mardi, 27 mars 2012
Les origines du système régimentaire
"Groupe les hommes, Agamemnon, par pays et par clan, pour que le clan serve d’appui au clan, le pays au pays. Si tu agis ainsi et si les Achéens te suivent, tu sauras qui, des chefs et des hommes, est un brave ou un lâche, puisqu’ils iront par groupes à la bataille ; tu sauras enfin si ce sont les dieux qui doivent t’empêcher d’enlever la ville, ou les hommes par lâcheté et ignorance de la guerre". (Iliade. II, 362-368)
La cohésion unique en son genre qui existait entre les individus dans une phalange compte pour beaucoup dans la réussite des hoplites grecs qui contraste, en particulier, avec le cas des troupes étrangères. Bien que divisés par des rivalités entre cités, gravement inférieurs en nombre, rassemblés à la hâte et victimes d'une grave trahison, les Grecs attaqués pendant les Guerres Médiques mirent en déroute les envahisseurs orientaux dans presque toutes les batailles terrestres où ils les affrontèrent. Outre la présence des généraux grecs sur le champ de bataille, l'élément clé fut sans doute la camaraderie qui régnait dans les rangs grecs, la confiance qui venait des liens entre les hoplites dans la phalange, ce qui put permettre à Léonidas, à la veille d'un anéantissement certain, quand Xerxès lui dit de rendre les armes, de répliquer simplement au nom de ses hommes : "Viens les prendre". (Plutarque Mor. 225 D 11).
La confiance dans son chef et dans ses armes, et aussi l'amour de la patrie et l'expérience des batailles passées peuvent, ensemble expliquer pourquoi une armée une fois engagée opère avec succès sur le champ de bataille. Mais cela explique-t-il entièrement pourquoi des individus acceptent de soutenir la vue du combat et d'avancer, dans les dernières secondes, contre les lances de l'ennemi ? Beaucoup d'hoplites grecs, il est vrai, ont pu se trouver en état d'ébriété, mais l'usage de la boisson était moins nécessaire pour convaincre un hoplite de charger que pour aider son cœur à supporter cette perspective. Je suggère que les soldats de la cité affrontaient la charge de l'ennemi à cause de leur général et à cause des hommes placés à leurs côtés, de leur volonté de les protéger des coups de pointe de l'ennemi, de la honte qu'ils auraient eu de se conduire en couards devant eux. L'idéal de l'homme brave, à leurs yeux, était le héros du vieux poème de Callinos (I, 20-22) :
"S'il vit, voyant partout croître sa renommée,
Rempart de son pays, mortel égal aux dieux,
On le contemple seul, il vaut seul une armée."
(Traduction de Firmin Didot).
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mercredi, 15 février 2012
Hérodote : Léonidas et la bataille des Thermopyles
Les forces grecques
(202). Voici les gens postés là pour attendre l'assaut du Perse : il y avait trois cents hoplites de Sparte, mille de Tégée et de Mantinée (cinq cents de chacune des deux villes), cent vingt d'Orchomène en Arcadie, et mille du reste de la région ; c'est tout pour l'Arcadie. Corinthe avait envoyé quatre cents hommes, Phlionte deux cents, et Mycènes quatre-vingts. Voilà les forces qui venaient du Péloponnèse. De Béotie venaient sept cents Thespiens et quatre cents Thébains.

(203). Appelés à la rescousse, les Locriens d'Oponte avaient envoyé toutes leurs forces, et les Phocidiens mille hommes. Les Grecs les avaient d'eux-mêmes invités à les rejoindre : ils formaient l'avant-garde des confédérés, leur avaient-ils fait dire, et ils attendaient d'un jour à l'autre la venue du reste des alliés ; la mer était bien gardée, surveillée par les Athéniens, les Éginètes et les autres membres de leurs forces navales, et il n'y avait rien à redouter, car la Grèce n'avait pas devant elle un dieu, mais un homme, et jamais on n'avait vu, jamais on ne verrait d'homme qui, du jour de sa naissance, n'eût le malheur mêlé à son destin, — et plus grand l'homme, était mortel, devait lui aussi connaître un jour l'échec. Ces arguments avaient décidé les Locriens et les Phocidiens à leur envoyer des secours à Trachis.
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mercredi, 07 septembre 2011
Le fardeau de l'hoplite : casque, jambarts, cuirasse et lance
Le casque
Le type de couvre-chef en faveur dans toute la Grèce à la grande époque de la guerre des hoplites (700-500 av. J.-C.) était le casque dit "corinthien". A la différence des casques de fantassin utilisés dans les armées occidentales au XXème siècle, un casque d'hoplite en bronze couvrait à la fois la tête et la majeure partie du cou, descendant à l'arrière jusqu'à la clavicule. Dans sa forme ultime et la plus élégante, les montants pour les joues et les protège-nez s'étendaient vers l'avant à tel point qu'ils se rejoignaient presque au centre du visage, aboutissant ainsi à y enserrer les yeux, le nez et même la bouche. En théorie, le bronze massif procurait la protection nécessaire contre les coups de lance au visage et à la tête et préservait la mâchoire des coups de côté comme des coups de face. Pourtant, ce casque a dû être un accessoire très inconfortable et difficile à porter. La difficulté évidente était qu'il gênait pour voir et pour entendre (il n'y avait pas d'ouverture pour les oreilles). Il ne serait pas surprenant que la formation et la tactique de guerre de la phalange elles-mêmes — la formation en masse, la charge, le heurt et la poussée finale — aient eu leur origine, au moins pour une part, dans le manque de communication directe entre les soldats et leur chef. Les duels, les escarmouches, les attaques éclair étaient hors de question avec un tel couvre-chef, et l'isolement créé par le casque exigeait que chaque individu cherche à se lier étroitement avec ses pairs.
Quand bien même l'hoplite n'aurait presque pas pu voir ou entendre avec son casque, il n'y avait guère de problème pour localiser l'ennemi ou de danger à ne pas voir sur les côtés aussi longtemps que la cohésion de la phalange en formation demeurait intacte. Par conséquent, ce que nous entendons en fait de sons dans la phalange consiste en général en chants avec accompagnement de flûte, ou en hurlements. Les ordres d'avancer ou de reculer étaient donnés par des coups de trompette. L'ordre que le général thébain Epaminondas est censé avoir donné à la bataille de Leuctres, en 371, dans le feu du combat : "Un pas en avant !" ne fut sans doute pas, si c'est vrai, entendu par beaucoup, à moins qu'il ne portât le casque dit "béotien" qui laissait le visage entièrement à découvert.
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dimanche, 19 juin 2011
Sparte, l'Etat militaire
Lorsque Platon conçut son Utopie, il s'inspira des institutions réelles d'une communauté hellénique, L'Etat-cité de Sparte qui était la plus grande des grandes puissances de son temps. Si l'on examine les origines du système lacédémonien, on constate que les Spartiates se trouvèrent acculés à la nécessité d'accomplir leur tour de force et de se doter, en vue de cette tâche, de leur "institution originale" parce qu'à une époque antérieure, ils avaient une orientation particulière : les Spartiates, en effet, s'étaient séparés à un certain moment de leur histoire de l'ensemble des Etats-cités helléniques.

Les Spartiates eurent une réaction toute particulière au danger commun qui menaça toutes les communautés helléniques au VIIIè siècle av. J.-C., lorsque, du fait du cours immédiatement antérieur du développement social, les rendements de surfaces cultivées dans la Grèce péninsulaire et dans l'Archipel, patries de la Société hellénique, se mirent à diminuer, tandis que la population de l'Hellade se multipliait rapidement. La solution "normale" trouvée à ce problème commun de la vie hellénique du VIIIè siècle consista en une nouvelle extension de la surface cultivable totale possédée par les Grecs grâce à la découvete et à la conquête de nouveaux territoires outre-mer. Dans la galaxie des nouvelles cités helléniques qui virent le jour à la suite de ce mouvement général d'expansion outre-mer, il y en avait une, Tarente, qui se réclamait d'une origine spartiate mais, même si cette prétention était conforme au fait historique, son cas fut unique. Tarente fut la seule cité hellénique d'outre-mer qui ait prétendu être une colonie de Sparte, et cette tradition tarentine ne fait que confirmer le fait que dans l'ensemble les Spartiates ont cherché à résoudre à leur manière, et non, comme les autres, par la colonisation d'outre-mer, le problème démographique commun à toutes les cités helléniques du VIIIè siècle.
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mercredi, 08 décembre 2010
L'idéal spartiate : L'appel de Tyrtée à l'areté
La volonté qui fit de Sparte une grande nation vit encore dans les élégies de Tyrtée. Cette volonté eut pour résultat la formation d’un idéal sublime qui dura bien plus longtemps que la Sparte historique – à vrai dire, il n’a pas encore disparu – et dont les élégies en question constituent le témoignage le plus suggestif. La communauté spartiate, telle qu’elle est connue dans l’histoire à une époque éloignée de sa création, apparaît à beaucoup d’égards comme quelque chose de transitoire et d’excentrique. Mais l’idéal qui inspira ses citoyens et vers lequel tendirent avec une constance farouche tous les efforts, est impérissable parce qu’il représente un instinct fondamental de l’humanité.
Bien que la société qui lui donna naissance nous semble avoir été partiale et bornée dans ses conceptions, cet idéal demeure vrai et valable. Platon lui-même qualifiait d’étroite l’idée que se faisait le Spartiate des devoirs et de l’éducation civiques, mais il ajoutait que ces vues, immortalisées par les poèmes de Tyrtée, forment une des bases immuables de la vie politique. D’autres, d’ailleurs, partagèrent cette opinion : en réalité, le philosophe exprima simplement l’impression générale de la Grèce au sujet de Sparte. Les Grecs de son temps n’approuvèrent pas sans réserve Lacédémone et son système ; tous, néanmoins, admirent la valeur de son idéal. Dans toute cité il y eut un parti favorable à Sparte, qui se faisait une idée très optimiste de la constitution de Lycurgue. La majorité ne partageait pas cette admiration sans bornes. Pourtant, la place réservée par Platon à Tyrtée dans son système éducatif demeura indiscutée chez les Grecs des périodes ultérieures et devint un élément indéfectible de leur culture. Il appartient à Platon d’arranger et de systématiser l’héritage spirituel de l’Hellade : dans sa synthèse, les divers idéaux que posséda le peuple grec furent objectivés et situés selon leur parenté réelle. Depuis lors aucune modification importante n’y a été opérée, et durant deux millénaires, l’idéal spartiate a gardé dans l’histoire la place que le grand philosophe lui avait assignée.
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mercredi, 23 juin 2010
L'honneur et la gloire au combat
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vendredi, 14 mai 2010
Sparte : une cité d'exception (Épisode 4/4)
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mercredi, 12 août 2009
Sparte, la Cité des guerriers
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samedi, 19 juillet 2008
Ancient warriors : The Spartans (1/3)
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Last Stand of the 300 (1/10)
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mardi, 27 mai 2008
Vient de paraître : La Guerre du Péloponnèse
Aucun conflit, dans l'Histoire, n'est aussi riche d'enseignements pour notre époque que la guerre du Péloponnèse : cette conviction est au cœur de l'enquête menée par l'historien Victor Davis Hanson sur la lutte qui opposa, il y a près de 2500 ans, Sparte et Athènes.
Car la guerre du Péloponnèse préfigure nombre de conflits modernes : ce fut un affrontement titanesque entre deux superpuissances et leurs alliés, une sorte de guerre mondiale à l'échelle de la Grèce ancienne ; ce fut aussi une sanglante guerre civile, puisqu'elle mit aux prises des hommes qui adoraient les mêmes dieux et parlaient la même langue ; ce fut surtout une guerre sale, qui inventa de nouvelles méthodes de terreur, bien éloignées du traditionnel combat d'hoplites. Sièges, coups de main, meurtres d'otages, massacres de civils et de prisonniers s'enchaînèrent pendant 27 ans, jusqu'à la capitulation d'Athènes : la Grèce de l'âge d'or n'était plus.
Pour raconter le premier conflit total de l'Histoire, ce livre, s'inspirant de Thucydide, nous fait toucher du doigt la chair même de la guerre : le sort d'Athènes livrée à une peste meurtrière, l'effroi d'assiégés mourant de faim, le recours à d'effroyables techniques militaires, le désespoir de généraux illustres comme la mort, loin de chez eux, d'humbles soldats paysans...
Lire aussi sur TB :
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jeudi, 18 octobre 2007
Sparte, si tu savais...
Alors que le DVD du film 300 est disponible à l’achat, une rumeur circule sur le fait que Frank Miller, auteur de sa version en bande dessinée dont l’adaptation cinématographique a fait tant de succès cette année, prépare une suite …
En effet, le réalisateur Zack Snyder a laissé entendre que ce projet était à l’étude et que Miller s’efforçait d’écrire une seconde partie. Evidemment, il ne peut y avoir de suite à la bataille des Thermopyles. La bande dessinée et le film racontent tout, de l’invasion perse à la victoire grecque, en passant par le sacrifice des spartiates. Néanmoins, il voudrait raconter une autre bataille épique, retranscrire un nouveau péplum antique. Nul ne sait si ce projet aboutira et nul ne sait quel sujet serait alors abordé, mais j’ai rêvé qu’il mette en scène une histoire non de la période antique mais d’un passé plus proche. Une histoire qui confronte cette fois-ci les descendants des héros grecs face aux descendants des envahisseurs perses : l’histoire de la chute de Constantinople et de l’Empire Byzantin ; l’histoire du sacrifice du dernier Empereur Romain d’Orient : Constantin XI !
Au Ve siècle après Jésus-Christ, l’Empire Romain se divise en deux. Désormais, l’on connaît un empire d’Occident, à Rome, et un autre dit d’Orient, à Constantinople (Byzance). C’est en 476, lorsqu’un roi barbare du nom d’Odoacre prend la capitale romaine et renvoie les enseignes impériales à Constantinople, que s’achève la longue histoire de l’Empire d’Occident. Ainsi commence le Moyen Age. On apprend habituellement que le Moyen Age s’étend sur la période de l’année 500 à 1500. On peut donc aisément constater qu’elle débute à la fin de l’Empire Romain d’Occident, et qu’elle se termine à la fin de l’Empire Romain d’Orient, en 1453.
En cette année, l’Empire byzantin n’a presque plus de terres et très peu de pouvoir sur les mers. Depuis des décennies, ses voisins turcs de l’Empire Ottoman envahissent les territoires chrétiens, réduisant leurs habitants à l’esclavage. Suite à de nombreuses querelles religieuses, les chrétiens d’Europe refusent de soutenir et de défendre le peu d’Empire qui reste. Tous ses anciens alliés restent neutres, et certains européens se placent même du côté du Sultan Mehmet II. Constantinople est seule face à un envahisseur très menaçant. Seule avec uniquement 7 000 soldats pour la défendre. Autour de la ville, les Turcs placent de grands canons, créés par un hongrois, qui, ils l’espèrent, pourront défaire les solides murs de la capitale. L’armée turque est la plus vaste armée jamais vue. Le grand empire perse d’antan, voulant absorber la petite Grèce, est maintenant le grand empire ottoman, dévorant les restes de Constantinople. Pendant plusieurs jours, les Ottomans canonnent la ville assiégée et lancent de nombreuses attaques. Les combats dureront plus d’un mois. Voyant les combats s’éterniser, le moral des troupes ottomanes est au plus bas. Le sultan demande alors à l’empereur byzantin de capituler, offrant un marché contre la ville. Constantin XI répond que ses hommes préfèrent mourir plutôt que de livrer la ville.
Ainsi soit-il. Les Ottomans décident de livrer une dernière bataille de nuit, lançant tout ce qu’ils ont pour défaire les soldats grecs. Ils parviennent à passer une des brèches et envahissent la ville. Toute la journée, d’après les témoignages, se déroule des scènes apocalyptiques : pillage des maisons, viols des femmes de soldats et massacre des chrétiens. Les femmes, enfants et vieillards deviennent esclaves. Les Ottomans envahissent les églises de leurs chevaux et abusent sexuellement des religieuses. Pendant la bataille, si de nombreux soldats fuirent pour sauver leur vie, l’empereur Constantin, lui, se débarrassa de ses insignes impériales, et d’un seul bon se jeta dans la masse pour combattre jusqu’à la mort, l’épée en main et la rage au cœur. Il est dit que le lendemain, alors que les esclaves enterrent les morts dans une fosse commune, ils remarquent sur un corps sans tête des bottes pourpres frappées d’un aigle argenté ; celles de leur souverain défunt. Ils garderont secrètement le corps pour lui faire les funérailles qu’il mérite. Ainsi mourrait, avec son dernier empereur, la grande Constantinople … fière, résistante et combattante.
On peut remarquer de grands points communs avec l’histoire de 300 : l’invasion venant de Turquie, les grecs, peu nombreux, voulant stopper leur avancée, le sacrifice d’un roi, la trahison des siens, et les nombreuses querelles religieuses. Si les grecs, unis, il y a 2500 ans, arrêtèrent de nombreuses fois les invasions de l’Empire Perse, 2000 ans plus tard, ils ne purent s’allier pour stopper leurs descendants turcs à cause de querelles de chapelle, de conflits internes entre Eglise d’Occident et Eglise d’Orient. Dans 300, ce sont les "éphores", prêtres vendus, pervers et décadents, qui interdisent tout Sparte à partir en guerre pendant la fête de la Carnéïa, afin de ne pas heurter les Dieux. À Constantinople, comme l’explique l’image populaire de cette défaite, pendant que la ville est encerclée, les défenseurs chrétiens débattent sur le sexe des anges …
Arthur LORC’H
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vendredi, 06 avril 2007
Lance-toi dans la bataille ! Deviens le bouclier de ton peuple !
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mardi, 02 janvier 2007
Tyrtée : un sonneur d'héroïsme

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mercredi, 27 décembre 2006
ETRANGER, VAS DIRE A SPARTE ...
Au sortir de la Thessalie les troupes de Xerxès font mouvement vers le sud. La flotte perse s'élance une dizaine de jours après afin que l'arrivée des troupes terrestres et navales soit conjointe. Une violente tempête de trois jours va détruire environ 400 navires. Plusieurs milliers d'hommes sont noyés. La principale conséquence est que Xerxès, bien qu'il garde la supériorité numérique, n'est plus en mesure de diviser ses forces navales de manière à convoyer l'armée tout en livrant combat à la flotte grecque. Mais malgré la tempête, la supériorité numérique perse apparaît si imposante qu'Eurybiade et son adjoint, le corinthien Adimantos, font demi-tour. Sur terre les troupes Perses arrivent au défilé des Thermopyles qui protège la route d’Athènes.
Le roi des Perses sait que le couloir des Thermopyles est gardé. Un avant poste a été repéré. Xerxès ordonne une attaque de front, mais il se heurte à la vaillance grecque. Face aux troupes perses, y compris le corps d’élite des « Immortels », appelé ainsi parce que les troupes étaient toujours complétées au fur et à mesure des pertes, les soldats de Léonidas opposent une résistance solide, et infligent aux Perses des pertes énormes. Les courtes lances perses ne peuvent atteindre les Grecs armés de la longue lance dorienne. Le devin Mégistias révéla alors aux défenseurs des Thermopyles que la mort leur viendrait avec le jour : il l’avait vu dans les entrailles des victimes. Le cours de la bataille bascula. Léonidas est trahi par un certain Éphialtès, fils d’Eurydémos, un citoyen de Malia, qui informe les Perses sur le moyen de contourner l’armée grecque, par le sentier d’Anopée. Un fort détachement de soldats perses reçu l’ordre de suivre le traître et se mit en marche durant la nuit. Les Grecs qui gardaient le chemin furent réveillés par le bruit des feuilles foulées par des milliers de pieds et se hâtèrent de prendre les armes. Accablés par une nuée de flèches, ils gagnent les hauteurs pour se défendre. Les Perses, sans s’occuper d’eux, redescendirent le versant méridional de la montagne et arrivèrent en moins de seize heures dans le défilé. Informés de l’arrivée des Perses sur leurs arrières, Léonidas et ses officiers tiennent conseil et leurs avis différèrent, certains refusaient tout abandon de poste, d’autres étaient de l’avis opposé. Léonidas décide alors de se sacrifier avec les 300 hoplites Spartiates, ainsi que 700 soldats des cités de Thèbes et de Thespies, pour laisser aux Grecs le temps d'organiser leur défense et à l'armée de se retirer en bon ordre. Pris en étau, ils marchent jusqu’à l’endroit le plus large du défilé et l’affrontement eut lieu. Les Grecs résistent héroïquement autour du roi spartiate et sont tous massacrés sur ordre de Xerxès. Cette bataille devint l'emblème de la résistance grecque à l'envahisseur et de l'esprit de sacrifice des Spartiates.
Plus tard, au sommet du Kolonós, les Grecs érigèrent un mausolée à l’emplacement où tant de soldats étaient tombés. Une inscription du poète Simonide de Céos (556, 467), rappelle à chacun le terme de cette lutte héroïque : « Etranger, va dire à Sparte qu’ici nous gisons dociles à ses ordres ».
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lundi, 31 juillet 2006
Que le glaive décide (Tyrtée)

"Quels que soient l'ennemi, le nombre, les hasards
De ton sort aujourd'hui que le glaive décide.
Arme-toi ; de la vie abjure un lâche amour
Et que les noirs sentiers de la parque homicide
Soient aussi beaux pour toi que les rayons du jour."
Tyrtée (II, 3-6)
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dimanche, 14 mai 2006
La guerre dans la Grèce antique
La guerre occupe une place importante dans la vie des Grecs. Historiens, poètes, philosphes, peintres, sculpteurs ont voué une part considérable de leur oeuvre à des thèmes ayant pour sujet la guerre sous toutes ses formes. Les constructions défensives ont laissé des traces visibles dans le paysage: d'imposants murs d'enceinte, parfois excellement conservés aujourd'hui encore, attestent la volonté de défense des communautés de citoyens. La guerre embrasse tous les aspects de la vie humaine: le politique, l'économie, la religion. Les peuples de la Grèce antique et ceux des royaumes hellénistiques consacrent des ressources, une énergie et une attention considérables à des activités militaires, soit pour parer des menaces extérieures, soit pour mener des campagnes ou des invasions, soit encore pour résoudre des conflits internes. La plus ancienne oeuvre littéraire de l'Occident, l'Illiade, dépeint la lutte sans merci que se livrent les Grecs et les Troyens, conflit qui met aux prises les dieux de l'Olympe eux-mêmes, et qui sert de référence, poétique, artistique ou morale, à bien des conflits ultérieurs.
Le monde mycénien
Même si l'image que l'on peut retirer des vestiges archéologiques suggère que les principautés de la Crète minoenne (IIè millénaire av. J.-C.) ne connaissaient pas l'état de guerre, la tradition rapportée par Thucydide fait d'une "thalassocratie" ou empire maritime du roi Minos (Thucydide, I, 4). La civilisation mycénienne, du nom de la place fortifiée de Mycènes en Argolide, a laissé quelques-uns des vestiges les plus frappants de mesures prises pour écarter la menace qui pouvait peser sur une agglomération dans la seconde moitié du IIè millénaire av. J.-C. Les Anciens déjà avaient à l'appareil de la muraille de Mycènes le nom de "cyclopéen", car, selon eux seuls des Cyclopes étaient capables de déplacer des blocs d'une telle masse. Mycènes, Tirynthes, Athènes, l'île de Gla offrent des témoignages de l'énorme effort de défense consenti pour protéger la sécurité des habitants. Les citadelles succombèrent néanmoins à des attaquants qui, paradoxalement, restent des inconnus. Les Mycéniens ont laissé des armes offensives (poignards, rapières), une cuirasse de bronze, des casques, ainsi que des fresques et des reliefs représentant des chars. Des tablettes d'inventaire inscrites mentionnent l'existence de réserves de matériel, peut-être de chars de guerre. Le lien archéologique entre le monde mycénien et celui de la Grèce des Cités est marqué par la tombe de Lefkandi, en Eubée, où le mort, incinéré et enseveli dans un édifice imposant, était accompagné de quatre chevaux sacrifiés et enterrés à côté de lui. On peut reconnaître dans le mort l'ancêtre des "éleveurs de chevaux" ou "chevaliers" eubéens de Chalcis et d'Erétrie.
La guerre de Troie
La guerre de Troie n'a vraisemblablement pas eu lieu dans la forme dépeinte par Homère. Les héros de l'Illiade et de l'Odyssée n'ont sans doute pas eu d'existence historique. Toutefois, les deux poèmes, et surtout l'Illiade, contiennent des éléments qui permettent de se faire une idée du mode de combat prédominant à l'époque de leur composition. Les héros se combattent le plus souvent en duel, mais plusieurs allusions suggèrent l'affrontement de guerriers en formations de combat. Le char de guerre semble principalement utilisé pour le transport des héros jusqu'au champ de bataille. Les armes décrites dans l'Illiade comprennent des éléments mycéniens et d'autres plus proches du VIIIè siècle. Le poème fait la part belle au corps à corps, mode de combat qu'il tient pour plus noble que l'usage d'armes servant à frapper à distance, comme le javelot et la flèche. Les poèmes reflètent les réalités sociales de la guerre, les raids de pirates ou les razzias permettant la capture d'esclaves et de bétail, le sort réservé aux vaincus: la mort, l'esclavage, l'échange contre rançon.
La guerre à l'époque archaïque et classique
Le premier conflit attesté historiquement est celui qui oppose deux coalitions emmenées par les deux cités eubéennes de Chalcis, d'une part, et d'Erétrie, de l'autre. L'objet de la guerre est la plaine lélantine, qui sépare les deux cités. C'est à cette occasion que semblent se dessiner les règles d'un code de combat, proscrivant l'usage d'armes de trait. Les cités de l'amphictionie pyléo-delphique (cités exerçant leur tutelle sur le sanctuaire de Delphes) s'interdisant de couper le ravitaillement en eau de places assiégées. C'est à la même époque (VIIè siècle?) que se développent l'armement de l'hoplite et le combat en phalange hoplitique, qui constituent l'élément dominant des batailles jusqu'à la victoire de la phalange macédonienne à Chéronée en 338 av. J.-C.
Alors que durant l'époque archaïque (VIIè - VIè siècle), les conflits se limitent à des affrontements entre cités voisines, les deux tentatives perses de débarquement (490) et d'invasion (480-479) donnent une dimension plus large à la guerre. La victoire de Marathon (490), les hauts faits d'une petite troupe principalement composée de Spartiates, au défilé des Thermopyles (490), puis, la même année, la victoire navale de Salamine, enfin la bataille de Platées (479), sonnent le glas des ambitions perses à l'ouest du bassin égéen. Les Athéniens s'appuient sur ces succès pour établir une "paix athénienne" dans l'Egée par la création d'une ligue opposée aux Perses.
Le grand conflit qui fait pendant aux guerres médiques entre Grecs et Perses est la guerre du Péloponnèse (431-404). Ce conflit peut apparaître comme une guerre civile. Mais les contemporains, en particulier Thucydide, utilisent la guerre du Péloponnèse pour mettre en évidence l'opposition entre deux coalitions, l'une terrestre, autour de Sparte et de sesalliés, l'autre maritime, emmenée par Athènes. La victoire revient aux Spartiates.
Dans un survol des principales guerres intenes au monde grec, il faut état de la montée en puissance de Thèbes, qui culmine avec la défaite d'une armée spartiate à Leuctres (371), suivie de l'invasion de la Laconie. Enfin, c'est notamment à la suite de différends nés autour du sanctuaire de Delphes que le roi de Macédoine Philippe II parvient en 357, date de son avènement, et 338, date de sa victoire à Chéronée sur une coalition des cités, à imposer sa loi sur la Grèce. Avec l'expédition d'Alexandre, la guerre change à nouveau de territoire, puisqu'elle implique l'ensemble du Proche-Orient jusqu'à l'Indus. Les guerres et les conflits mettent désormais principalement aux prises de grandes puissances, les royaumes hellénistiques, et plus tard Rome. Ils impliquent des régions entières de la Méditerranée et du Proche-Orient, et non plus seulement les petites cités-Etats de la Grèce propre. Avec l'extension du théatre géographique des opérations, ce sont aussi les dimensions humaines de la guerre qui se modifient, notamment en raison de l'ampleur des effectifs en présence.
Les soldats grecs, ces "hommes de bronze" (Hérodote, II, 152), sont employés dans des armées étrangères, et ce dès le VIè siècle. av. J.-C., comme le prouvent des graffitis déchiffrés en Egypte. Voulant renverser le pouvoir royal perse, Cyros le jeune en 401 une troupe de soldats grecs et les conduit jusqu'au coeur du royaume, où l'usurpateur subit une défaite. La retraite des Dix Mille est relatée par Xénophon, qui propose du même coup dans son Anabase une sociologie des soldats professionnels des années 400 av. J.-C. La guerre du Péloponnèse (431-404) jette en effet sur le marché un certain nombre de combattants aguerris et sans emploi. Le IVè siècle est marqué par l'augmentation dans les armées de nombreuses cités de ces soldats professionnels, hoplites ou soldats légèrement armés (archers, frondeurs, "peltastes" armés de l'arc, de la courte épée courbe et du bouclier en forme de croissant). A l'époque héllénistique, des mercenaires d'origine grecque se retrouvent dans toutes les armées et sur tous les théatres d'opérations des pourtours de la Méditerranée.
Les causes de la multiplication des soldats professionnels à partir du IVè siècle sont diverses. A Athènes, on constate une désaffection pour les obligations militaires imposées aux citoyens, alors que simultanément le recrutement de mercenaires sen voit facilité. Les cités et plus tard les royaumes hellénistiques sont heureux de confier leur défense à des professionnels aguerris, ce qui met les citoyens à l'abri des aléas des batailles et de la guerre. Mais cette tendance n'est pas sans présenter des inconvénients: les troupes rémunérées ne sont pas toujours stables ni dignes de toute confiance. Elles peuvent se retourner contre leurs employeurs, être à l'origines de troubles sociaux, voire livrer la place qu'elles sont censées défendre. Les mercenaires eux-mêmes, souvent en provenance de régions défavorisées, cherchent un moyen de créer un pécule qu'ils souhaitent rapporter dans leur patrie, pratique attestée par des trouvailles monétaires, en Crète notamment.
Les esclaves combattent-ils dans les armées? A Sparte, les hilotes, peuple dépendant et par définition non spartiates de souche, fournissent des valets d'armes et parfois des combattants. A Athènes, en revanche, les esclaves ne sont pas autorisés à porter des armes. Il apparaît cependant que dès le Vè siècle av J.-C., dans plusieurs cités, des combattants sont recrutés au sein de la classe servile, notamment comme rameurs dans les vaisseaux de guerre. Dans les cas d'extrême danger, certaines cités sont conduites à affranchir des esclaves et à les incorporer au sein de troupes combattantes.
Dans l'Illiade, les dieux participent activement à toutes les phases
du conflit et s'engagent même parfois dans la bataille. Les dieux sont tout aussi présents dans la vie des combattants, des armées et des Etats en guerre. Certains moment particuliers du jour, du mois ou de l'année, des rites et des actes influent sur la conduite ou l'attitude des combattants et des armées. Ainsi, les Spartiates ne peuvent être présents à temps à Marathon, car ils sont retenus à Sparte pour une fête religieuse. En 413, le corps expéditionnaire athénien retarde son départ de Syracuse en raison d'éclipse de lune. Avant le déaprt au combat, le guerrier offre une libation. Avant la bataille, des devins procèdent au sacrifice, étudient les entrailles des animaux sacrifiés et y déchiffrent la volonté des dieux. Le cri de guerre (le péan) comporte un aspect religieux. Les boucliers portent parfois des représentations à caractère apotropaïque. Après la bataille, le vainqueur dresse un trophée avec les armements pris à l'ennemi. Il en dédie souvent une partie à Apollon, à Zeus ou à d'autres dieux dans les grands sanctuaires panhelléniques, comme Olympie ou Delphes. Innombrables sont les édifices et les oeuvres d'art consacrés en ces lieux après une victoire. Enfin on réserve la dîme du butin aux dieux. Ces usages se maintiennent à l'époque hellénistique. Le grand autel élevé par les rois de Pergame commémore leur victoire sur les Galates d'Asie Mineure.
La guerre et l'économie
Les historiens anciens, et même Thucydide, n'accordent pas à la dimension économique des guerre une place centrale.Ce facteur joue néanmoins un rôle parfois important dans le déclenchement, l'évolution ou les suites d'un conflit. La cause de la lédendaire guerre de Troie elle-même est parfois attribuée à des motivations d'ordre économique. Les Troyens auraient en effet fait peser une menace sur les courants économiques en bloquant le détroit des Dardanelles. Ce casus belli aurait entraîné une riposte des Mycéniens. La dispute intervenue entre Chalcis et Erétrie pour la fertile plaine lélantine pourrait, elle aussi, avoir un arrière-plan économique. Les mesures prises par les Athéniens pour limiter l'accès au port de Mégare, que l'on ne connaît que par des allusions assez imprécises, pourraient avoir joué un rôle dans le déclenchement de la guerre du Péloponnèse. Quant à l'empire perse, il intervint plus d'une fois dans le conflit, notamment par des appuis financiers aux ennemis d'Athènes.
Inversemment, les succès militaires peuvent être une source importante de revenus et d'enrichissement pour les cités qui en sont les bénéficiaires. Le meilleur exemple est donné par Athènes qui, à la suite de ses succés contre les Perses, a su créer une confédération d'Etats alliés soumis au versement d'un tribut. La suprématie navale athénienne a pour conséquence un enrichissement considérable d'Athènes, perceptible par l'ambitieux programme de constructions conduit par Périclès et ses successeurs sur l'Acropole.
D'une manière plus immédiatement perceptible encore, lkes campagnes militaires, parfois très coûteuses, se concluent quelquefois par des résultats heureux pour les vainqueurs. La saisie de richesses en métal précieux ou e objets de prix, mais surtout la capture de butin "mobile", hommes, femmes ou enfants susceptibles d'être vendus en esclavage ou échangés contre une rançon, suivent parfois des victoires dans le terrain. C'est notamment en faisant entendre qu'ils possèdent des trésors que les habitants d'Egeste, en Sicile, parviennent à convaincre les Athéniens de lancer leur grande expédition de Sicile en 415. Et c'est dans l'espoir d'un enrichissement rapide que bien des hommes sans ressources se lancent dans la carrière de mercenaires, principalement au IVè et à l'époque hellénistique.
L'attribution des fruits de la victoire suscite d'âpres disputes tout au long de l'histoire grecque. Elle est pourtant réglée par des usages apparemment établis de longue date: dans l'Illiade déjà, une "part de choix" est assurée aux rois, plus particulièrement à Agamemnon, le chef suprême de l'expédition achéenne. Le mode de répartition des prises est défini dans les textes littéraires, ainsi que par des traités en bonne et due forme. Une règle assez généralement répandue veut que les biens immobiliers reviennent aux combattants locaux, originaires du territoire où s'est déroulé un conflit ou une bataille, et que les biens transportables, y compris les êtres humains et le bétail, soien divisés entre les autres membres d'une coalition.
Il convient de mentionner enfin l'enrichissment qui peut découler de programmes d'armement, ou même pour des individus isolés ou de petites entreprises, la fabrication d'armes. On sait que la découverte d'un filon argentifère particulièrement rentable à permis à Themistocle de lancer un programme de construction de vaisseaux de guerre sans précédent à Athènes vers 482. C'est la flotte construite à cette occasion qui a rendu possible la victoire de Salamine sur la flotte perse. Il est évident qu'un programme aussi ambitieux a permis la création de nombreux emplois dans plusieurs secteurs de l'économie athénienne. Nous savons par des plaidoyers d'orateurs attiques que les fabricants d'armes pouvaient être très prospères. Les travaux entrepris pour la défense de la plupart des villes, en particulier la construction dès la fin de l'époque archaïque de murailles de plus en plus longues, puissantes et techniquement évoluées représente pour les cités des dépenses considérables, mais aussi l'assurance de revenus pour tous les hommes impliqués dans leur construction: ingénieurs, tailleurs de pierre et ouvriers de tous les corps de métier.
La guerre et le droit
Ben que le terme "guerre" (polemos) corresponde à une notion claire, opposée à celle de "paix" (eirénê), et que l'on parle de "guerre non déclarée" (polemos akêruktos), les relations entre cités grecques relèvent d'une situation de "ni guerre, ni paix", n'excluant pas les surprises. Les relations entre Athènes et Sparte, en revanche, sont dominées au Vè siècle par des "trêves" (spondai), dont la durée est fixée par des traités. Cette situation juridique explique pour une large part la construction de coûteuses murailles, gages de sécurité et d'indépendance politique.
La guerre entre cités proprement dite est régléepar un certain nombre de lois et d'usages non écrits, mais néanmoins généralement respectés par l'ensemble des belligérants: les "lois des Grecs" ou, plus généralement, les "lois communess au genre humain". Parmi ces usages figurent le respect des traités et de la parole donnée sous serment, l'inviolabilité des sanctuaires, celle des ambassadeurs, des théores et délégations se rendant à des festivals panhelléniques comme les concours d'Olympie, voire l'interdiction de mettre à mort des prisonniers qui se seraient rendus. Le non-respect de ces lois et usages entraîne une réprobation dont l'expression se retrouve sous la plume des auteurs tragiques, des historiens et des philosophes, qui eux-mêmes se font l'écho de sentiments plus largement partagés.
Le traitement des morts et des vaincus
A l'issue d'une bataille, les vaincus sont autorisés, sous le couvert d'une trêve, à récolter leurs morts tombés sur le champ de bataille. Les combattants tués sont ensevelis ou enracinés sur place, si on se trouve en territoire ami. Les usages diffèrent en fonction des cités et des circonstances. Les Athéniens transportent les cendres de leurs morts à Athènes. Les dépouilles sont exposées (prothesis) avant d'être transportées (ekphora) à la nécropole officielle (dêmosion sêma). Un stratège prononce alors l'éloge funèbre, célébrant les vertus des morts et la gloire de la cité. Le plus célèbre de ces discours, attribué par Thucydide à Périclès, est prononcé par l'homme d'Etat à la fin de la première année de la guerre du Péloponnèse (Thucydide, II, 35-46). On connaît plusieurs sépultures decombattants destinéesà perpétuer la mémoire des exploits et celles des morts au champ d'honneur,ainsi à Marathon ou à Chéronée.
Si la bataille en rase campagne est meurtrière, la mise à mort des prisonniers capturés reste l'exception et non la règle. Les combattants tombés vivants aux mains de l'ennemi peuvent être vendus comme esclaves, échangés, utilisés comme otages ou libérés. Dans le cas du siège des villes, la situation est encore plus variable. Une ville assiégée a souvent le choix de se rendre moyennant une convention ou de lutter jusqu'à une prise de force. La convention passée avec les assiégeants garantit la vie sauve à la population, hommes, femmes et enfants; ceux-ci peuvent généralement quitter la place en emportant le strict minimum. En revanche, la règle veut qu'en cas de prise d'assaut, le vainqueur peut disposer à sa guise de tout ce qui tombe entre ses mains, y compris les hommes, les femmes et les enfants. Dans ce cas, les défenseurs peuvent être massacrés, les femmes emmenés en esclavage. Cette réalité est généralement admise, et, depuis la prise légendaire de Troie, on la considère comme faisant partie des aléas de la guerre, même si les pièces tragiques représentées à Athènes suggèrent qu'on la déplore.
Des sévices ou traitements particulièrement cruels à l'égard des captifs ne sont pas génralisés, mais ils sont attestés. Les cas de brutalités les plus extrêmes se produisent souvent à l'occasion de conflits internes aux cités, où, à des différends d'ordre politique, vient s'ajouter une hostilité profonde, motivée par des raisons historiques. La volonté de mater des soulèvements ou des rebellions peut elle aussi entraîner des mesures particulièrement violentes. C'est le cas après le soulèvement de certaines cités alliées des Athéniens, comme Samos ou Mytilène, ou après le soulèvement de Thèbes, qui est détruite par Alexandre en 335 av. J.-C. et dont trente mille habitants sont réduits en esclavage.
Les guerres entre les successeurs d'Alexandre le Grand se concluent parfois par le passage de troupes entières, avec armes, bagages et familles, dans le camp du vainqueur. Le siècle qui suit la mort d'Alexandre le Grand (323) ne voit plus d'asservissements en masses dans la Grèce propre. Et, dès le IVè siècle av. J.-C., on constate la généralisation de l'entraide entre victimes des circonstances. Des inscriptions témoignent de l'intervention généreuse de citoyens en faveur de prisonniers libérés par des bienfaiteurs compatissants.

Pierre Ducrey
auteur de : Guerre et guerriers dans la Grèce antique, Paris, Hachette, 1999
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dimanche, 12 mars 2006
Lutter pour la patrie

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