lundi, 28 juin 2010

La pilule bleue ou...la pilule rouge ?

Les textes ou les déclarations d'officiels abondent, dans lesquels l'entité hostile, le danger grave ne sont pas nommés, ou pire encore, sont tout simplement oubliés - même en présence de menaces patentes et avérées. Or, nommer est crucial, car l'anonymat empêche de fait de poser un diagnostic.

(...)

Telle qu'elle s'exerce entre hommes, groupes ou nations, la violence n'est pas une fatalité météorologique, comme la grêle ou la tempête. La violence n'est rien d'abstrait, ni d'innocent. Elle n'est jamais le fait de fantômes ou d'ectoplasmes, mais d'individus de chair et de sang. Quand il y a violence interhumaine, cela signifie qu'il y a des individus violents, adoptant un comportement brutal, cruel, homicide, exterminateur, voire génocidaire.

"La violence" est une formule de neutralisation médiatique, relevant de ce que la sociologie nomme "stratégie d'évitement". Quand un journal écrit : "la violence a encore frappé le collège X", ou "la violence règne dans la cité Y", c'est pour éviter de désigner les auteurs de la violence - au pire, elle dit "les jeunes" -, pour éluder tout fait concret. Quand les médias parlent de "violence", c'est pour ne pas dire crûment les choses. Dire "violence" évite de parler de ce qui fâche. C'est un échappatoire commode devant le réel, un repli volontaire au royaume des abstractions prudentes.

Une telle pratique porte un nom : le "politiquement correct" insidieux poison, inodore et sans saveur, analogue au monoxyde de carbone dégagé par un poêle déréglé - comme tel, indécelable sans effort conscient. Tous deux engourdissent, font somnoler et perdre sa vigilance, tout en déconnectant les défenses naturelles ; enfin, ils tuent - dans notre cas, ils mettent en position d'être tué, par incapacité à pré-voir, à détecter à temps.
Le "politiquement correct" est dangereux parce qu'il interdit de nommer et de désigner l'ennemi. En médecine, ne pas nommer une maladie grave condamne le patient à mort ; en matière de sécurité globale, ne pas nommer une menace condamne celui qui est attaqué. Être incapable de nommer paralyse l'État en lui interdisant la pré-vision, en lui posant des oeillères, et met en danger ceux qui le servent, leur interdisant in fine d'accomplir leurs missions. Car bien entendu, le mieux, le plus vite, le plus précisément possible le fauteur de violence illicite est nommé et désigné - donc le diagnostic fait ; le plus tôt et le plus chirurgicalement possible ce fauteur de violence est neutralisé, le mieux cela vaut - et c'est précisément cette voie que le "politiquement correct" condamne.

Xavier Raufer
Directeur des études et de la recherche
Département de recherche sur les menaces criminelles contemporaines
Institut de criminologie de Paris, Université Paris II - Panthéon Assas
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Écrit par SG (Webmaster) dans > Criminalité, > Livres-Revues | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : xavier raufer | | |  Facebook | |  Imprimer |