dimanche, 24 février 2008

Attaqué, le PKK appelle les jeunes Kurdes à des représailles sur le sol turc

b2a6f1052d164e591b4890bbde67aa7b.jpgLes rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont appelé dimanche 24 février les jeunes Kurdes de Turquie à lancer des actions violentes dans les grandes villes en réaction au lancement par l'armée turque d'une opération terrestre contre les rebelles retranchés dans le nord de l'Irak. "Dans les grandes villes, les jeunes Kurdes doivent donner une réponse [à cette offensive]. La guérilla du Kurdistan, ce n'est pas 7 000 ou 10 000 personnes, ce sont des centaines de milliers de personnes", a déclaré le chef de l'aile militaire du PKK Bahoz Erdal.

"Si [l'Etat turc] veut nous détruire, nos jeunes doivent rendre la vie dans les grandes métropoles insupportable. (...) Les jeunes Kurdes doivent se réunir par groupes de deux pour brûler chaque soir des centaines de voitures", a notamment suggéré Erdal, considéré comme le porte-voix du PKK. Le dirigeant a appelé les jeunes Kurdes à "empoisonner la vie" des habitants des grandes agglomérations turques. "Nous ne sommes pas contre le peuple turc mais telle est la logique de la guerre", s'est justifié Erdal dans un communiqué, établissant des parallèles avec la résistance des Irakiens à la présence des forces américaines dans leur pays.

Samedi, un porte-parole du PKK, Ahmad Danis avait déjà menacé Ankara de représailles. "Si la Turquie poursuit ses attaques, nous mènerons des opérations de guérilla dans les villes turques, sans viser les populations civiles", avait alors affirmé ce porte-parole.

Depuis jeudi, l'armée turque mène une opération terrestre dans le nord de l'Irak pour en déloger les rebelles du PKK. L'offensive s'est encore intensifiée samedi. Au moins 79 rebelles kurdes et sept soldats turcs ont été tués jusque là, selon l'armée turque.

Source du texte : LE MONDE.FR

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jeudi, 07 février 2008

Greek Cyprus watches Kosovo’s move

38b6af91827c63b93f199df5746d82cc.jpgNow the Serbian presidential election is over, the unilateral independence of Kosovo is likely to be declared within a matter of weeks. It may be a tiny, remote, poor and mountainous land, but the consequences of the move will spread far beyond its Balkan borders.

Although the great majority of Serbs remain strenuously opposed, Kosovo’s independence will swiftly be recognised by the US, followed by leading members of the European Union, including the UK, France and Germany. It will be a de facto recognition, not a de jure one. Russia is blocking any United Nations resolution, both out of loyalty to Serbia and from a more fundamental objection to the principle of self-determination.

Several EU member states also remain deeply hesitant, fearful of the precedent set by allowing an ethnic minority to declare independence without winning agreement from the country it is leaving. Spain is one such, fearing the encouragement it will give to Basque secessionists. Slovakia is another, Romania the third. They will delay any recognition as long as possible.

Of all the EU members, however, the most hostile is the republic of Cyprus. Speaking in Helsinki last week, Erato Markoulli, the Greek Cypriot foreign minister, said her country “cannot and will not recognise a unilateral declaration of independence. This is an issue of principle, of respect for international law, but also an issue of concern that it will create a precedent in international relations.”

Ms Markoulli denied the stance had anything to do with northern Cyprus, the Turkish-ruled part of the island whose independence has been recognised only by Turkey. Yet that is clearly the most threatening precedent. If Kosovo wins recognition from the US and UK, how long will they refuse to do the same for the self-styled Turkish Republic of Northern Cyprus ?

Many EU members now regret allowing Cyprus to join without resolving its internal division. The Greek Cypriots rejected Kofi Annan’s UN plan for unification, after the Turkish Cypriots had voted heavily in favour in 2004. Ever since, Cyprus has used its membership to delay or disrupt every attempt at opening links to the northern enclave.

Yet, in a curious way, the Kosovo move could be just the shock needed to get the two sides back together. It will come at much the same time as a critical presidential election in Cyprus – the two rounds are on February 17 and 21 – that is seen as a potential watershed for UN negotiations to be launched, or for the divided island to be partitioned for good.

Tassos Papadopoulos, the incumbent president, who led the campaign against the Annan plan, could be defeated in a run-off against his principal challenger, Demetris Christofias, leader of Akel, the Communist party. Mr Christofias also voted No to the Annan plan, but he is committed to seeking a new deal. So is Yiannakis Cassoulides, the conservative former foreign minister, who is running third. The race is too close to call.

The northern Cypriots are holding their breath. “2008 may be the last opportunity for an international settlement,” says Turgay Avci, foreign minister of the Turkish Cypriot administration. “For so many months we have been told to wait for the elections, because the leadership may change. I don’t think it will make a big difference. What we expect is that whoever wins the election will come to the table for a comprehensive solution.”

Among Greek Cypriots, however, Mr Papadopoulos is seen as the person least likely to make any move. He has the support of nationalists and the Greek Orthodox church in Cyprus, but his truculent negotiating style in the EU has worried those Cypriots who wish to be accepted as “full Europeans”.

“People are worried that no good initiatives have come from Tassos,” says one Greek Cypriot academic. “He is always blocking and blustering. It does not give them any pleasure to be seen as always the awkward customers.”

That does not give Mr Avci much reassurance. “We are isolated,” he says. “We have no free trade. There are no direct flights. There are no cultural or educational openings in the EU. As long as they treat Greek Cyprus as the only power in Cyprus, there will be no solution.”

But at least he will be watching what happens to Kosovo “very quietly, and very closely”.

Source du texte : FINANCIAL TIMES

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mardi, 30 octobre 2007

Cinq questions posées par une intervention turque

dc96860d99412f2e57d5e5308fd3c2fb.jpgL’imbroglio turco-kurde pose de délicats problèmes de principe que passe en revue l’ancien Premier ministre russe Evgueni Primakov. Lequel ne cache pas sa perplexité.

Première question. Une éventuelle action militaire turque – dont les conséquences seraient indéniablement négatives – aurait pour but d’écraser le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit, qui mène des opérations contre la Turquie. Le Premier ministre turc, M. Erdogan, évoquant l’opération dirigée contre les rebelles kurdes, a déclaré qu’aucune des éventuelles répercussions d’une intrusion de son pays en Irak ne l’arrêterait : “Quel que soit le prix à payer, nous le paierons." Peut-on dès lors reconnaître le droit de la Turquie à mener, au-delà de ses frontières, des actions militaires contre des forces qui emploient des méthodes terroristes ?

Deuxième question. Durant de nombreuses années, Ankara a conduit une politique d’assimilation de la population kurde. Les Kurdes étaient même appelés “Turcs des montagnes”, une formule qui niait leur spécificité. A l’heure actuelle, la politique à leur égard a changé, mais les événements ­montrent que cela ne suffit pas à mettre un terme à leur volonté d’autodétermination. Ankara se prononce contre toute forme d’autonomie des Kurdes, défendant le principe d’intégrité territoriale de la Turquie, mais aussi le caractère unitaire de l’Etat turc. L’un des arguments mis en avant est le danger d’encourager les Kurdes au séparatisme si l’autonomie leur était accordée. Face à ces oppositions, faut-il soutenir Ankara dans son attitude sur la question kurde ? Peut-être serait-il possible de prendre parti pour l’intégrité territoriale de la Turquie tout en se prononçant pour le droit des Kurdes de Turquie à l’autodétermination ?

Troisième question. L’intégrité territoriale de l’Irak est déjà en jeu. La majorité de la population veut un Etat unitaire, ainsi que tous les pays voisins. Par ailleurs, on sait très bien que les Kurdes d’Irak ont passé des décennies à lutter pour leur autodétermination nationale. Jusqu’à l’intervention américaine, en 2003, la solution qui prévalait était celle d’un renforcement de l’autonomie des Kurdes au sein de l’Irak. Aujourd’hui, la balance penche vers la création d’un Etat kurde indépendant qui pourrait accueillir, outre les Kurdes d’Irak, ceux de Turquie, ­d’Iran et de Syrie. Selon diverses statistiques, ces quatre pays abriteraient 20 millions à 30 millions de Kurdes. Alors, malgré toute l'importance que l’on accorde à la préservation de l’intégrité territoriale de l’Irak, ­est-il justifié de rejeter les aspirations du peuple kurde et de l’empêcher de créer son propre Etat ?

Quatrième question. La commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants du Congrès américain a voté une résolution qui reconnaît le génocide perpétré par l’Empire ottoman contre les Arméniens. La secrétaire d’Etat Condoleezza Rice et le ministre de la Défense Robert Gates ont lancé un appel commun à ne pas proposer cette résolution au vote. George W. Bush lui-même a appelé à ce qu’elle ne soit pas adoptée. Cette décision, qui a soulevé l’indignation des Turcs, semble bien avoir levé l’obstacle qui empêchait Erdogan de mettre en pratique ses menaces d’entrer en territoire irakien. Que penser des résolutions parlementaires qui jugent le passé sans se préoccuper de rechercher la réconciliation des peuples pour le présent et dans l’avenir ?

Enfin, une cinquième question. Environ 70 % de tout ce dont ont besoin les troupes américaines d’occupation en Irak transite par la Turquie. C’est sans doute l’une des raisons de la grande inquiétude des Etats-Unis vis-à-vis de la tournure prise par les événements. Des émissaires américains se sont rendus à Ankara, mais cela n’a pas permis de résoudre le problème de l’intrusion des troupes turques en Irak. Il est possible que cela pousse Washington à annoncer un plan de retrait de ses troupes d’Irak. Mais est-ce une raison pour soutenir les actions des Turcs ? 

Pour être honnête, j’avoue ne pas trop savoir quoi répondre à toutes ces questions.

 

Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL

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Génocide arménien : la difficulté de trouver une position pour Washington

Il y a 92 ans, le "jeune régime turc" ordonnait l’exécution de leaders et intellectuels arméniens, et les soldats turcs forcèrent la population arménienne à traverser le désert, où plus d’un million d’entre eux mourra de privations ou par baïonnette en essayant de se rebeller.

Cette horreur aida Raphaël Lemkin, un juif polonais, à inventer le terme "génocide", qui se définit non pas par l’extermination d’un groupe entier de population, mais plutôt par un effort constant de détruire ce groupe. Lemkin voulait que le terme –et le point de droit international qui s’en dégagea- dépasse la notion ethnique pour s’appliquer plus largement à un groupe. Sinon, il craignait que le monde attendit la disparition d’un groupe entier de population pour réagir. 

Mais ce mois-ci à Washington, ces faits historiques – qui concernent des évènements survenus sur un autre continent le siècle dernier – suscitent une controverse parmi nos hommes politiques, comme s’ils s’étaient déroulés récemment et sur notre sol. L’enjeu, évidemment, est de savoir si la Chambre des Représentants doit offenser la Turquie en votant une résolution condamnant le "génocide arménien" de 1915. 

Tous les protagonistes jouent le rôle qu’ils jouent depuis des décennies. Le général turc Yasar Buyukanit a averti que si la Chambre votait un tel texte, "nos liens militaires avec les Etats-Unis ne seront jamais plus les mêmes". Ayant reconnu le génocide lors de la campagne présidentielle, le Président Bush a cependant suivi les positions de ses prédécesseurs au bureau ovale, utilisant l’euphémisme de "souffrance tragique" subie par les arméniens, et expliquant aux diplomates et militaires qu’une telle résolution endommagerait sérieusement la relation indispensable des USA avec la Turquie. Au Congrès, les représentants de quartiers peuplés d’arméniens soutiennent le projet de résolution quand ceux qui sont proches du Président ou du Pentagone ne le font pas. La pression officielle a conduit un certain nombre de supporters du projet à se retirer. 

Un élément change pourtant par rapport à ce que nous connaissons depuis des décennies : les menaces turques ont plus de crédibilité aujourd’hui que dans le passé. C’est vrai en particulier à cause de la guerre en Irak et de l’importance stratégique prise par la Turquie vis-à-vis de Washington. Près de 70% des avions américains transitent par la Turquie, ainsi que le tiers du carburant utilisé par les troupes US. Cela dit, même si la Turquie réagit négativement sur le court-terme, la reconnaissance du génocide est une bonne chose, et ce pour 4 raisons. 

D’abord, elle dit la vérité, et les Etats-Unis seraient le 24ème pays à reconnaître ce fait officiellement. En pesant contre la résolution, George W. Bush n’a pas hésité à contredire les faits. Une administration qui a montré si peu de considération pour la vérité demande donc ouvertement au Congrès de la rejoindre dans son déni d’honnêteté. Il aurait été inconcevable que lorsque les Etats-Unis se sont alliés à l’Allemagne de l’Ouest contre l’URSS, Washington n’ait pas condamné l’holocauste. 

Ensuite, plus le temps passe, plus l’ampleur de l’éventuel conflit augmente dans le cadre d’une relation bénéfique avec la Turquie. Beaucoup de dirigeants américains (et même d’officiels turcs) admettent en privé souhaiter que les Etats-Unis aient reconnu le génocide il y a des années. Les survivants arméniens sont en train de disparaître, mais leurs descendants continuent le combat. Le dynamisme et la volonté de la diaspora arménienne augmentent au lieu de diminuer. 

De plus, l’apport américain à la Turquie est beaucoup plus important que l’inverse. En effet, les USA ont fait entrer la Turquie dans l’OTAN, financent son armée et soutiennent sa candidature à l’entrée dans l’Union Européenne. Washington a récompensé la Turquie en lui décernant le titre de "nation la plus favorisée", résultat d’un volume d’échanges de 7 milliards de dollars annuels, et de 2 milliards d’IDE américains. Seuls Israël et l’Egypte dépassent la Turquie dans le montant de l’aide américaine. 

Enfin, et malgré toute l’aide fournie par Ankara lors de l’invasion américaine en Irak, la Turquie a rejeté la demande américaine d’utiliser certaines de ses bases pour lancer cette invasion, et a également ignoré les protestations américaines en massant 60.000 soldats à la frontière irakienne en prévision d’une probable attaque du Kurdistan irakien. Autrement dit, alors que la Turquie invoque la résolution sur le génocide pour ignorer les demandes américaines, on voit bien qu’elle a un long passé dans la négation des requêtes de Washington quand cela l’arrange. 

Pour revenir en 1915, quand Henry Morgenthau, alors ambassadeur américain en Turquie, protesta face aux atrocités commises contre le peuple arménien auprès du Ministre turc de l’Intérieur, celui-ci fut surpris : "Pourquoi êtes-vous si intéressés par les arméniens ? Nous traitons correctement les américains". Alors qu’il est indispensable de s’assurer que la Turquie continue à "traiter correctement les américains", une relation stable et constructive pour le XXIème siècle ne peut être basée sur un mensonge.

 

Samantha POWER

TIME MAGAZINE (26 oct 2007)

Traduction : Benjamin LALANNE

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mercredi, 24 octobre 2007

Kurdistan : l’invasion serait un désastre militaire

f79a866c555a2cb25af25ea6bf29ed73.jpgEnvahir le Kurdistan et combattre une guérilla dans les montagnes ne sera pas une partie de plaisir, avertit le site Kurdish Media.

Depuis des années, la Turquie tient un discours musclé à propos des Kurdes d’Irak. Cette rhétorique guerrière a toujours eu une vocation principalement intérieure (destinée aux oreilles des seuls Turcs), ne débordant pour ainsi dire pas au-delà des frontières de la République. Toutefois, depuis que le Parlement a voté en faveur d’une invasion turque de l’Irak [le 17 octobre], les menaces d’Ankara font la une des journaux du monde entier.

L’invasion de l’Irak par la Turquie pourrait avoir l’un des deux objectifs suivants :

1. Ecraser le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en mettant hors d’état de nuire un grand nombre de ses combattants et en neutralisant sa base dans les montagnes de Qendil.

2. Détruire le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) parce qu’il a refusé d’agir contre le PKK. 

Pour l’instant, il semble que les Turcs écartent totalement le second objectif. Mais il n’en reste pas moins que le premier est déjà tout à fait irréalisable. De nombreuses raisons permettent de comprendre pourquoi une invasion turque de l’Irak visant à écraser le PKK non seulement serait vouée à l’échec, mais serait en outre désastreuse pour les Turcs.

Nous vivons à l’ère de l’information instantanée. Tous les coins du monde ont accès à Internet. Même les plus démunis, surtout au Moyen-Orient, ont un téléphone portable et envoient chaque jour de nombreux messages. Il est beaucoup plus difficile de dissimuler de sinistres secrets qu’il y a dix ans, et cela vaut pour les pertes subies comme pour les violations des droits de l’homme. Les massacres et les attaques sauvages menés par les forces turques contre les villages kurdes dans les années 1980 et 1990 seraient beaucoup plus difficiles à perpétrer à notre époque. Une invasion à grande échelle du Kurdistan irakien ou une longue campagne de frappes aériennes sur les montagnes de Qendil entraîneraient inévitablement des pertes dans la population civile. Les images des souffrances du peuple kurde, des paysans de la région de Berwari, près de la frontière turque, aux villageois de Qendil, des gens qui ont déjà tant souffert dans un passé récent [notamment le gazage de la ville kurde de Halabjah, dans les années 1980], seraient diffusées dans le monde entier. La communauté internationale risque de ne guère apprécier le spectacle de pauvres paysans brutalisés par une armée de l’OTAN en uniformes flambant neufs et munie de fusils américains. 

7904ae9268fb3acce852d765ece3dac3.jpgConfrontés à une opération ambitieuse des Turcs, les petits groupes de combattants du PKK se contenteront de disparaître dans la nature, ne laissant qu’une seule cible évidente aux troupes d’Ankara : les montagnes de Qendil, cette chaîne où se trouve la principale base du PKK. Mais ces hauteurs, à cheval sur la frontière irano-irakienne, ne constituent pas un objectif facile. C’est au contraire une des régions les plus rudes du Kurdistan. Des routes sinueuses, ou plutôt des sentiers n’ayant qu’une ressemblance lointaine avec des routes, que seuls peuvent emprunter des spécialistes du 4 x 4, relient entre elles les parties relativement isolées du camp. Dans les montagnes, la plupart des déplacements se font à pied, par des chemins que les combattants expérimentés sont les seuls à connaître. Si l’un d’entre eux peut y progresser de nuit sans difficulté apparente, tout visiteur risque fort de se perdre, s’il n’a toutefois pas d’abord succombé à l’épuisement.

Le réseau de camps du PKK est dissimulé dans ces montagnes. Il est difficilement repérable depuis les airs, et un tir de missiles sur les montagnes entraînerait probablement plus de pertes civiles qu’il ne toucherait les combattants du PKK. Compte tenu de la nature dispersée de ces derniers, qui essuient depuis des années des frappes de missiles turcs et iraniens, ces opérations n’auraient que des résultats négligeables. Dans le même temps, il est fort peu probable que les hélicoptères envoyés sur zone puissent rentrer de mission. Lors de l’invasion soviétique de l’Afghanistan, autre rude région montagneuse qui a connu bien des combats au fil des ans, les hélicoptères étaient surnommés les “cercueils volants” par les combattants afghans. 

60936e482c83b3fcdb7d0b7ac894b74e.jpgLa seule façon pour les Turcs de marquer des points contre le PKK serait de déployer une force terrestre dans les montagnes de Qendil, ce qui serait difficile pour un certain nombre de raisons et, comme toutes les campagnes de ce type contre des unités de guérilla, s’avérerait particulièrement sanglant. Pour commencer, il ne serait pas facile d’atteindre Qendil, la région étant située à plusieurs heures de la frontière turco-irakienne. Le largage de soldats, action qui exaspérerait le GRK, nécessiterait au moins, peut-on supposer, l’approbation des Etats-Unis, auxquels les Turcs avaient refusé leur soutien lors du déclenchement de la guerre contre le régime de Saddam Hussein. Le déplacement de soldats par voie terrestre prendrait beaucoup de temps, puisqu’il faut plus de cinq heures pour rallier Qendil depuis la frontière turque. Or les chars et les véhicules de transport de troupes roulent beaucoup moins vite. 

Le mouvement des forces turques dans la région de Qendil pose soi d’énormes problèmes à la Turquie. Questions de temps et de coût mises à part, Ankara se retrouverait évidemment en terrain hostile, car les civils et les unités de sécurité du Kurdistan irakien ne portent pas les forces turques dans leur cœur. Dans le même temps, il serait extrêmement difficile d’étirer les lignes de ravitaillement depuis la frontière turque jusqu’à Qendil. Si les médias turcs sont occupés à attiser la frénésie sanguinaire de la population, il faut partir du principe que les généraux turcs, eux, sont des militaires professionnels qui savent qu’une campagne militaire au Kurdistan irakien, et en particulier à Qendil, serait plus rude qu’ils ne l’admettent officiellement. Le temps nous dira si tel est bien le cas.

Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL / KURDISH MEDIA

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lundi, 22 octobre 2007

La Turquie sur le sentier de la guerre

b83e98fe83a98d0be7568bb9fdd555a2.jpgAprès les violents combats qui ont opposé rebelles du PKK et soldats turcs à la frontière entre l'Irak et la Turquie, le premier ministre Erdogan a convoqué une réunion de crise à Ankara.

Une étape supplémentaire vient d'être franchie dans l'escalade militaire à la frontière turco-irakienne. Ce week-end, l'armée turque a enregistré de très lourdes pertes : au moins 12 engagés ont trouvé la mort au cours des combats qui se déroulent dans les montagnes de la province d'Hakkari à proximité de l'Irak et de l'Iran. C'est le plasticage d'un pont au passage d'un convoi militaire qui a provoqué la mort des soldats, selon les chaînes de télévision. 32 rebelles ont également été tués, assure l'état-major. En marge des heurts, l'explosion d'une mine sur une route du Sud-Est a fait 17 blessés parmi les passagers d'un minibus qui se rendaient à une cérémonie de mariage. Et, dimanche soir, l'incertitude régnait sur le sort de soldats portés disparus. 

Un porte-parole du mouvement séparatiste, à Erbil, dans la région autonome du Kurdistan irakien, a affirmé que plusieurs d'entre eux avaient été pris en otages dans la nuit de samedi à dimanche. Mais Vecdi Gönül, le ministre de la Défense, a démenti cet enlèvement. Ce nouveau pic de violence attribué au PKK place le gouvernement, accusé de faiblesse par l'opinion publique, dans une situation de plus en plus délicate. 

Le référendum, qui se déroulait dimanche en Turquie, sur une réforme constitutionnelle prévoyant l'élection du président de la République au suffrage universel a été totalement éclipsé. 

Le oui l'a emporté à 72 %, sur la base de deux tiers des bulletins dépouillés. Dans la soirée, le premier ministre a convoqué en urgence les généraux et plusieurs de ses ministres afin de décider d'une possible riposte. "Nous déciderons après cette réunion quel genre de mesures nous adopterons", a annoncé Recep Tayyip Erdogan. Il a laissé entendre qu'une réplique immédiate n'était pas à l'ordre du jour : "Nous agirons dans le calme." Ces derniers affrontements interviennent quatre jours après le feu vert donné par le Parlement turc au lancement d'une opération transfrontalière. Le chef du gouvernement avait alors déclaré qu'il espérait ne pas avoir à se servir de cette autorisation, valable un an.

 

8eeead85e1795693b07db520345baea2.jpgMise en garde irakienne

Mais Rusen Cakir, journaliste au quotidien Vatan et fin connaisseur de la question kurde, soulignait que cette motion pouvait "tout aussi bien être une arme à même d'affaiblir cette organisation (le PKK, NDLR) que se retourner comme un boomerang contre ses initiateurs".

Prédisant de nouvelles attaques des séparatistes kurdes qui forceraient le gouvernement à y recourir. Quelques heures après l'annonce des pertes dans les rangs de l'armée, l'extrême droite appelait à la vengeance au cours de rassemblements organisés dans plusieurs grandes villes. Dans le centre d'Istanbul, un millier de manifestants ont scandé des slogans haineux. "Nous allons attaquer le Parlement ! Nous allons pendre le PKK", hurlait une foule jeune, bras levé, index et petit doigt tendus pour faire le signe des Loups gris, une milice ultranationaliste. 

À la frontière turco-irakienne, l'armée poursuivait sa traque contre le PKK, soutenue par des hélicoptères de combat et l'artillerie lourde. "63 cibles en coordination avec les mouvements de troupes" étaient visées, selon un communiqué de l'état-major. 

Face aux menaces d'intervention de l'armée turque, les autorités irakiennes ont multiplié les mises en garde. "Nous n'allons pas nous laisser prendre dans la guerre entre le PKK et les Turcs, mais si la région du Kurdistan est visée, nous défendrons la population", a prévenu Massoud Barzani, le président de la zone kurde. Quant au président irakien, Jalal Talabani, un des leaders historiques du mouvement kurde en Irak, il a demandé au PKK de déposer les armes ou de quitter le territoire irakien, lors d'une conférence de presse à Erbil. Mais il a également précisé qu'il ne livrerait "jamais" les chefs du PKK à Ankara. Une réponse aux récentes déclarations de M. Erdogan. Vendredi, le premier ministre avait mis les cartes sur la table pour éviter une opération militaire : "Ce qui nous satisferait, c'est la fermeture de tous les camps du PKK, y compris leurs camps d'entraînement, et la livraison de leurs chefs terroristes." La Turquie demande depuis des mois à Washington et à Bagdad d'arrêter les cadres du mouvement séparatiste, qui organisent la guérilla depuis leurs bases arrières dans les monts Qandil, de l'autre côté de la frontière, sans jamais obtenir le moindre résultat.

Source du texte : FIGARO.FR

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vendredi, 19 octobre 2007

L'armée turque au bord du bourbier irakien

0d8a43efc1b6d14c71fd307c23684e74.jpgLa menace brandie par Ankara de frapper les rebelles kurdes retranchés dans le Kurdistan irakien va à l'encontre de la stratégie américaine de stabilisation de l'Irak. S'agit-il d'une manœuvre destinée à bloquer le vote américain sur le génocide arménien ? Et la question kurde, dans tout ça ? La presse turque s'interroge. 

"Le gouvernement turc peut désormais envoyer à tout moment l'armée dans le nord de l'Irak", écrit Güngör Mengi dans Vatan. En effet, mercredi 18 octobre, le Parlement turc a donné à une écrasante majorité son feu vert à une intervention dans le Kurdistan irakien. "Cette décision ne signifie pas nécessairement que nous allons immédiatement entrer en guerre. Ce vote, qui traduit la détermination d'Ankara, devrait avoir un effet dissuasif ; plutôt que d'annoncer la guerre, il peut avant tout être un signe en faveur de la paix. Il n'y qu'à voir ceux qui, dans le nord de l'Irak se donnaient, il y a peu de temps encore, des allures de faucons et qui ont soudainement, dans le contexte de la réaction turque, adopté un discours beaucoup plus conciliant. Quant aux Américains, qui ne voient pas d'un bon œil pareille intervention, mais qui n'ont pas hésité à envahir l'Irak au prétexte de la 'lutte contre le terrorisme', que diraient-ils si des terroristes d'Al-Qaida, basés dans des camps au Mexique, traversaient la frontière pour attaquer le Texas avant de retourner dans leurs bases ?" poursuit le quotidien proche de la gauche libérale. 

Ce vote a aussi une portée à long terme, car "la Turquie a pris un engagement qui garantit son honneur national. Toute nouvelle attaque entraînera désormais une réaction forte. Toutefois, à moins d'une provocation majeure, il ne faut pas s'attendre à une action militaire d'envergure avant la rencontre prévue le mois prochain entre le Premier ministre Erdogan et le président américain George W. Bush." 

Les relations bilatérales turco-américaines sont au cœur de la nouvelle stratégie turque. Taha Akyol, dans Milliyet, voit déjà les effets indirects mais concrets de ce vote dans le fait qu'aux Etats-Unis le projet de loi arménien [sur la reconnaissance du génocide adopté le 10 octobre par une commission du Congrès américain] vient d'être mis au placard sans être envoyé en séance plénière de la Chambre des représentants. Le vote du Parlement turc se révèle donc déjà tout à fait payant. 

Hasan Cemal, dans le même quotidien Milliyet, est toutefois plus circonspect quant aux bénéfices d'une possible intervention turque en Irak. "Imaginons que nous ayons traversé la frontière avec tanks et canons et que nous occupions tout le nord de l'Irak. Cela signifierait-il que la question kurde ne se pose plus ? Imaginons encore que nous avons écrasé le PKK mais aussi mis un terme au processus de création d'un Etat kurde mené par Barzani et Talabani dans le Kurdistan irakien. La question kurde, telle qu'elle se pose chez nous, serait-elle alors résolue ? Bien sûr que non ! C'est parce qu'il y a une question kurde qu'il y a le PKK, la violence et le terrorisme. Le PKK n'est que la conséquence. Que ferez-vous donc avec la question kurde lorsque vous en aurez fini avec le PKK ? Tant qu'on ne cherchera pas une réponse, forcément multiple et complexe, à cette question, il sera très difficile de sortir la Turquie de l'impasse dans laquelle elle se trouve aujourd'hui."

Source du texte : COURRIER INTERNATIONAL

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Une opération armée turque en Irak portera atteinte aux intérêts russes

Si l'armée turque lance une opération dans le Nord de l'Irak, un nouveau pôle d'instabilité apparaîtra aux frontières de la Russie, estime Léonid Ivachov, président de l'Académie russe des problèmes géopolitiques. 

Lundi dernier, le gouvernement turc a demandé au parlement l'autorisation d'effectuer, en Irak du Nord, une opération contre les militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui luttent les armes à la main pour l'indépendance des Kurdes. Il arrive souvent que les combattants du PKK franchissent la frontière pour attaquer les territoires sud-est de la Turquie. Ces deux dernières semaines, les affrontements dans cette région ont fait 30 morts parmi les militaires turcs. Au total 40.000 personnes ont péri dans ce conflit qui se poursuit depuis 1984. 

"Qu'obtiendra la Russie en cas d'opération militaire turque ? Nous obtiendrons à nos frontières une vaste zone d'instabilité, de risques et de défis qu'il nous sera très difficile de maîtriser", a affirmé M. Ivachov. 

"Nous subissons déjà les effets de l'instabilité dans cette région", a-t-il ajouté. 

D'après lui, cette opération "affectera les territoires du Caucase et de la Caspienne, ce qui ne tardera pas à perturber le fonctionnement des pipelines". 

Selon les experts russes, l'opération militaire de la Turquie contre les combattants kurdes est pratiquement inévitable. M. Ivachov est persuadé qu'elle répond aux intérêts des Etats-Unis. 

"L'attaque de la Turquie contre les Kurdes est tout à fait probable : elle servira à détourner l'attention de la communauté mondiale des actions actuelles des Etats-Unis en Irak", estime l'expert. 

A son avis, la Turquie est "l'un des acteurs du jeu qui a pour but de déstabiliser la situation au Grand et au Moyen-Orient". 

La Turquie "réagit actuellement à la situation qui s'est créée en Irak lui-même et qui se traduit par l'affaiblissement du régime politique irakien et la séparation du Kurdistan, pour le moment en qualité de région autonome", a assuré le président de l'Académie des problèmes géopolitiques. "Inutile de dire que ces processus sont encouragés par les Etats-Unis qui agissent selon le principe "diviser pour régner", a-t-il conclu. 

A son tour, le président de l'Institut du Proche-Orient Evguéni Satanovski est également persuadé que l'opération de la Turquie en Irak est inévitable. Selon lui, ce sera une opération militaire très sérieuse menée à grand renfort d'artillerie, d'aviation et de troupes terrestres". 

"Nous ignorons combien de temps prendra cette opération. Mais d'ores et déjà on peut dire qu'elle sera dévastatrice pour le Kurdistan irakien", a supposé M. Satanovski. 

D'après lui, ni le président, ni le parlement, ni le parti au pouvoir en Turquie ne veulent se quereller avec les généraux. 

"Si à un moment où le pays se trouve menacé (et la Turquie est réellement menacée par le Kurdistan irakien), le gouvernement refuse de soutenir l'armée, celle-ci se trouvera un autre gouvernement", a affirmé M. Satanovski. 

Certes, estime le président de l'Institut du Proche-Orient, cette tournure des événements ne manquera pas d'envenimer les relations entre la Turquie et les Etats-Unis. 

"Mais si le parlement turc met les intérêts américains au-dessus de la sécurité du pays (c'est-à-dire s'il refuse de soutenir la proposition d'intervenir en Irak), la Turquie aura un autre parlement", a poursuivi M. Satanovski. "Les parlementaires et les ministres turcs le comprennent parfaitement", a-t-il constaté.

Source du texte : RIA NOVOSTI

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lundi, 08 octobre 2007

La Turquie exige des explications d'Israël à propos de son raid aérien contre la Syrie

En visite officielle dans l'Etat hébreu, le chef de la diplomatie turque Ali Babacan a ouvert ses discussions avec les dirigeants israéliens dimanche, surprenant ses interlocuteurs en exigeant en public qu'Israël divulgue des détails sur un raid aérien mené contre une cible syrienne le mois dernier, près de la frontière turque. 

La Turquie a déclaré avoir découvert des réservoirs de carburant sur son territoire après le raid de l'aviation israélienne, le 6 septembre dernier, ce que M. Babacan a qualifié d'"inacceptable". Israël, de son côté, est resté très discret sur les circonstances de cette opération, n'avouant son existence que la semaine dernière. 

"Pendant ma visite en Israël, j'attends une explication de ce qu'il s'est passé, et pourquoi cela s'est passé", a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères lors d'une conférence de presse conjointe à l'issue d'une rencontre avec le président israélien Shimon Perès. 

Le dirigeant israélien est alors intervenu pour mettre un terme aux questions des journalistes. 

"Je suggère de ne pas trop rentrer dans les détails", a-t-il déclaré. 

Les déclarations du ministre turc interviennent après sa visite à Damas, dans le cadre d'une tournée proche-orientale. Plus tôt dans la journée de dimanche, il avait tenu à assurer en Syrie que la Turquie n'avait d'aucune manière été associée au raid aérien qu'a mené son allié israélien. 

La Turquie entretient de bons liens avec Israël et la Syrie, et M. Babacan a déclaré à Damas qu'il souhaitait oeuvrer pour la paix entre les deux voisins, dont les relations se sont tendues davantage après le raid aérien de septembre. 

M. Babacan a également rencontré son homologue israélienne Tzipi Livni dimanche, et doit se rendre en Cisjordanie lundi pour une réunion avec le président palestinien Mahmoud Abbas, entre autres responsables.

Source du texte : LA PRESSE CANADIENNE

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vendredi, 14 septembre 2007

Turquie : Paris pourrait lever l'obstacle du référendum

6de71bdf567a30e3d245522e0d9a0845.jpgLe secrétaire d'État aux Affaires européennes suggère de s'exonérer de l'actuelle règle constitutionnelle pour les nouvelles adhésions.

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lundi, 03 septembre 2007

Le génocide arménien, un tabou israélien

f8263e71035a14785145329be5cbab6e.jpgUne organisation juive américaine a décidé de reconnaître le génocide arménien. Ehoud Olmert a désavoué cette prise de position pour préserver ses bonnes relations avec la Turquie.

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mardi, 21 août 2007

Erdogan invite l'armée à ne pas intervenir

4b12c110c6b7cc0d9ac7361af0ee9681.jpgLe Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé que l'armée devait se tenir à l'écart de la politique, alors que le Parlement s'apprête à élire un président de la République issu de la mouvance islamiste, a rapporté mardi l'agence de presse Anatolie.

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mardi, 26 juin 2007

Le spectre de l'état d'urgence resurgit chez les Kurdes turcs

6d6a0ab7ed9e1da3e0cc89032be35b80.jpgL'armée turque a décrété depuis le 9 juin des zones de sécurité dans le Sud-Est pour traquer les rebelles du PKK.

Les garçons  dansent en ronde ; les filles, le foulard blanc traditionnel rejeté en arrière, sautent les bras en l'air et reprennent en chœur les paroles. La jeunesse de Sirnak a pris d'assaut la place principale pour assister au concert organisé par la municipalité : les chanteurs s'y produisent en langue kurde, un droit culturel acquis grâce à l'Union européenne. Mais les festivités sont strictement encadrées : un blindé léger est posté à l'entrée du concert et des policiers en civil se mêlent au public. « Ça grouille de partout, lâche un jeune, la nouveauté c'est qu'ils se promènent avec leur pistolet en évidence à la ceinture. » Derrière la scène, les montagnes qui se dessinent comme des ombres chinoises dans le soleil couchant sont quadrillées par les militaires.

La petite ville du Sud-Est turc, proche de la frontière irakienne, se trouve dans l'une des trois provinces où l'armée a décrété le 9 juin des zones de sécurité pour traquer les rebelles kurdes du PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan). Cette mesure spéciale fait resurgir le spectre de l'état d'urgence qui frappa la région aux heures les plus sanglantes de la guerre civile dans les années 1980-1990 qui fit 37 000 morts. Depuis le printemps, la multiplication des attaques contre des soldats, attribuées au PKK, les menaces d'intervention des forces turques dans le nord de l'Irak entretiennent une crainte diffuse dans la population et nourrissent la colère des plus radicaux. Hier, les autorités ont annoncé que six rebelles avaient été tués lors d'accrochages avec des militaires dans l'est du pays ce week-end.

Au-dessus d'un garage de fortune, dans le local du DTP (Parti pour une société démocratique), la vitrine politique du PKK, les anciens ont repris les réflexes des années sombres : l'anonymat est de rigueur dans l'assemblée. « Nous sommes tous des cousins du PKK », lance un homme qui a « un fils dans la montagne ». Ici, tout le monde déplore la détérioration de la situation. Et accuse l'armée d'en être l'unique responsable. « Le PKK ne fait que se défendre, il réagit à la provocation. Pourquoi ne demandez-vous pas le nombre de tués dans ses rangs ? Eux aussi sont des martyrs ! », s'offusque son voisin. Il y a quinze jours, une manifestation a été organisée dans les rues de Sirnak par l'Association des familles de martyrs (le nom donné aux soldats et aux gardiens de village - les supplétifs de l'armée -, morts en combattant les « terroristes ») pour réclamer un déploiement de l'armée dans la région autonome du Kurdistan d'Irak, où est retranchée une partie de la guérilla.

 

Réflexes des années sombres

Mehmet Düngör, le président de l'association, a épinglé dans son bureau une carte englobant tous les pays turcophones, sur lesquels règnent Gengis Kahn et Attila. Un condensé de la mythologie pantouranique qui exalte la supériorité de la race turque. « Le problème entre les Kurdes et les Turcs n'existe pas, il n'y a que des Turcs unis sous le drapeau turc », déclare-t-il en cliquant sur des photos de bébés éventrés que montre son ordinateur, pour donner du poids à sa démonstration sur « les atrocités commises par le PKK ». Mehmet Düngör, qui jure compter treize « martyrs » dans sa famille, assure que « 20 000 personnes sont venues manifester contre la terreur ».

Une provocation pour le maire de Sirnak, Ahmet Ertak : « Il n'y avait que des gens qui travaillaient pour l'armée, essentiellement des gardiens de village. » Selon cet édile pro-DTP, moustache bonhomme et discours imperturbable malgré l'hélicoptère qui passe devant sa fenêtre, « la peur de la Turquie face à la construction d'un État kurde en Irak » explique la multiplication des opérations.

Si les rangs se resserrent derrière le PKK en période trouble, toute la population est loin de lui apporter un soutien aveugle. Même s'il se trouve peu de volontaires pour le dire. À voix basse, dans un restaurant de grillades, à une heure creuse de l'après-midi, Ahmet et Mahmut  renvoient dos-à-dos les belligérants : « Pour déstabiliser l'AKP (le parti islamo-conservateur au pouvoir), l'armée et les nationalistes ont joué les cartes de Chypre, des Arméniens, du danger islamiste et maintenant celle des Kurdes. Ils sont prêts à créer le chaos pour garder le pouvoir. De son côté, le PKK manipule aussi les gens. C'est comme les fidèles des leaders religieux, on ne conteste pas les décisions. » Un inconnu s'installe à une table à proximité. Fin de la conversation.

À la terrasse du jardin à thé surplombant la vallée, les vieux paysans ont les yeux couleur de miel comme les terres qu'ils ont dû abandonner. « Ils ont remis des mines partout, nous n'osons plus sortir de la ville », se plaint l'un d'eux. Vaches, ânes, oies, les ruelles tortueuses de Sirnak ressemblent à une basse-cour citadine. Dans les années 1990, l'armée a vidé les villages dans les montagnes alentours. Les hommes et les bêtes sont venus se réfugier en ville.

Dès la sortie de Sirnak, les check-points se multiplient. Les flancs des montagnes ont été réquisitionnés : on peut y lire en grandes lettres des slogans comme « La nation est indivisible », ou « Heureux celui qui se dit Turc ». Planté près d'une guérite, un panneau vante le financement par l'Union européenne d'un programme d'aide à la production laitière. « Avec les réformes de l'Europe, nos droits ont augmenté et nous avons peur de tout perdre, l'espoir du changement avec », résume Fikret Kaya, le maire de Tasdelen. Le jeune représentant de ce hameau à quelques encablures de l'Irak s'accroche au printemps européen et repousse la menace d'une guerre régionale contre le Kurdistan irakien : « Les gens de l'ouest de la Turquie (les pro-interventions) doivent comprendre qu'ils sont dans le même bateau que ceux de l'est. S'il y a un trou, nous coulerons tous ensemble. »

Source du texte : FIGARO.FR 

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samedi, 09 juin 2007

Les militaires turcs piétinent à la frontière irakienne

La rumeur d'une incursion de l'armée turque, mercredi, dans la province kurde au nord de l'Irak, démentie par Ankara, fait monter la pression dans la région.

fabf5c566abf2ec20d1524386bdc9adc.jpgDes milliers de soldats pénétrant, mercredi, dans le nord de l'Irak pour traquer les séparatistes kurdes du PKK : l'annonce d'un déploiement de troupes turques de l'autre côté de la frontière a mis toute la région en alerte. Les démentis se sont succédés à Ankara, Bagdad et Washington. Mais hier, des sources militaires s'exprimant sous le couvert de l'anonymat dans la presse turque, faisaient état de 600 soldats lancés à la poursuite de rebelles dans les montagnes irakiennes. Y a-t-il vraiment eu une opération de l'armée ou s'agit-il d'un ballon-sonde lancé pour "tâter le terrain" et tester la réaction de la communauté internationale, comme l'a suggéré l'un des chefs de la guérilla kurde retranché en Irak, Bahoz Erdal ?

Cette rumeur renforce dans tous les cas la menace d'une action militaire, brandie depuis des semaines, côté turc. "En tant que soldats, nous sommes prêts", avait annoncé le chef de l'état-major, Yasar Büyükanit, le 31 mai. L'armée, soutenue par le Parti républicain du peuple (CHP), la gauche nationaliste, veut s'engager dans la région autonome du Kurdistan irakien. Et le moindre mouvement de troupes à la frontière est interprété comme des préparatifs ou comme le moyen de faire pression sur l'Irak et les États-Unis, l'hypothèse la plus probable.

Mercredi, trois commandants des forces armées, appuyés par des hélicoptères, ont effectué une revue des effectifs postés à la lisière irakienne, détaillait par exemple le quotidien Hürriyet.

Depuis le début de la guerre engagée contre le PKK, les opérations d'envergure de l'armée turque sur le territoire irakien ne sont pas rares. Plus d'une vingtaine ont été recensées depuis 1984, et la dernière de grande ampleur remonte à 1997, quand 50 000 hommes avaient été déployés. Mais traditionnellement l'état-major se garde de médiatiser ces mouvements dans le pays voisin. 

 

L'armée est à cran

Contrairement à l'habitude, le scénario actuel a été fortement médiatisé, ce qui n'empêche point le flou sur les motivations de l'opération, sujettes à diverses interprétations : en finir avec les 3 500 rebelles du PKK retranchés dans les montagnes du nord irakien et qui s'infiltrent en Turquie dès la fonte des neiges du printemps, empêcher la création d'un Kurdistan indépendant, sa hantise, ou déstabiliser le gouvernement d'Erdogan à un mois et demi des élections législatives...

Depuis l'attentat suicide à Ankara le mois dernier, qui a fait huit morts et qui a été attribué au PKK, l'armée est à cran. Lundi, l'attaque à la grenade dans une caserne dans la province de Tunceli qui a coûté la vie à sept gendarmes lui a donné un argument supplémentaire pour passer à l'offensive. Hier, trois soldats turcs ont été tués par l'explosion d'une mine.

Ankara, exaspéré par l'absence de résultats dans la lutte contre le PKK, promise par Bagdad et Washington, menace donc de passer outre le veto américain, qui cherche à ménager ses alliés kurdes en Irak. Les militaires et le gouvernement turcs, déjà engagés dans un bras de fer électoral, s'affrontent maintenant sur le terrain du terrorisme kurde. Mercredi soir, le premier ministre Recep Tayyip Erdogan a rappelé l'armée à l'ordre : "Une décision du Parlement est nécessaire au déclenchement d'une opération transfrontalière." Tout en ajoutant que toute incursion ne serait pas obligatoirement rendue publique. Dans la matinée, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères avait marqué la différence du gouvernement avec la revendication des militaires, en jouant la carte de l'apaisement. Levent Bilman avait fait part d'un dialogue possible avec les responsables du Kurdistan autonome s'ils acceptaient de mener "des actions sérieuses contre les terroristes" du PKK.

En revanche, dans le sud-est du pays, à majorité kurde, les militaires sont déjà entrés en action. 50 000 hommes y pourchassent le PKK et ont déjà tué 67 de ses membres depuis avril. Et le spectre de l'état d'urgence, levé en 2002, a fait sa réapparition : près de la frontière, dans les régions d'Hakkari, Siirt et Sirnak, des zones viennent d'être bouclées par l'armée et interdites d'accès.

Source du texte : FIGARO.FR 

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lundi, 04 juin 2007

L'armée turque envoie des renforts à sa frontière avec l'Irak

La Turquie a entrepris de dépêcher des renforts de troupes et de matériel militaire à sa frontière avec l'Irak alors que le débat fait rage dans le pays sur l'opportunité de lancer une offensive transfrontalière contre les rebelles kurdes.

d060473ae97d61a69ffc7b8ce6fdaf82.jpgL'armée turque a expliqué que le renforcement de son dispositif à la frontière était une mesure habituelle durant la saison estivale destinée à empêcher toute infiltration des combattants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) depuis leurs bases dans le nord de l'Irak.

Depuis des semaines, les chaînes de télévision turques diffusent des images de camions militaires se dirigeant vers la frontière avec le Kurdistan irakien et de trains acheminant des chars et des armes dans la zone.

"Le PKK doit être éliminé en tant que problème entre l'Irak et la Turquie", a déclaré l'envoyé spécial turc en Irak, Oguz Celikkol, lors d'un entretien à la chaîne CNN-Türk. Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a appelé mardi les Etats-Unis et l'Irak à détruire les bases du PKK dans le nord de l'Irak et n'a pas exclu une opération turque transfrontalière.

Par la voix de son porte-parole Levent Bilman, le ministère turc des Affaires étrangères a exhorté l'Irak mercredi à prendre "les mesures nécessaires pour arrêter les activités des terroristes par tous les moyens". A la question de savoir si les autorités irakiennes avaient été informées de la possibilité d'une opération transfrontalière d'Ankara, M. Bilman a répondu : "Une telle décision est uniquement du ressort de la Turquie. Nous n'avons pas à (en) informer qui que ce soit."

Ce type d'opérations a produit des résultats mitigés par le passé, de nombreux militants se cachant lors des incursions des troupes turques. Selon Ankara, jusqu'à 3.800 rebelles sont basés en Irak et jusqu'à 2.300 opèrent sur le sol turc.

De leur côté, les mouvements kurdes qui dirigent le nord de l'Irak menacent de résister à toute incursion militaire turque.

L'armée turque affirme avoir tué 10 rebelles dans le sud-est de la Turquie depuis lundi. Le conflit qui oppose les forces turques aux séparatistes kurdes depuis 1984 a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts.

Source du texte (30 mai 2007) : NOUVEL OBS.COM 


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mardi, 01 mai 2007

Les militaires à nouveau tentés par le coup d'État

Les militaires ont adressé aux islamistes un ultimatum d'une rare virulence qui laisse planer le risque d'un coup d'État. 

medium_erdogan6.jpgC'est la guerre des képis contre le turban, la version turque du foulard islamique. Une guerre de position avec ultimatum électronique et menace de coup d'État virtuel. Après des mises en garde feutrées, l'armée a engagé l'épreuve de force contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan. L'institution militaire est sortie de ses gonds vendredi soir dans un communiqué diffusé sur son site Internet après le premier tour de l'élection présidentielle remporté par Abdullah Gül, le candidat du Parti de la justice et du développement (AKP).
 
Inattendue à cet instant précis, la déclaration des forces armées a frappé les esprits en raison de la virulence des mots employés. Les généraux d'Ankara ont menacé sur un ton belliqueux de lancer un putsch pour défendre leur conception de la République proclamée par Mustapha Kemal en 1923 sur les ruines de l'empire ottoman. "En cas de nécessité, les forces armées turques exprimeront clairement et nettement leur position et agiront en conséquence. Nul ne doit en douter ", dit le texte. Ils ont également défini l'adversaire à combattre : "Tous ceux qui s'opposent à la conception » Heureux qui se dit turc du grand fondateur de notre république Atatürk sont les ennemis de la république et le resteront."
 
Coup d'État postmoderne
 
Mise en ligne nuitamment, la mise en demeure a réveillé dans la population la crainte d'un coup d'État. Les anciens ont dressé un parallèle avec les prémices du pronunciamiento de 1960 qui avait permis de maintenir au pouvoir la bureaucratie civilo-militaire de l'époque. Les plus jeunes se sont souvenus du mémorandum du 28 février 1997 adressé par l'armée au gouvernement islamiste de Necmettin Erbakan. Celui-ci avait dû plier bagage sans demander son reste, puis son parti avait été mis hors la loi sur décision de la Cour constitutionnelle. On avait parlé de coup d'État postmoderne.
 
Successeur indirect d'Erbakan, Erdogan a tiré les leçons de la mésaventure. Son mouvement, l'AKP, qui est le fruit d'un glissement de l'islamisme vers le conservatisme musulman, affirme respecter les valeurs républicaines. Et plutôt que de feindre l'indifférence comme l'avait fait Erbakan face aux militaires, le gouvernement s'est rebiffé. "Il est inconcevable que dans un État de droit, l'état-major, une institution qui demeure sous les ordres du premier ministre, tienne des propos contre le gouvernement", a répliqué avant-hier le porte-parole du gouvernement et ministre de la Justice, Cemil Cicek. Erdogan s'est de son côté expliqué par téléphone avec Yasar Büyükanit, le chef d'état-major des armées. Avant qu'Abdullah Gül annonce qu'il n'avait pas l'intention de céder à un quelconque chantage. "Il n'est pas question pour moi de renoncer à ma candidature", a-t-il confirmé hier.
 
Concours de récitation du Coran
 
Dans son communiqué, l'ar-mée s'appuie sur une série de petits événements qui se sont déroulés ces derniers jours dans des bourgades de province, pour justifier un éventuel retour aux heures noires du passé. "On a fait interpréter des chants religieux à des petites filles auxquelles on a fait porter des tenues rétrogrades le 22 avril à la veille de la fête nationale des enfants", s'est indigné l'état-major. Des concours de récitation du Coran organisés ici et là seraient le signe que la patrie est en danger. À en croire l'armée, les "intégristes" se seraient "enhardis" à la suite du débat suscité par le foulard porté par l'épouse d'Abdullah Gül. Un accessoire qui cristallise les passions. Interrogé par la presse sur le particularisme vestimentaire de sa femme, le prétendant au palais présidentiel de Cankaya avait estimé, peu après avoir été désigné par son parti, qu'il s'agissait là d'une "préférence, d'un droit individuel, que tout le monde doit respecter". Déjà tendue, la polémique avait alors pris une tournure encore plus passionnelle.
 
Au lendemain du coup de canon des généraux, l'offensive du camp laïc contre l'AKP monte de plusieurs crans. Elle se développe dans une relative synchronie au niveau militaire, politique et juridique. L'armée intimide, le peuple kémaliste occupe la rue, et les juges de la Cour constitutionnelle se préparent à trancher.
 
Hier, une marée humaine rouge et blanche a déferlé dans Istanbul pour "barrer la route de Cankaya à la charia". Les manifestants, qui réclamaient la démission du gouvernement, rivalisaient d'un patriotisme fortement teinté de militarisme. Quant à la Cour constitutionnelle, composée de magistrats issus de l'establishment républicain, elle doit se prononcer très prochainement sur la requête d'invalidation du premier tour présidentiel, présentée par l'opposition pour absence de quorum au Parlement. Mais son verdict est tronqué par les pressions militaires. "L'ingérence de l'armée peut avoir un effet boomerang. Si le vote est invalidé, la Cour perd tout crédit. S'il est validé, Abdullah Gül sera élu avec la marque de l'ultimatum. Que peut faire alors l'armée ?", s'interroge le politologue Ahmet Insel.
 
Dans un cas comme dans l'autre, des élections législatives anticipées seront nécessaires pour tenter de dénouer la crise politique la plus grave que connaît la Turquie depuis dix ans. Une crise où s'affrontent, selon Ahmet Insel, "conservatisme musulman et conservatisme laïque".
 
Source du texte : FIGARO.FR

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mardi, 10 avril 2007

Ankara fustige les Kurdes irakiens

Des déclarations du dirigeant kurde Massoud Barzani ont mis le feu aux poudres. 
 
medium_barzani_et_erdogan.jpgEntre la Turquie et l'Irak, l'escalade verbale a franchi le cap de l'intimidation. « M. Barzani a dépassé les limites, (...) le nord de l'Irak, qui est un voisin, est en train de commettre une erreur, le prix à payer sera très élevé », a menacé, hier le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. Ce ton comminatoire répondait aux mises en garde du dirigeant de la région du Kurdistan irakien concernant la ville de Kirkouk, perçues comme une déclaration d'hostilité par Ankara. « La Turquie n'a pas le droit d'intervenir à Kirkouk, et si elle le fait, nous nous mêlerons des problèmes à Diyarbakir et dans les autres villes de Turquie », qui compte une minorité kurde d'environ 15 millions de personnes, a prévenu Massoud Barzani, samedi, sur la chaîne de télévision al-Arabiya. Ces avertissements échangés de part et d'autre de la frontière turco-irakienne illustrent la sensibilité de la question kurde dans la région.
 
Vu de Turquie, « Barzani allume la mèche de la dynamite », résumait hier le quotidien kémaliste turc Cumhuriyet. En déclarant que la ville de Kirkouk avait « une identité kurde, géographiquement et historiquement » et qu'elle faisait « partie du Kurdistan », le président du Kurdistan autonome a touché un sujet sensible à Ankara.
 
Plainte à Washington
 
La riche ville pétrolifère du Nord irakien abrite une petite minorité turkmène qui légitime, aux yeux des autorités turques, leur droit d'ingérence dans la région. Le rattachement de cette cité pluriethnique au Kurdistan, qui doit être décidé par référendum cet automne, est la hantise d'Ankara.
 
Le gouvernement redoute que la constitution d'un État kurde indépendant en Irak n'attise les tentations indépendantistes des Kurdes, côté turc. Quelques heures à peine après les propos du dirigeant irakien, Abdullah Gül, le ministre des Affaires étrangères turc, téléphonait à Condoleezza Rice, le secrétaire d'État américain, pour se plaindre. Le sujet sera au menu, aujourd'hui, du Conseil national turc de sécurité. Les militaires turcs menacent parfois d'intervenir à Kirkouk.
 
Signe avant-coureur que la Turquie a des difficultés à s'imposer dans le jeu diplomatique régional, la conférence ministérielle sur l'Irak, qui doit réunir les pays voisins et les grandes puissances mondiales, se tiendra le mois prochain en Égypte, a annoncé Bagdad samedi. Pourtant, Washington avait proposé Istanbul. Il ne manquait que l'aval du président irakien Talabani, un Kurde. Pour ne rien arranger, les combats entre les forces armées turques et le PKK, le parti séparatiste kurde, ont repris : dix soldats et sept combattants kurdes ont trouvé la mort dans le Sud-Est ce week-end. Ankara accuse l'Irak d'abriter dans les montagnes du nord du pays les troupes du PKK, qui profitent de la fonte des neiges au printemps pour mener des incursions en territoire turc.
 
Source du texte : FIGARO.FR 

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samedi, 07 avril 2007

Les militaires turcs bloquent sur Erdogan

Le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, entretient le mystère sur sa candidature à l'élection présidentielle. Les laïcs, soutenus par les militaires, multiplient les manoeuvres pour l'empêcher.

medium_erdogan_2.2.jpgIra ou n'ira pas au Palais de Cankaya ? C'est la question qui obsède le gotha politique turc, et la tension croît avec l'échéance qui se rapproche. À dix jours de l'ouverture du dépôt des candidatures à l'élection présidentielle en Turquie, le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, entretient le mystère et n'a toujours pas rendu publique sa décision. Une trentaine de députés du parti au pouvoir l'ont appellé hier à se présenter. Mais la possible accession du chef du gouvernement islamo-conservateur au sommet de l'État se heurte­ à une farouche opposition du camp des « laïcs », soutenu par les militaires.
 
Dans l'avion qui l'emmenait en Syrie, Erdogan a de nouveau joué l'apaisement mardi. « Nous avons besoin d'une stratégie délicate (...), car le pays ne doit pas vivre avec des tensions » afin de ne pas fragiliser l'économie nationale, a-t-il déclaré. Sans dévoiler ses intentions. Le nouveau président de la République, qui prendra ses fonctions le 16 mai, sera élu par le Parlement à majorité AKP, le Parti de la justice et du développement, actuellement au pouvoir. Pour la première fois dans l'histoire de la République turque, un homme du sérail « islamiste » est donc en passe de conquérir ce bastion de la laïcité. Cette prise de pouvoir symbolique est inconcevable pour les gardiens de l'héritage d'Atatürk, le fondateur de la Turquie moderne, qui jugent qu'Erdogan a un profil trop « islamiste » pour le poste. Le président occupe des fonctions essentiellement honorifiques, mais nomme également les chefs de l'État-major, les juges et les recteurs d'université. Ces corps constitués sont inféodés aux militaires.
 
Poursuites judiciaires
 
L'ombre des militaires plane sur la campagne électorale. Au cours d'un discours prononcé à l'Académie militaire le 16 mars dernier, le général Yasar Büyükanit, chef de l'État-major, a martelé que personne ne pouvait forcer l'armée turque à « se tenir à l'écart de la lutte contre le terrorisme et la subversion antilaïque ». Selon un observateur des manoeuvres politiques des militaires, « ils s'activeront en coulisses pour faire reculer Erdogan jusqu'à la dernière minute, qui se décidera en fonction du rapport de force ».
 
Les adversaires traditionnels du premier ministre multiplient les pressions pour le faire renoncer à ses ambitions présidentielles. Pas un jour ne passe sans que le Parti républicain du peuple (CHP), la principale formation de l'opposition, ne le menace de poursuites judiciaires s'il se risque à briguer un mandat présidentiel ou ne l'attaque personnellement.
 
Récemment, son leader, Deniz Baykal, l'a mis en garde, en faisant allusion à ses maux de dos qui l'ont cloué au lit : « La pente qui mène à Cankaya est raide, surtout avec une hernie discale. »
 
Du côté de la justice, un procureur a ouvert fin mars une enquête préliminaire pour des propos qu'il aurait tenus en Australie il y a sept ans : Erdogan aurait appelé le chef du parti séparatiste kurde du PKK « Monsieur Öcalan », un éloge passible d'une peine de prison. Les études d'opinion apportent des arguments aux meneurs de la fronde anti-Erdogan. Selon un sondage réalisé au mois de mars, moins d'une personne sur cinq souhaite l'avoir comme président alors que son parti de l'AKP obtient près d'un suffrage sur trois, devançant largement ses concurrents. Plébiscité comme chef de gouvernement, Recep Tayyip Erdogan ne l'est plus comme chef d'État.
 
« Il pourrait y avoir une surprise », a-t-il laissé entendre de façon sibylline. Le nom de son fidèle allié, Abdullah Gül, ministre des Affaires étrangères, circule comme un possible remplaçant. Dans ce cas de figure, Erdogan resterait à la tête de l'AKP et conduirait le parti jusqu'aux élections législatives à l'automne. Un questionnaire mentionnant le nom de quatre autres substituts potentiels, dont aucune des épouses ne porte le voile, a également été envoyé dans une section locale de l'AKP. Des personnages neutres qui satisferaient l'armée, à défaut de renforcer le fonctionnement de la démocratie. Pour l'écrivain Emre Aköz, qui a sorti un livre retraçant l'histoire mouvementée des présidentielles en Turquie, l'élection d'Erdogan « signifiera un relâchement de la tutelle militaire (...). Ce sera un tournant dans la démocratisation de la Turquie ». Les « anti » n'entendent pas relâcher la pression. Samedi 14 avril, deux jours avant le dépôt des candidatures, une vaste manifestation de protestation est prévue à Ankara.
 
Source du texte : FIGARO.FR 

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mercredi, 03 janvier 2007

CHRONOLOGIE DIPLOMATIQUE TURQUIE - UNION EUROPENNE

medium_turkiye.jpg12 septembre 1963 : la CEE et la Turquie signent un accord d’association. Les parties reconnaissent dans le préambule que "l’appui accordé par la Communauté économique européenne aux efforts du peuple turc pour améliorer son niveau de vie facilitera ultérieurement l’adhésion de la Turquie à la Communauté."

14 avril 1987 : la Turquie présente officiellement sa candidature à l’adhésion à la CEE.

1er janvier 1996 : l’union douanière prévue par l’accord d’association entre l’UE et la Turquie entre en vigueur.

12-13 décembre 1997 : le Conseil européen de Luxembourg confirme l’éligibilité de la Turquie à l’adhésion à l’UE. Lancement d’une "stratégie européenne" qui vise à "préparer [la Turquie] en la rapprochant de l’Union dans tous les domaines."

10-11 décembre 1999 : le Conseil européen d’Helsinki reconnaît que "la Turquie est un pays candidat qui a vocation à rejoindre l’Union sur la base des mêmes critères que ceux qui s’appliquent aux autres candidats. "Le Conseil précise" qu’une condition préalable à l’ouverture de négociations d’adhésion est le respect des critères politiques de Copenhague. "Lancement d’une stratégie de pré adhésion pour la Turquie."

26 février 2000 : le Conseil de l’UE adopte un partenariat pour l’adhésion qui identifie dans un cadre unique les domaines d’actions prioritaires relatifs aux progrès que la Turquie doit accomplir sur la voie de l’adhésion à l’UE et mobilise toutes les formes d’assistance de l’UE.

23 novembre 2000 : une Conférence européenne regroupant les pays de l’Union européenne (UE), la Suisse, l’Islande, la Norvège et les 13 pays candidats à l’adhésion, dont la Turquie, se réunit à Sochaux au niveau ministériel, sous la présidence du ministre français délégué chargé des Affaires européennes, Pierre Moscovici.

14-15 décembre 2001 : le Conseil européen de Laeken reconnaît que "la Turquie a accompli des progrès dans la voie du respect des critères politiques fixés pour l’adhésion" et que "la perspective de l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie s’est rapprochée."

21-22 juin 2002 : tout en se félicitant des "réformes qui ont été approuvées récemment en Turquie", le Conseil européen de Séville des 21 et 22 juin 2002 souligne que "la mise en œuvre des réformes politiques et économiques requises améliorera les perspectives d’adhésion de la Turquie, selon les mêmes principes et critères que ceux appliqués aux autres pays candidats." Il note que "de nouvelles décisions pourraient être prises à Copenhague quant à l’étape suivante de la candidature de la Turquie, compte tenu de l’évolution de la situation entre les Conseils européens de Séville et de Copenhague et sur la base du rapport régulier que la Commission présentera en octobre 2002."

12-13 décembre 2002 : le Conseil européen de Copenhague décide que "si, en décembre 2004, le Conseil européen décide, sur la base d’un rapport et d’une recommandation de la Commission, que la Turquie satisfait aux critères politiques de Copenhague, l’UE ouvrira sans délai des négociations d’adhésion." Le Conseil propose dans cette perspective de renforcer la stratégie de pré adhésion grâce à la révision du partenariat pour l’adhésion, à l’extension et à l’approfondissement de l’union douanière et à une augmentation importante de l’aide de pré adhésion.

14 avril 2003 : le Conseil de l’UE, pour tenir compte des réformes adoptées, révise les priorités du partenariat pour l’adhésion.

19-20 juin 2003 : le Conseil européen de Thessalonique souligne que "de nouveaux efforts importants doivent encore être déployés" par la Turquie pour remplir les critères politiques de Copenhague et accorde à ce pays un statut d’observateur à la conférence intergouvernementale sur l’avenir de l’Union.

12 décembre 2003 : le Conseil européen de Bruxelles du 12 décembre 2003 salue les "efforts considérables et résolus "de la Turquie, en particulier en ce qui concerne le respect effectif des critères politiques de Copenhague. Il note cependant que" de nouveaux efforts soutenus doivent être consentis "par les autorités turques. Enfin, le Conseil souligne qu’un " règlement de la question chypriote [...] favoriserait grandement les aspirations de la Turquie à adhérer à l’UE."

17-18 juin 2004 : le Conseil européen "salue les efforts constants et soutenus déployés par le gouvernement turc pour satisfaire aux critères politiques de Copenhague "mais" souligne l’importance de mener à bien les travaux législatifs restants et d’intensifier les efforts afin de garantir que des progrès décisifs seront réalisés dans la mise en œuvre intégrale, en temps voulu, des réformes à tous les niveaux de l’administration et dans l’ensemble du pays." Par ailleurs, le Conseil européen "salue la contribution positive du gouvernement turc aux efforts du Secrétaire général des Nations Unies, en vue de parvenir à un règlement global de la question chypriote."

6 octobre 2004 : la Commission présente sa recommandation concernant la Turquie en vue de la décision que devra prendre le Conseil européen des 16 et 17 décembre 2004. Elle "considère que la Turquie satisfait suffisamment aux critères politiques [de Copenhague] et recommande l’ouverture de négociations d’adhésion."

16-17 décembre 2004 : en s’appuyant sur le rapport de la Commission, le Conseil européen de Bruxelles décide d’ouvrir des négociations le 3 octobre 2005, sous réserve que la Turquie ait d’ici là procédé à l’entrée en vigueur de six lois identifiées par la Commission et qu’elle ait signé le protocole additionnel à l’accord d’Ankara, visant à étendre cet accord aux nouveaux Etats membres.

Par ailleurs, le Conseil européen demande au Conseil de parvenir d’ici la date prévue pour l’ouverture des négociations, à un accord sur le "cadre de négociations", document qui définira les principes et méthodes qui seront utilisés tout au long du processus

29 juillet 2005 : la Turquie et l’UE signent le protocole additionnel à l’accord d’Ankara, condition pour l’ouverture des négociations. La Turquie assortit cependant cette signature d’une déclaration unilatérale dans laquelle elle réaffirme qu’elle ne reconnaît pas un des Etats membres de l’UE.

21 septembre 2005 : en réponse à la déclaration turque, l’UE adopte une déclaration qui souligne que "la Turquie doit appliquer sans réserve le protocole à l’ensemble des Etats membres de l’UE." Elle rappelle que "la reconnaissance de tous les Etats membres est une composante nécessaire du processus d’adhésion [et qu’]en conséquence, l’UE insiste sur l’importance qu’elle attache à une normalisation aussi rapide que possible des relations entre la Turquie et tous les Etats membres de l’UE." Les progrès de la Turquie dans ces domaines seront évalués en 2006 lors d’un rendez-vous spécifique.

3 octobre 2005 : ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie.

Les discussions sont conduites sur la base d’un "cadre de négociations" qui précise que "ces négociations sont un processus ouvert dont l’issue ne peut être garantie à l’avance. Tout en prenant parfaitement en compte l’ensemble des critères de Copenhague, y compris la capacité d’assimilation de l’Union, si la Turquie n’est pas en mesure d’assumer intégralement toutes les obligations liées à la qualité de membre, il convient de veiller à ce qu’elle soit pleinement ancrée dans les structures européennes par le lien le plus fort possible."

La capacité de l’UE à assimiler ce nouvel Etat membre fera durant les négociations l’objet d’une surveillance de la part de la Commission, afin de permettre à l’UE d’évaluer si cette condition d’adhésion est remplie.

Les négociations seront entièrement régies par le principe de l’unanimité, ce qui veut dire que tout Etat pourra, à tout moment, faire entendre sa voix. Des conditions pour la fermeture et, le cas échéant, l’ouverture des négociations sur les 35 chapitres seront définies par l’UE à l’unanimité : ces conditions porteront notamment sur l’alignement de la législation turque sur l’acquis communautaire, la mise en œuvre de cette législation sur tout le territoire et le respect par la Turquie de ses obligations envers l’UE. Des dispositifs spécifiques, y compris des clauses de sauvegarde permanentes, pourront être prévus. Enfin, en cas de violation grave et persistante des droits de l’homme et des libertés fondamentales, un mécanisme de suspension des négociations a été introduit dans le cadre de négociations.

14 et 15 décembre 2006 : Le conseil européen entérine les conclusions du conseil « affaires générales » des 11 et 12 décembre précédents. Celles-ci notent les progrès accomplis par la Turquie, regrettant cependant un ralentissement en 2006. La Turquie n’ayant pas à cette date mis en œuvre de manière complète le Protocole d’Ankara qui étend l’Union douanière aux Etats devenus membres en 2004 et notamment à la République de Chypre, le Conseil gèle de fait dans le cadre des négociations huit chapitres ayant trait à la mise en œuvre du Protocole d’Ankara. L’Union européenne continue à suivre les progrès réalisés sur les questions ouvertes par la déclaration du 21 septembre 2005.

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mercredi, 20 décembre 2006

Des conséquences géopolitiques prévisibles de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne

medium_gozde_turk_bayragi.jpgQuelle que soit l’échelle de l’analyse géopolitique, l’éventuelle intégration de la Turquie dans l’Union européenne préfigurerait un bouleversement géopolitique objectif et conceptuel fondamental. Rarement à l’occasion d’une adhésion autant de paramètres géopolitiques multiples et divers ont pu conjointement atteindre une telle importance dans le débat sur l’identité et les valeurs de l’Union européenne.

En effet, la résistance manifestée par nombre de peuples européens à cette perspective, devrait contraindre le système d’intégration européen à un travail de définition de son propre projet alors qu’il est plutôt naturellement porté à la dépolitisation, à la désincarnation, à une « intégration politique indéfinie et illimitée » selon le mot de Jean Marc Ferry. Le débat turc a peut-être au moins cet avantage d’obliger les dirigeants de l’Union européenne à tenter de développer une réflexion conceptuelle qui leur manque à tel point que le système souffre selon leur propre expression d’un « déficit démocratique » emblématiquement illustré par le désintérêt que les peuples européens lui témoignent.

En matière de relations internationales, la posture de l’Union européenne apparaît progressivement comme celle du soft power c’est-à-dire d’une sphère principalement économique et commerciale dont l’effet du contenu devrait posséder une influence sur son milieu presque involontairement, par effet d’inertie. La normalisation du soft power en opposition au hard power américain sanctionne l’impossible dépassement du grand marché de libre-échange, l’orientation trans- et supra- nationale. Dans son rôle de « superpuissance tranquille », de soft power, assumant sa faiblesse politique, l’Union européenne s’imposerait malgré elle sur la scène internationale par sa situation à la pointe du combat de la délégitimation de toute identité forcément discriminatoire en ses éléments distinctifs des autres identités. Non territorialisée, non nationale, non exclusive mais fortement constructiviste et abstraite, l’Europe institutionnalisée se veut une idée mais non différenciée : il lui reste donc la tolérance comme « valeur » ultime, pratiquement seule absolu identitaire autorisé c’est-à-dire acceptant toutes les idées portées par d’autres à la condition de dépolitisation, nouvelle praxis adaptée à l’exercice d’une gouvernance négligeant le fait objectif que l’accroissement de puissance reste le prolongement ultime de l’intention politique. C’est ce que l’on retrouve dans la notion de « gouvernance européenne » étroitement liée à celle de « gouvernance mondiale » des cadres multilatéraux et transatlantiques dans lesquels l’Union européenne jouerait un rôle de modération « sociale », de défense du caractère égalitariste, d’accompagnement « citoyen » de la mondialisation aux côtés des Etats-Unis qualifiés , eux, de hard power dans leur rôle assumé d’identification de la sphère d’économie libérale et d’action dans la défense de sa projection mondiale allant jusqu’aux opérations armées.

Le problème fondamental du sens et la question du contenu de projet de l’UE n’ont été finalement que peu posés à l’occasion du débat de la Convention puis des campagnes pour la ratification du traité constitutionnel lequel est essentiellement cantonné aux aspects technique et juridique de la répartition des pouvoirs et des compétences des institutions.

C’est assez souligner que l’éventuelle acceptation de l’adhésion turque s’apparenterait à une décision à tout le moins prématurée puisque l’Union européenne ne peut apprécier l’ensemble des bouleversements qu’elle impliquerait sans avoir préalablement clairement défini son  identité, son système de valeur, ses limites, sa finalité. Ce constat est d’autant plus fondamental dans le débat sur l’adhésion turque qu’il est à mettre en parallèle avec l’opiniâtreté dont fait preuve Ankara pour imposer à Bruxelles un processus d’adhésion comportant le minimum de contrainte d’ordre stratégique et géopolitique ni d’atteinte à sa puissance d’Etat souverain. Les dirigeants turcs ont, eux en revanche, très bien intégré le principe déjà cité selon lequel l’accroissement de puissance reste le prolongement ultime de l’intention politique.

Il est par ailleurs assez intéressant de voir combien le choc des deux postures tourne à l’avantage d’Ankara. Du point de vue européen, en effet, l’attitude extérieure, la politique de communication des gouvernants turcs depuis les premières réticences révélées chez les populations européennes, devraient être jugées assez calamiteuses car l’affirmation brutale de leurs exigences, la difficulté d’admettre certaines concessions, l’arrogance manifestée à chaque évocation du surcroît de puissance apportée par l’éventuelle adhésion prochaine, le refus de la vérité historique, toutes ces attitudes propres à la Turquie auraient normalement pour résultat de compromettre sa demande d’adhésion ; il n’est besoin ici de rappeler pour mémoire que les mots et expressions extrêmement fortes utilisés il y a peu et officiellement pour nier la réalité historique du génocide arménien ou la récente répression sanglante par les forces spéciales de la police turque, filmée par les caméras du monde entier, de la manifestation pacifique du 6 mars 2005 à Istanbul à l’occasion de la journée de l femme pour bien marquer le statut réservé à cette dernière dans la société turque islamisée d’Anatolie qui maintient la tradition de l’oxymore « crimes d’honneur », d’un fort taux de mariages forcés sur mineures et de violence conjugale.

Le résultat est en fait inverse de celui attendu. Les dirigeants turcs en affirmant brutalement leur exigence de puissance et de souveraineté, d’exonération unilatérale d’un certain nombre de changements attendus par l’Union européenne, s’imposent finalement face à Bruxelles parce qu’ils opposent une appartenance identitaire forte, un système de valeurs cohérent et un dynamisme à vocation hégémonique, appréciés dans le pays et révélant par contraste les limites et la faiblesse du système d’intégration, non défini, non identifié, dépolitisé, en constante recherche de consensus, fuyant le conflit et niant que le concept de puissance est un déterminant géopolitique fondamental. Ce choc révèle l’avantage pris par la communauté qui affirme son identité et assume ses valeurs face à celle qui n’y oppose qu’une vision matérialiste et déracinée.

Historique d’un processus

medium_turk.gifLe 12 septembre 1963 l’accord d’Ankara scellait l’association entre la Communauté européenne et la Turquie par l’organisation des relations commerciales et économiques et la mise en place d’une union douanière. On évoquait alors et seulement le fait d’examiner la possibilité d’une adhésion : « lorsque le fonctionnement de l’accord aura permis d’envisager l’acceptation intégrale par la Turquie des obligations du traité instituant la communauté, les parties contractantes examineront la possibilité d’une adhésion de la Turquie à la communauté ». Suivant les procédures classiques des déclarations de candidature, la Turquie devenait officiellement candidate à l’adhésion à la Communauté européenne le 14 avril 1987 (après la première vague de l’Europe du Nord, Danemark, Irlande, et Royaume-Uni, la deuxième de l’Europe du Sud, Grèce, Portugal et Espagne mais avant celle de l’Autriche, demande effectuée le 17 juillet 1989, de la Finlande, le 18 mars 1992 et de la Suède, le 1er juillet 1991). Les 18 décembre 1989 et le 5 février 190, par les voix de la commission puis du Conseil européen, la Communauté déclarait que la Turquie pouvait se porter candidate mais qu’elle refusait son adhésion notamment en raison de la situation en matière de droits de l’homme, du conflit avec la Grèce, Etat membre, et avec Chypre, des interrogations posées par la dimension du pays ainsi que par celle de sa population, et de son trop faible développement. Le 15 décembre 1995, le Parlement européen ratifiait le traité d’union douanière signé en mars avec la Turquie, mais à la condition de l’adoption par le parlement turc de réformes démocratiques que le Conseil européen de Copenhague avait préalablement défini en juin 1993 dans le cadre des critères d’adhésion à l’Union européenne principalement à destination des pays d’Europe centrale et orientale. Ces critères sont de trois ordres : la mise en place d’institutions stables garantissant la démocratie, l’Etat de droit, les droits de l’homme, le respect des minorités et leurs protection ; une économie de marché viable ainsi que la capacité de faire face à la pression concurrentielle et aux forces du marché à l’intérieur de l’Union ; l’acceptation des objectifs de l’union politique, économique et monétaire, l’acquis communautaire. Ce fut au sommet de Luxembourg des 12 et 13 décembre 1997 que les négociations d’adhésion furent ouvertes pour tous les pays candidats sauf la Turquie. Avec la « stratégie européenne pour la Turquie » du 4 mars 1998, la commission accélérait le processus de pré-adhésion axé sur le rapprochement des législations et la reprise de l’acquis communautaire et elle se proposait lors du sommet de Cardiff de juin 1998 d’assister la Turquie pour préparer sa candidature alors que celle-ci ne pouvait adhérer en même temps que les pays d’Europe centrale et orientale.

Véritable tournant, le sommet d’Helsinki du 13 décembre 1999 proclamait que « la Turquie est un pays candidat qui a vocation à rejoindre l’Union européenne sur la base des mêmes critères qui ceux qui s’appliquent aux autres candidats » et ce, « au vu des éléments positifs qui ont récemment marqué l’évolution de la situation en Turquie et que relève d’ailleurs la Commission européenne dans son rapport sur les progrès réalisés par le pays candidats […]. La Turquie bénéficiera donc d’une stratégie de pré-adhésion visant à encourager et à appuyer ses réformes. Elle aura également la possibilité de participer à des programmes communautaires, d’être associée à des organismes de la Communauté et de prendre part à des réunions organisées entre les pays candidats et l’Union dans le cadre du processus d’adhésion ». Dès lors tout s’accélère et si le 12 décembre 2002 au conseil européen de Copenhague, les Etats de l’Union européenne entérinent l’élargissement à 25 membres et repoussent l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie en insistant sur le respect des « critères de Copenhague », notamment ceux politiques, c’est pour mieux utiliser le délai courant jusqu’au mois de décembre 2004 qu’ils ont eux-mêmes fixé, pour faire accepter aux populations européennes de statut de candidat et la politique de pré-adhésion. Et, en effet, le 17 décembre 2004, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne se sont prononcés pour l’ouverture des négociations d’adhésion avec la Turquie dont le sommet du 3 octobre 2005 doit représenter le lancement officiel. Au cours de ce processus, l’Union européenne a décidé du doublement progressif de l’aide de pré-adhésion de son lancement jusqu’en 2006. Il est significatif que l’ouverture des négociations décidée en décembre 2004 se soit faite à partir du rapport de la commission affirmant que le respect des critères d’adhésion par la Turquie se vérifie de manière satisfaisante. Plus précisément, si ce rapport admet la torture, la corruption, des atteintes aux droits des femmes, à la liberté d’expression, à la liberté religieuse, aux droits des minorités, il développe néanmoins l’idée que les réformes constitutionnelles, celles législatives et celle du code pénal suffisent à confirmer le respect par la Turquie des critères de Copenhague. Concernant Chypre, la Commission, mettant de côté (provisoirement ?) la contrainte qu’elle avait elle-même fixée, ne peut que constater l’absence de reconnaissance par la Turquie de cet Etat membre et ne fait que rappeler – implicitement – le blocage que cela représenterait lors des décisions à l’unanimité. Même tendance au refus du conflit, la Commission, dans un document de travail de ses services cité par Laurent Amar, s’était déjà perdue en propos équivoques et trop diplomatiques pour ne pas avoir à évoquer le génocide arménien et espérait seulement par euphémisme une réconciliation avec l’Arménie « en ce qui concerne les évènements tragiques, notamment les souffrances humaines, qui se sont produits dans la région en 1915-1916 ». Or, comme le génocide n’est même pas évoqué dans le rapport de la commission ni par le Conseil européen, le Turquie considère que sa reconnaissance ne rentre pas dans les critères de Copenhague.

Les niveaux d’appréciation

Il existe deux niveaux de considérations qui règlent en fait la volonté ou non de voir la Turquie devenir membre du système communautaire. Le premier, même de première importance, reste assez formel et se borne à énoncer les critères de spécification normative de Copenhague : démocratisation à l’occidentale des institutions, séparation des pouvoirs, notamment de l’armée et du pouvoir politique, protection des minorités (Kurdistan) et occupation militaire de la partie nord de Chypre. Conditions auxquelles doivent s’ajouter celles économiques découlant notamment de l’acquis communautaire que la Turquie est très loin de satisfaire. 

Pour ces dernières, en effet, l’on constate qu’en plus du doublement progressif de l’aide de pré-adhésion par l’Union européenne, les versements depuis 2001 de 16,3 milliards puis 14,3 milliards de dollars à la Turquie par le Fond monétaire international, ce qui en fait l’un de ses principaux débiteurs, ont été nécessaire pour « maîtriser » un taux d’inflation de 68,5% en 2001 à moins de 15% en 2004. Le rapport d’octobre 2004 de la commission européenne relève que le Produit intérieur brut par habitant a légèrement diminué (à 27%) en 2003 par rapport à la moyenne de l’UE. Le même document communautaire confirme que la Turquie n’a pas progressé dans l’adoption de l’acquis relatif à l’union économique et monétaire, couvrant le financement direct de l’Etat par la banque centrale, l’interdiction de l’accès privilégié du secteur public aux institutions financières et l’indépendance de la banque centrale. La dette publique de la Turquie par rapport à son PIB est de 73% et le déficit budgétaire public général est de 8,7% du PIB. Au regard de la qualification du pays comme globalement sous-développé (taux officiel de pauvreté de 18%), l’économie turque ne facilite pas l’évaluation par les autorités européennes du coût de son éventuelle adhésion. En effet, prévu à 28 milliards d’euros par an, il pourrait monter à 33,2 milliards/an dans le cas très probable où la Turquie ne pourrait honorer sa contribution au budget communautaire, voire à un minimum de 36 milliards au regard d’un développement de sa population à 90 millions en 2020, sans compter la pérennisation des fonds structurels de cohésion aux régions pauvres de la Turquie (Est et Anatolie) puisque ces derniers mettront au moins plusieurs dizaines d’années pour atteindre le seuil communautaire du rapport PIB par habitant fixé à 75% de la moyenne communautaire.

Plus essentiellement, le fond de la question, deuxième niveau de la problématique, est celui de l’éventualité d’une identité ou d’une non-identité européenne d la Turquie, ce que l’Union européenne ne peut régler encore une fois qu’en se définissant elle-même. Apparaissent ainsi les paramètres géopolitiques fondamentaux que sont la géographie politique, la géographie humaine, la « territorialisation » et sa délimitation, l’histoire, le corpus des valeurs identitaires, la civilisation, etc. 

L’Union européenne face à un épanchement démographique déséquilibré

medium_medium_qi12turcseurope.jpgL’un des déterminants de la puissance reste le dynamisme de la population. A ce titre c’est au cœur même du système produit par l’achèvement tardif de la modernité que se trouve l’avenir des nations européennes et singulièrement de la France. Deux questions sont à mettre en parallèle pour comprendre à quel niveau se fixe le destin de l’Europe. D’abord l’implosion démographique se traduit par un retournement de la pyramide des âges où le nombre des décès est en augmentation constante en parallèle à la diminution constante des naissances mène à un déficit des naissances sur les décès en évolution exponentielle. Vieillissement et dénatalité sont les deux aspects démographiques qui caractérisent l’Union européenne. Dans 30 ans, la population de l’actuelle Union pourrait retrouver son effectif d 1970 avec dans sa structure, un triplement de sa population âgée de plus de cinquante ans : dans le meilleur des cas un vieillissement marqué privilégiant les postes budgétaires retraites et santé plutôt que famille, occultant l’esprit de défense et l’audace régénératrice au profit d’un conservatisme stérile et pour certains pays comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne un authentique phénomène de dépopulation. La population des dix nouveaux pays membres a déjà commencé à décliner et celle de l’ancienne Union européenne à 15 commence à décroître vers 2015 malgré le considérable allongement de l’espérance de vie : c’est dire le formidable état de vieillissement atteint par la population de ce système d’intégration régionale. Même dans la grande Pologne catholique, membre de l’UE depuis le 1er mai 2004, l’accroissement total est négatif, puisque l’accroissement naturel est nul et le solde migratoire légèrement négatif. A coté d’authentiques puits de dépression démographique dans le monde (Russie, Japon), le dépérissement de l’Union européenne par le décrochage de plus en plus important du seuil de renouvellement des générations s’apparente au suicide. Les vertus collectives issues de la vitalité des peuples, privilèges des peuples jeunes et l’une des clefs de l’analyse de la géographie humaine, sont donc menacées dans l’Union européenne, celle-ci s’étant « sachemin(ée) vers le troisième millénaire au pas lourd d’un éléphant en phase terminale ». Le démographe constate que « l’absence d’intérêt pour les questions démographiques manifestées par les politiques et les hauts fonctionnaires qui se pensent occupés ‘à construire l’Europe’ est en soi un phénomène idéologique capital ». Le changement sociologique et politique bien que dans la durée moyenne est fondamental : « l’on s’obstine à ignorer que le vieillissement démographique, en élargissant régulièrement la place du troisième âge au sein du corps social, réoriente insensiblement, mais inexorablement, l’ensemble de la société et de ses activités. Les besoins de cette catégorie de la population finissent en effet par devenir prioritaires au sein de la nation, et déterminent les choix politiques ». Les effets principaux en sont largement connus : conflits intergénérationnels, déclin de l’esprit de défense, priorité à la consommation sur l’épargne, éclatement de la structure familiale, promotion de nouvelles « orientations » des mœurs, amenuisement de la cohésion sociale par les effets de l’immigration.

Deuxième élément, intimement lié au premier, l’Union européenne fait face au dynamisme de nombre de populations qui lui sont autant de défis géopolitiques. En Turquie, il y naît plus qu’en Allemagne et en France réunies et depuis la fin des années 1980 les jeunes turcs âgés de 20 ans sont plus nombreux que les jeunes allemands du même âge alors que la population totale y est encore, pour un temps réduit, moins nombreuse avec 71,3 millions d’habitants en 2004. Dans 30 ans, selon les critères de Nice, l’Allemagne entrée depuis longtemps dans l’hiver démographique, rejoindrait le nombre de 72 députés au Parlement européen et la Turquie, si elle était intégrée, dépasserait largement le quota des actuels 99 députés allemands. Au sein du Conseil européen et du Conseil de l’Union européenne (anciennement Conseil des ministres), la Turquie deviendrait le pivot de toutes les majorités et son volontarisme actuel préfigure déjà combien elle saurait utiliser cette position centrale. Dans le système communautaire privilégiant les prises de décisions à la majorité qualifiée, où la représentation des Etats est notamment proportionnelle à leur population, l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne en ferait d’un coup le plus puissant de tous les membres, alors même que son respect des critères d’adhésion dits de Copenhague reste problématique tant pour ce qui concerne ceux politique (être un pays démocratique) et économique (une économie de marché viable) que sa capacité à intégrer réellement l’acquis communautaire. 

L’Union européenne face à un épanchement territorial incontrôlé

medium_arton1318.jpgAvec un territoire total de 780 066 km2 dont le partage est évidemment disproportionné entre la Thrace orientale de 24 378 km2 et l’Anatolie de 755 688 km2 la Turquie dispose d’un champ asiatique naturel dont témoignent la plupart de ses références historiques et sociologiques jusque dans ses manuels scolaires. Développant une politique régionale très offensive, la Turquie est en étroite relation avec un nombre considérable de turcophones à ses frontières avec lesquels elle possède une affinité « civilisationnelle » très forte, ce qui lui donnerait, dans l’éventualité d’une intégration, une latitude encore plus grande puisque l’abolition définitive des frontières de sécurité intérieure dans le cadre des accords Schengen incorporé au système communautaire signifierait une ouverture à une immigration bénéficiant de liberté de circulation au sein de l’Union. Ce peuplement turc hors frontière est très vaste : jusqu’en Asie centrale, jusqu’en Sibérie orientale avec un taux de natalité lui aussi très élevé que l’on peut évaluer en dizaines de millions de Turcs sunnites musulmans dans des républiques où l’on utilise l’alphabet latin comme à Ankara, notamment en Azerbaïdjan, Ouzbékistan, Kazakhstan, Turkménistan, Kirghizistan. Les frontières extérieures de l’Union européenne devenant celles des nouveaux Etats, Schengen rendrait difficile la garantie par les Etats du contrôle des flux migratoires et la sécurité des entrées d’autant que les frontières extérieures turques viendraient s’ajouter aux 7 000 kilomètres que l’on doit au dernier élargissement à l’Est.

Selon les spécialistes de la criminalité organisée, les foyers de trafics les plus puissants à partir des territoires des Etats nouveaux adhérents sont principalement concentrés entre les mains des maffias russes, turques et des Balkans qui savent profiter de cette libre circulation dans l’espace communautaire. Dans ce cadre de la route maffieuse des Balkans, le territoire turc apparaît comme une plaque tournante du trafic de stupéfiants entre l’Asie et l’Europe et du trafic de clandestins entre Proche-Orient et Europe. Dans la perspective d’une Union européenne élargie par l’adhésion turque, le contrôle de la frontière extérieure européenne gigantesque « qui ira de la Syrie, l’Iran et l’Irak jusqu’à l’Océan Arctique (aux confins de la frontière entre la Finlande et la Russie) apparaît comme relevant de la pure utopie. L’Union européenne se présentera dès lors comme une ‘zone ouverte’, la seule au monde (…) incapable de la moindre décision crédible pour réguler ses flux migratoires ». En appliquant la grille de l’opposition entre hard power et soft power, l’auteur cité constate que « bien au contraire, les Etats-Unis auront en parallèle considérablement durci leurs outils de maîtrise des flux migratoires et de contrôle des visas dans le cadre du Patriot Act adopté à la suite du 11 septembre 2001, renforcé après les guerres d’Afghanistan et d’Irak. (L’Union européenne) deviendra ainsi le « maillon faible » du monde occidental en matière de maîtrise de l’immigration, mais aussi de lutte contre le terrorisme et le crime organisé ».

A l’échelle territoriale vient évidemment se superposer celle des tensions internationales. Le monde turc est historiquement partagé entre le monde perse et le monde européen et l’adhésion d’Ankara, créant une Europe de l’Atlantique à l’Euphrate, projetterait l’Union européenne dans les inextricables conflits turcs avec les mondes iranien, russe et chinois. La politique étrangère et de sécurité de l’Union européenne serait donc partie prenante entre autres des rapports conflictuels avec la Syrie à propos des organisations comme le PKK, le Hamas, etc. ; avec l’Irak concernant les velléités sécessionnistes du Kurdistan septentrional, avec l’Iran en raison de la course à l’influence dans le Caucase et en Transcaucasie ; avec Chypre, pays membre de l’UE mais non reconnue par la Turquie ; avec l’Arménie par suite du blocus total que la Turquie maintient d’une main de fer avec l’Azerbaïdjan contre ce pays seulement coupable d’exister ; à l’implication dans une explosion indépendantiste violente toujours possible en Georgie ; avec les Etats des Balkans occidentaux inquiets de la connivence islamique entretenue par Ankara dans la région ; avec la minorité kurde de Turquie (12 à 15 millions de personnes) ; avec tous les pays en prises par la voie des alliances avec les conflits entretenus par Ankara dans la logique de sa stratégie d’expansion en Asie centrale, notamment les grandes puissances régionales, Russie, Iran, Chine. C’est bien l’ensemble du Moyen-Orient et de l’Asie centrale qui intègrerait la « politique de voisinage » de l’Union européenne par la seule adhésion de la Turquie. A cette échelle, la paralysie et l’incapacité d’agir s’imposeraient rapidement aux responsables du système d’intégration européen au regard de la multiplicité complexe et contradictoire des questions géopolitiques à résoudre.

medium_Erdogan.jpgD’autant que s’ajoute la contradiction apparente du positionnement stratégique d’une Turquie pilier de l’Otan, souscrivant à la nouvelle conception qu’en ont les Etats-Unis depuis le 11 septembre 2001, et dans le même temps à la tête d’une réislamisation en profondeur de sa société et des cercles territoriaux de plus en plus vastes qui forment sa zone d’influence. En cas d’adhésion de la Turquie en effet, l’Union européenne aurait donc à gérer une sorte de super-communautarisation, à agréer la revendication communautaire islamique à l’échelle d’un Etat tout entier et dans les relais que sont la masse estimée à 4 millions de ses ressortissants notamment en Allemagne mais aussi en France, dans la confusion quant à la définition de l’identité et la finalité du projet européen. L’une des raisons qui motivent aux yeux des responsables de l’Union européenne l’intégration de la Turquie dans la communauté, est l’existence de cette masse de population jeune devenant citoyenne « européenne » par l’intégration sans la nécessité d’une « immigration extérieure » puis d’une naturalisation et destinée à compenser et rajeunir la population active des 25 ans. Ce calcul implique le prise en compte et l’agrément par la Turquie du modèle occidental assez désincarné et de nature essentiellement matérialiste partagé d’ailleurs par l’ensemble des élites modernes et mondialisées de tous les continents. Or, rien n’est plus aléatoire que ce pari quand on observe la conquête du pouvoir aux élections législatives de novembre 2002 par le parti islamiste de la justice et du développement, AKP, et le maintien de sa mainmise sur le pays lors des élections municipales, provinciales et de quartier de mars 2004 (58 municipalités acquise sur 81, le provincial parti d’opposition n’en obtenant que 8, toutes dans les provinces côtières et dans la partie européenne ; c’est donc dans les régions les moins développées, les plus islamisées que l’AKP a obtenu le plus de succès). En Turquie, on peut constater que l’apparent éloignement de l’AKP avec « la vieille garde islamiste d’Erbakan » du parti du Bonheur, le SP, et alors que l’influence musulmane grandit dans l’administration, dans l’enseignement, dans le secteur économique et… dans l’armée, ressemblerait en fait au takiyye, l’art de la dissimulation, le premier ministre Erdogan lui-même traînant derrière lui de nombreuses déclarations et actions propres au fondamentalisme ce qui lui a valu la prison et une éligibilité acquise uniquement par une modification constitutionnelle obtenue après le triomphe de son parti aux élections législatives de novembre 2002. La construction de nombreuses mosquées, le retour à l’arabe dans les actes religieux, la réapparition de confréries, le maintien de la mention de la religion sur les cartes d’identités, l’achèvement du phénomène de disparition progressive des religions non musulmanes, etc. : ces facteurs indiquent la cohérence du volontarisme des dirigeants turcs vis-à-vis de l’Union européenne. Le projet pluraliste de cette dernière leur a, en effet, permis d’éloigner de la Turquie son vernis nationaliste occidental pour mieux ancrer une réislamisation de la société, socle à partir duquel la transnationalisation inhérente à la zone communautaire pourrait leur permettre un épanchement identitaire décuplé.

Le paradoxe apparent de cette évolution prévisible serait que les principes de pluralisme démocratique, de tolérance d’une société européenne post-moderne et sécularisée en aient été les principaux vecteurs.

 

medium_2413-8.jpgChristophe REVEILLARD

In Géopolitique de la Turquie (collectif)

Revue Française de Géopolitique (2006, n°4) 

 

  

 

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