chez les autres peuples, au point d'oublier entièrement le lieu de sa naissance.
Quiconque se fait gloire d'être citoyen d'une ville fortunée ignore, ce me semble, quel est le véritable hommage qu'on doit rendre à la patrie ; il montre qu'il serait fâché que le ciel l'eût fait naître dans des lieux moins célèbres. Pour moi, je pense que c'est le nom même de notre patrie que nous devons honorer. Si l'on veut comparer une ville à une autre, on examinera leur étendue, leur beauté, l'abondance dont elles jouissent ; mais s'il faut faire un choix, personne ne préférera la cité la plus brillante à sa patrie. Il pourra bien souhaiter qu'elle égale en opulence les villes les plus riches ; mais, telle qu'elle est, elle sera toujours l'objet de ses vœux.
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mardi, 26 février 2008
Friedrich Ludwig Jahn : "Turnkunst" et patriotisme allemand
Friedrich Ludwig Jahn (1778 - 1852) est un des grands noms de la gymnastique moderne, avec le suédois Ling. Jahn et Ling sont à l'origine du mouvement en faveur de l'éducation physique qui a pour eu effet de ramener la question de l'exercice et de la formation corporelle à l'avant-plan au début du XIXe sièce.
Jahn forgera le concept de Turnen (dérivant du mot Tournoi) pour désigner ce que dans les autres pays on continuait d'appeler la gymnastique, mot que Jahn méprisait car étranger à la langue allemande. Les villes allemandes se peupleront de Turnenplatz au XIXe siècle, palestres publiques où la jeunesse réappris la dignité à travers l'éducation physique et le jeu. L'Allemagne venait d'être battue à Iéna par la Grande Armée française. Les Allemands étaient un peuple humilié comme la France le sera après Sedan en 1870. Dans cet ouvrage, Jahn sert une vigoureuse harangue à ses compatriotes. Jahn fit partie du corp-franc du baron prussien von Lützow qui pratiqua la guerrilla contre les troupes napoléoniennes entre 1813 et 1815.
Parmi les devoirs qui s'imposent à l'État allemand, outre celui de regrouper la nation éparse autour des symboles forts de la germanitude, celui de redonner de l'air et de la vigueur à ses jeunes, et surtout leur enlever la tête des livres. Il faut que l'Allemand retrouve la force de ses ancêtres qui n'hésitaient à affronter, en corps-à-corps, l'ours des sombres forêts germaniques.
La gymnastique sert un des leitmotiv du nationalisme germanique qui prend forme avec la naissance de l'État-nation. En «rebronzant» sa jeunesse, l'Allemagne saura s'imposer parmi toutes les nations, car elle seule aura conservée son identité ethnique, sa culture, ses racines.
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mardi, 22 janvier 2008
La vertu guerrière
La vertu guerrière est distincte du courage, bien que celui-ci en constitue une partie essentielle. On saurait encore moins la confondre avec l’enthousiasme pour la cause de la guerre.
Dans l’homme, en général, le courage est une qualité naturelle, un don de naissance ; chez le soldat, membre de l’armée, il peut, en outre, s’acquérir par l’exercice et par l’habitude. Dans ce dernier, d’ailleurs, le courage suit une direction très différente, et, perdant tout instinct d’allure libre et de dépense déréglée de forces, doit se soumettre aux exigences de la discipline, de l’ordre, du règlement et de la méthode.
Quant à l’enthousiasme pour la cause de la guerre, bien que ce ne soit nullement l’un des principes constitutifs de la vertu guerrière, il est incontestable qu’il en augmente considérablement le degré et la puissance effective, lorsqu’il anime les troupes d’une armée.
À quelque point de vue qu’on la considère, et alors même que, dans une nation, la totalité des citoyens en état de porter les armes seraient appelés à y prendre part, la guerre est et restera toujours une fonction spéciale, absolument distincte et séparée des autres fonctions de la vie sociale.
Être pénétré de l’esprit et de l’essence de cette fonction, éveiller en soi, acquérir, entretenir et exercer les forces qui y sont nécessaires, y consacrer toute son intelligence, tous ses efforts, tendre incessamment à s’y perfectionner, sortir enfin de soi-même pour entrer dans le rôle qu’on y doit jouer, c’est là ce qui, dans l’individu membre d’une armée, constitue la vertu guerrière.
Alors même que dans une armée composée de milices et de troupes permanentes, il serait possible de porter l’instruction militaire du citoyen au même degré de perfection que celle de l’homme de troupe, alors même, qu’animés tous deux d’un égal enthousiasme pour la cause nationale, ils apporteraient, l’un et l’autre, à la guerre le même élan, le même courage, la même ténacité, et imprimeraient, ainsi, à l’action générale un caractère absolument opposé à celui qu’elle avait à l’époque des anciens condottieri, le soldat proprement dit n’en conserverait pas moins le cachet original, distinotif et personnel de l’homme du métier. C’est que, en effet, tant qu’il y aura une carrière militaire, ceux qui l’exerceront, et aussi longtemps qu’ils l’exerceront, se considèreront comme formant une sorte de corporation absolument distincte, dans les ordonnances, les lois, les habitudes et les usages de laquelle se fixeront de préférence les esprits essentiels de la guerre. Il est naturel, d’ailleurs, qu’il en soit ainsi. Alors même que l’on se laisserait aller au penchant de n’envisager la guerre que du point de vue le plus général, on aurait donc tort de faire peu de cas de ce sentiment que les Français appellent esprit de corps, et qui, à un degré plus ou moins élevé, peut et doit se rencontrer dans une armée. C’est cet esprit de corps qui donne à ce que nous nommons la vertu guerrière le moyen de s’assimiler, en les résumant en soi, la totalité des forces morales individuelles réparties dans la pluralité des membres d’une armée.
Conserver ses formations sons le feu le plus effroyable, rester inaccessible à toute crainte imaginaire ; dans le plus grand danger, disputer pied à pied le terrain sur lequel elle combat, calme et fière dans la victoire, obéissante, disciplinée, respectueuse pour ses chefs et leur conservant sa confiance dans les désastres mêmes de la défaite, se soumettre sans murmures aux plus durs efforts ainsi qu’aux plus terribles privations, y exercer ses forces comme un athlète ses muscles, et n’y voir qu’un moyen d’arriver au triomphe ; être prête, enfin, à tous les sacrifices pour l’honneur des armes et celui du drapeau, voila ce qui distingue une armée profondément pénétrée de la vertu guerrière.
Les Vendéens se sont supérieurement battus, et les Suisses, les Américains et les Espagnols sont arrivés à de grands résultats sans déployer de vertu guerrière ; on peut même, ainsi qu’Eugène et Marlborough, obtenir la victoire à la tête d’armées permanentes médiocrement douées sous ce rapport ; on ne saurait donc dire que, sans vertu guerrière, on ne puisse être heureux à la guerre. Nous attirons particulièrement l’attention à ce propos, de peur que, ne saisissant pas notre pensée, on n’en tire cette fausse conclusion. C’est précisément parce qu’elle peut varier de degré d’une armée à l’autre, et qu’à la rigueur elle peut même faire complètement défaut, que la vertu guerrière devient une force morale efficiente. C’est là ce qui en fait un instrument dont on peut calculer la puissance.
Après en avoir ainsi exposé le caractère, nous allons rechercher quelle influence la vertu guerrière exerce, et par quels moyens on la peut créer.
Le général en chef a la direction générale, il donne l’impulsion à la masse entière, dont il met, ainsi, d’un coup et toutes à la fois, les parties constitutives en mouvement ; mais le détail lui échappe dans l’exécution, et il ne saurait diriger personnellement l’action individuelle de chacune des subdivisions de l’armée. Or, là où l’esprit du général en chef ne peut atteindre, la où son impulsion ne se fait plus sentir, c’est la vertu guerrière des troupes qui doit y suppléer et prendre aussitôt la direction. La vertu guerrière doit donc être pour chacune des portions constitutives considérée isolément, ce que le génie du commandant supérieur doit être pour l’armée considérée en masse. C’est la notoriété de ses grandes qualités personnelles qui désigne le général en chef au choix du gouvernement ; la désignation des commandants des subdivisions d’armée de premier ordre est le résultat de l’examen le plus attentif et le plus scrupuleux ; mais, plus le degré hiérarchique s’abaisse, et moins cet examen conserve de sa sévérité et de ses garanties, de sorte que, au bas de l’échelle, on ne peut plus autant compter sur des talents individuels. Ici encore, la vertu guerrière doit entrer en jeu et suppléer à tout ce qui fait défaut. Or c’est là précisément le rôle que le courage individuel, l’adresse, l’endurcissement aux fatigues, l’enthousiasme et les autres qualités qui leur sont spéciales, jouent dans les armées des peuples essentiellement patriotes et guerriers. Ces qualités peuvent donc suppléer à la vertu guerrière, de même que celle-ci peut, réciproquement, en tenir lieu, ce qui conduit aux conclusions suivantes :
- La vertu guerrière ne se peut exclusivement produire que dans les armées permanentes qui, d’ailleurs, sont celles qui en ont le plus besoin. Dans les armements populaires et les guerres d’insurrection, elle est suppléée par les qualités nationales naturelles qui trouvent, alors, un milieu qui leur convient particulièrement et dans lequel elles se développent promptement.
- La vertu guerrière est moins indispensable aux armées permanentes lorsqu’elles luttent entre elles, qu’alors qu’elles ont à combattre des populations en armes, circonstances où les forces doivent être plus disséminées et les fractions de troupe plus fréquemment abandonnées à elles-mêmes. Là, au contraire, où l’armée peut être maintenue réunie, le génie du général en chef conserve toute sa puissance et supplée à ce qui manque à l’esprit des troupes. On voit ainsi qu’en général, la vertu guerrière est d’autant plus nécessaire que la configuration du sol et les autres conditions de la guerre disséminent les forces et compliquent l’action militaire.
Le seul enseignement que l’on puisse tirer de ces vérités est qu’alors que ce puissant levier fait défaut dans une armée, il faut, tout d’abord, apporter la plus extrême prévoyance dans la préparation de la guerre, pour s’efforcer, ensuite, de la maintenir dans les formes les plus simples. On ne saurait donc se trop garder de s’en laisser imposer par la seule étiquette de permanente, alors qu’une armée permanente n’a de valeur qu’en raison de l’esprit qui l’anime.
La vertu guerrière est donc l’une des plus importantes puissances morales à la guerre. Partout où elle ne s’est pas rencontrée, elle n’a pu être suppléée que par le génie supérieur du général en chef ou par l’enthousiasme national de l’armée. Là, enfin, où ces trois éléments ont manqué à la fois, les succès obtenus sont restés de beaucoup inférieurs aux efforts produits. Les Macédoniens sous Alexandre, les légions romaines sous César, l’infanterie espagnole sous Gustave Farnèse, les Suédois sous Gustave-Adolphe et sous Charles XII, les Prussiens sous Frédéric le Grand, et les Français sous Bonaparte, ont montré les prodiges que l’esprit militaire et l’inébranlable solidité d’une armée peuvent accomplir. Il faudrait n’avoir jamais consulté les témoignages de l’histoire, pour ne pas reconnaître que s’ils n’avaient pas disposé de pareilles armées, ces grands généraux, malgré tout leur génie, n’eussent jamais réalisé de si hauts faits, ni atteint des résultats si merveilleux.
La vertu guerrière d’une armée ne peut naître que de deux sources, bien qu’encore ces sources ne la produisent qu’en commun : une série de guerres et de succès, et, dans la poursuite de ces guerres, une activité incessante, fréquemment portée à ses plus extrêmes limites. Le soldat apprend, ainsi, à connaître ses forces ; plus on lui demande habituellement d’efforts, et plus il est disposé à en faire ; il est aussi fier des fatigues qu’il a surmontées que des dangers qu’il a affrontés et courus. On voit donc que, semblable à certaines plantes qui ne peuvent germer et grandir que sur un sol aride et brûlant, la vertu guerrière exige, pour naître et se développer, et le soleil de la victoire et l’activité et les efforts les plus soutenus. Lorsque enfin elle a atteint son summum, c’est un arbre aux racines puissantes, qui résiste aux plus violentes tourmentes de la défaite et de l’infortune. Née de la guerre, et ainsi produite par le génie des grands généraux, elle peut, désormais, se prolonger pendant de longues années de paix, à travers plusieurs générations, même sous la direction de généraux médiocres.
On ne saurait confondre l’esprit de noble solidarité qui unit entre elles les bandes éprouvées de ces vieux soldats endurcis aux fatigues et couverts de cicatrices, avec la vaniteuse suffisance des armées permanentes dont les éléments ne tiennent ensemble que par la puissance des règlements de service et d’exercice. Une certaine sévérité, une discipline rigoureuse, peuvent aider au maintien de la vertu guerrière, mais ne sauraient la créer, et, bien que ces moyens aient ainsi leur valeur, il ne se la faut cependant pas exagérer. De l’ordre, de la dextérité, de la bonne volonté, de très bons sentiments, une certaine fierté même, tels sont les signes caractéristiques d’une armée formée en temps de paix ; on les peut estimer, mais ils n’ont aucune consistance. Ce n’est ici, en effet, que la masse qui retient la masse. Qu’une seule fissure se produise, et tout se désagrège, ainsi que se brise un verre trop subitement refroidi. Ce sont les plus beaux sentiments dont il faut, alors, particulièrement se méfier ; ils ne sont, la plupart du temps, que des gasconnades, des hâbleries de poltron, qui, au premier insuccès, ne se transforment que trop vite en anxiété et en peur, pour en arriver, parfois même, au sauve qui peut de l’expression française. Par elle-même, une pareille armée est incapable de rien produire ; elle ne prend de valeur qu’en raison de la direction qui lui est donnée. Il la faut conduire avec une extrême prudence, jusqu’à ce que, peu à peu grandies par les efforts et confirmées par la victoire, ses forces morales l’élèvent, enfin, à la hauteur du rude labeur et de la lourde tâche qu’elle doit accomplir. Il faut donc se bien garder de prendre les sentiments exprimés par une armée, pour l’expression réelle de l’esprit dont cette armée est animée.
Carl von Clausewitz (1780 - 1831)
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lundi, 10 septembre 2007
Polybe : la révolte des mercenaires (241-238 av. J.-C.)
Le traité de paix conclu et ratifié, Amilcar conduisit l'armée du camp d'Eryce à Lilybée, et là se démit du commandement. Gescon, gouverneur de la ville, se chargea du soin de renvoyer ces troupes en Afrique ; mais prévoyant ce qui pouvait arriver, il s'avisa d'un expédient fort sage. Il partagea ces troupes, et ne les laissa s'embarquer que partie à partie, et par intervalles, afin de donner aux Carthaginois le temps de les payer à mesure qu'elles arriveraient et de les renvoyer chez elles avant que les autres débarquassent.
Les Carthaginois, épuisés par les dépenses de la guerre précédente, et se flattant qu'en gardant ces mercenaires dans la ville, ils en obtiendraient quelque grâce sur la solde qui leur était due, reçurent et enfermèrent dans leurs murailles tous ceux qui abordaient. Mais le désordre et la licence régnèrent bientôt partout ; nuit et jour on en ressentit les tristes effets. Dans la crainte où l'on était que cette multitude de gens ramassés ne poussât encore les choses plus loin, on pria leurs officiers de les mener tous à Sicca, de leur faire accepter à chacun une pièce d'or pour les besoins les plus pressants, et d'attendre là qu'on leur eût préparé tout l'argent qu'on était convenu de leur donner, et que le reste de leurs gens les eussent joints. Ces chefs consentirent volontiers à cette retraite ; mais comme ces étrangers voulurent laisser à Carthage tout ce qui leur appartenait, selon qu'il s'était pratiqué auparavant, et par la raison qu'ils devaient y revenir bientôt pour recevoir le paiement de leur solde, cela inquiéta les Carthaginois. Ils craignirent que ces soldats réunis, après une longue absence, à leurs enfants et à leurs femmes, ne refusassent absolument de sortir de la ville, ou n'y revinssent pour satisfaire à leur tendresse, et que par là on ne revît les mêmes désordres. Dans cette pensée ils les contraignirent, malgré leurs représentations, d'emmener avec eux à Sicca tout ce qu'ils avaient à Carthage. Là cette multitude vivant dans une inaction et un repos où elle ne s'était pas vue depuis longtemps, fit impunément tout ce qu'elle voulut, effet ordinaire de l'oisiveté, la chose du monde que l'on doit le moins souffrir dans des troupes étrangères, et qui est comme la première cause des séditions. Quelques-uns d'eux occupèrent leur loisir à supputer l'argent qui leur était encore dû, et, augmentant la somme de beaucoup, dirent qu'il fallait l'exiger des Carthaginois. Tous se rappelant les promesses qu'on leur avait faites dans les occasions périlleuses, fondaient là-dessus de grandes espérances, et en attendaient de grands avantages. Quand ils furent tous rassemblés, Hannon, qui commandait pour les Carthaginois en Afrique, arrive à Sicca ; et loin de remplir l'attente des étrangers, il dit : que la république ne pouvait leur tenir parole ; qu'elle était accablée d'impôts ; qu'elle souffrait d'une disette affreuse de toutes choses, et qu'elle leur demandait qu'ils lui fissent remise d'une partie de ce qu'elle leur devait. A peine avait-il cessé de parler, que cette soldatesque se mutine et se révolte. D'abord chaque nation s'attroupe en particulier, ensuite toutes les nations ensemble ; le trouble, le tumulte, la confusion tels que l'on peut s'imaginer parmi des troupes de pays et de langage différents.
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dimanche, 02 septembre 2007
Polybe : les institutions militaires des Romains (1/2)
Enrôlement et organisation des légions
Armement des légionnaires
Le camp romain
Le service de garde
Les punitions et les récompenses
Les soldes
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Polybe : les institutions militaires des Romains (2/2)
Enrôlement et organisation des légions
Armement des légionnaires
Le camp romain
Le service de garde
Les punitions et les récompenses
Les soldes
L’armée en marche
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mardi, 28 août 2007
Discours de Dexippos aux volontaires athéniens après la prise d'Athène en 267
"C'est par la résolution plus que par le nombre des hommes que se décide l'issue des guerres. Nous disposons d'une force qui n'est pas négligeable, car nous voici réunis au nombre de deux mille et nous sommes bien à couvert en ce lieu qui devra être notre base pour porter des coups à l'ennemi, soit en attaquant des groupes isolés, soit en dressant des embuscades sur son passage. Ainsi remporterons-nous des succès qui accroîtront nos forces et inspirerons-nous à l'adversaire une crainte qui ne sera pas médiocre. Si l'armée ennemie s'avance contre nous, nous lui résisterons, puisque nous serons efficacement protégés par la solidité de cette position et par cette forêt. Dans les rangs des assaillants qui, faute d'avoir une vue d'ensemble sur nous, viendront de plusieurs côtés, régnera la confusion : ils ne pourront emboîter normalement le pas aux hommes de tête, leurs rangs se disloqueront et, comme ils seront incapables de diriger leurs traits ainsi que leurs javelots, leur tir sera inefficace, tandis que nous, nous leur porterons d'autant plus de coups. Abrités par la forêt, nous lancerons sur eux, de notre position dominante, des traits qui iront au but ; nous pourrons agir en toute sécurité, et il ne leur sera pas facile de nous infliger des pertes. Quant au combat au corps à corps, s'il faut en venir là, ce sont les plus grands périls qui inspirent l'ardeur guerrière la plus vive et on tient tête à l'ennemi d'autant plus vigoureusement qu'on a plus de mal à sauver sa vie, si bien que ce qu'on n'attendait plus arrive, alors que l'on se bat pour obtenir l'impossible et que, poussé par l'espoir de châtier l'ennemi, on défend des biens qui en valent la peine. Jamais personne, avant nous, n'a eu de meilleures raisons de s'indigner, tandis que nos familles et notre cité sont au pouvoir de l'ennemi. Ceux-là aussi se retourneront contre nos adversaires qui, par contrainte, font campagne avec lui, dès qu'ils nous verront passer à l'attaque, car ils retrouveront l'espérance de recouvrer leur liberté.
J'ai encore appris que la flotte de l'empereur, qui n'est pas éloignée, va nous secourir ; avec son appui, notre offensive sera irrésistible. En outre, je crois que nous entraînerons les Grecs à partager notre ardeur. Pour ma part, sans me tenir à l'abri des coups et placé dans une situation qui n'est pas meilleure que la vôtre, j'affronte les mêmes épreuves par amour du courage et je courrai tous les risques pour sauver les biens les plus précieux et ne pas décevoir l'estime que me porte la cité. Tous les hommes devant en fin de compte quitter la vie, mourir en combattant pour la patrie est la plus belle des récompenses. Si, d'après ce qu'on lui en a dit, quelqu'un d'entre vous s'effraie à l'idée du malheur où est plongée notre cité, qu'il pense qu'il est arrivé à la plupart des villes d'être prises par un ennemi surgissant à l'improviste... On peut prévoir que la Fortune sera avec nous. Notre cause est on ne peut plus juste, puisque nous luttons contre des agresseurs iniques et, en règle générale, c'est selon ce critère que la Divinité arbitre les affaires humaines : elle s'emploie à soulager ceux qui sont dans le malheur et à leur donner un sort meilleur. Il est beau de nous pénétrer de l'image de notre patrie telle que nos aïeux l'ont faite, d'offrir par notre courage et notre amour de la liberté un exemple aux Grecs et de jouir auprès de nos contemporains et de la postérité d'une gloire impérissable, en montrant par des actes que, même dans le désastre, la résolution des Athéniens ne peut être entamée. Prenons comme mot d'ordre nos enfants et nos biens les plus chers, puis marchons au combat en invoquant les dieux qui nous protègent."
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mercredi, 15 août 2007
Tacite : les guerriers germaniques
Dans la mêlée, il est honteux pour le chef de céder ; il est honteux pour les suivants de ne pas égaler leur chef. Ils sont flétris pour la vie, s'ils survivent à leur chef tué dans l'action. Ils jurent surtout de le défendre, de le couvrir de leurs corps, de se signaler pour sa gloire. Les chefs combattent pour la victoire ; les suivants, pour leur chef. Si leur nation s'endort dans une longue paix, la plupart des jeunes gens vont chercher la guerre où on la fait ; car le repos leur pèse ; puis, c'est dans les hasards qu'on s'illustre, et la guerre peut seule entretenir les grands cortèges. On attend de la libéralité du chef, et le cheval de bataille, et la sanglante et victorieuse framée (1). On partage sa table ; ses copieux mais grossiers festins tiennent lieu de solde ; c'est le butin qui paie ces largesses. Vous leur persuaderiez bien moins de labourer la terre et d'attendre l'année (2), que d'assaillir l'ennemi et de courir aux blessures. Ils croiraient lâche et bas d'amasser, par la sueur, ce qu'on peut conquérir par le sang.
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1. En somme l'équipement.
2. En fait, les saisons.
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