vendredi, 03 décembre 2010
Le mur d'Hadrien
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vendredi, 23 novembre 2007
Courageux Barbares, vertueux Romains
Venant d'un soldat romain, le qualificatif de courageux pour un combattant est à peine un compliment. Pour une armée, c'est de l'entraînement que viennent force et efficacité, plus que du courage, vertu essentiellement individuelle. Les légions romaines resteront, à cet égard, un modèle inégalé jusqu'au XVIIIe siècle.
Le courage est habituellement considéré comme la vertu militaire par excellence, mais il n'a pas toujours été célébré comme tel. Les Romains, par exemple, n'évoquaient pour ainsi dire jamais le courage des légions. D'où venait alors leur force, selon eux ? Du fait qu'elles pratiquaient constamment l'exercice. Alors qu'il se trouvait en Orient, Pompée, un des grands généraux de la République, s'entraînait pendant le siège de Petra. Des messagers apparurent, la lance ornée de lauriers, donc porteurs de bonnes nouvelles. Malgré l'impatience de l'armée, Pompée continua son entraînement, montrant ainsi qu'il ne faisait qu'obéir à la première des exigences. En s'entraînant, le citoyen romain manifeste sa virtus, terme désignant le service de l'État, sous ses aspects à la fois civils et militaires. Virtus a donné en français "vertu", mais aussi "virilité" : on n'est pleinement un homme que si l'on pratique l'entraînement. Lorsque le jeune Tibère veut montrer à Auguste qu'il ne se présente pas à lui comme un rival politique, il abandonne l'exercice en se dévirilisant de façon symbolique, rassure Auguste.
C'est donc cette virtus qui ferait la force es légions. Et lorsque les Romains célèbrent le courage d'une armée barbare (c'est-à-dire ni romaine ni grecque), il ne s'agit pas tant d'un compliment. À leurs yeux, le Barbare est Barbare, parce qu'il n'a que cela. Les Romains le considèrent comme une qualité individuelle. S'ils ne l'évoquent pas à propos des légions, c'est qu'ils n'en font pas un critère d'efficacité militaire : "Mettez en ligne un soldat également courageux mais non entraîné, et il aura l'air d'une femme", écrit Cicéron.
Par raison, devoir, équité...
L'armée romaine a représenté un modèle d'organisation militaire longtemps inégalé, et il faut attendre le XVIIIe siècle pour voir des armées occidentales capables de manoeuvrer avec une rigueur comparable. Dans sa volonté de rationaliser l'art de la guerre et de composer le mouvement des armées comme un mécanisme d'horlogerie, le siècle des Lumières se méfie du courage guerrier, qu'il ne peut s'empêcher de percevoir comme une passion désordonnée. Sur un champ de bataille, le courage peut entraîner des comportements irrationnels qui risquent de nuire au bel ordonnancement des armées et de gripper une mécanique dont on attend la victoire. Ainsi, dans l'article "Courage" de l'Encyclopédie, le chevalier de Jaucourt s'empresse de célébrer cette vertu qui a produit parmi les plus grandes et les plus belles actions des hommes pour ajouter aussitôt : "Il faut convenir que le courage, pour mériter l'estime, doit être excité par la raison, par le devoir, et par l'équité." Ce n'est donc pas de ce sentiment que les stratèges des Lumières attendent le succès des manœuvres, mais d’une formation et d’un entraînement qui visent moins à obtenir des âmes fortes que des corps dociles.
Thierry WIDEMANN
Chargé de recherches au Centre d’études d’histoire de la défense (CEHD/SGA)
Source du texte : revue Armées d'aujourd'hui n°325 (nov 2007)
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mardi, 26 septembre 2006
TITE-LIVE : La bataille du mont Olympe, à la fin de l'été 189 av. J.-C.
Les Gaulois émigraient en masses des villages et des champs, traînant avec eux-mêmes, leurs femmes et leurs enfants, tout ce qu’ils pouvaient porter et pousser ; ils se dirigeaient vers le mont Olympe pour s’y retrancher, protéges par leurs armes et par le site (…) les Tolostoboges avaient occupé le mont Olympe ; les Tectosages s’étaient séparés d’eux pour gagner une autre montagne, appelée Magaba ; les Trocmes avaient confié femmes et enfants aux Tectosages et décidé, avec les hommes armés, de porter secours aux Tolostoboges. A ce moment, les roitelets des trois peuples s’appelaient Orgiago, Combolomarus et Gaudotus ; ils avaient adopté cette stratégie surtout parce qu’ils pensaient, en tenant les sommets les plus élevés de cette région et en y apportant de quoi subsister aussi longtemps qu’il faudrait, pouvoir fatiguer et dégoûter l’ennemi : celui-ci n’oserait pas approcher en traversant des endroits aussi escarpés et accidentés ; s’il essayait, une troupe réduite suffirait à l’arrêter ou à le troubler ; enfin, il ne supporterait pas, s’il s’installait au pied de ces montagnes glaciales, le froid et le manque d’aliments. Bien que l’altitude même du lieu les protégeât, les Gaulois entourèrent les sommets sur lesquels ils s’étaient installés d’un fossé et d’autres retranchements. (…) Les Gaulois, sûrs que leurs flancs sont tous deux inaccessibles, envoient quelque 4 000 hommes vers le sud pour occuper une colline qui domine le chemin, à moins d’un mille du camp, et en bloquer l’accès par les armes (…). Le combat s’engage de loin avec les armes de jet ; il est d’abord égal, car les Gaulois sont avantagés par le terrain et les Romains par l’abondance et la variété des projectiles ; mais à mesure que le combat avance, l’égalité cesse : leurs boucliers longs, mais trop étroits pour leur stature, et plats de surcroît, couvraient mal les Gaulois ; ils n’eurent bientôt plus d’armes à par leurs épées, qui ne servaient à rien puisque l’ennemi n’engageait pas le corps à corps ; ils lançaient des pierres (…) sans ajuster ni appuyer le tir, faute d’habitude ; frappés de toutes parts, à l’improviste, de flèches, de balles et de javelots, ils ne savaient que faire, aveuglés par la colère et la peur, et pris au dépourvu par un genre de combat auquel ils sont inaptes. Car si, dans le combat rapproché où l’on reçoit et inflige tour à tour des blessures, la rage les rend courageux, au contraire, quand ils ne peuvent se ruer nulle part dans un assaut aveugle, telles des bêtes transpercées, ils se jettent au hasard contre les leurs. Comme ils combattent nus et que leur peau est grasse et blanche, puisqu’ils ne se déshabillent que pour combattre, leurs blessures étaient mises à nu : ainsi la masse des chairs lassait couler plus de sang, les plaies béantes étaient plus affreuses et la blancheur du corps était plus souillée par le sang noir. Mais les plaies ouvertes ne les émeuvent guère : parfois, quand la blessure est large plus que profonde, ils arrachent la peau autour, pensant augmenter leur gloire. Mais quand une pointe de flèche ou une balle de fronde a pénétré dans la chair et la brûle, sous l’aspect d’une petite blessure, et qu’ils cherchent à arracher ce projectile qui ne vient pas, la
honte et la rage les prennent d’être victimes d’un si minuscule adversaire, et ils se couchent à terre, si bien qu’alors ils gisaient épars ; d’autres se ruaient sur l’ennemi et étaient frappés de toutes parts ; et s’ils arrivaient au contact, l’épée des vélites les transperçait ; ce soldat est armé d’un bouclier de trois pied, porte du côté droit des javelots qu’il lance de loin, et à la ceinture d’un glaive espagnol ; s’il faut combattre au corps à corps, il fait passer les javelots dans la main gauche et tire l’épée. Il restait peu de Gaulois vivants : quand ils se virent battus par l’infanterie légère et menacés par les enseignes des légions, ils fuirent en désordre, rejoignirent le camp déjà rempli de terreur et de panique, comme tout endroit où sont mélangés femmes, enfants et toute la foule des gens inaptes à la guerre. Abandonnées par la déroute des ennemis, les collines accueillirent les Romains vainqueurs.(…) Les Gaulois, craignant que leurs retranchements ne leur offrissent une protection insuffisante, s’étaient rangés en armes devant la palissade ; ils furent alors écrasés sous les projectiles de toutes espèces ; plus ils étaient nombreux et serrés, moins les tirs manquaient les cibles : en un instant ils sont contraints à rentrer, ne laissant que devant les portes des gardes solides. La foule repoussée dans le camp reçut une grande quantité de projectiles, et les cris mêlés de gémissements des femmes et des enfants révélaient le grand nombre des blessés. Contre ceux qui gardaient les portes, les éléments avancés des légions lancèrent leurs javelots ; ceux-ci ne les blessaient pas, mais les boucliers étaient traversés et fixés les uns aux autres. Les Gaulois ne soutinrent pas plus longtemps l’assaut romain.
Les portes étaient forcées ; sans attendre l’irruption des vainqueurs, les Gaulois s’enfuirent du camp dans toutes les directions (…).
Tite-Live (-59 +17)
Fils d'une riche famille, il fait d'abord des études de rhétorique qui l'amènent à s'installer à Rome. Mais il se consacre finalement aux lettres. Malgré ses convictions républicaines, il est très proche d'Auguste qu'il va d'ailleurs aider dans son entreprise de réhabilitation de la grandeur de Rome. En effet, s'il est historien, sa discipline est pour lui un genre littéraire qui doit édifier et idéaliser le passé du monde romain et les vertus du peuple. Dans ses cent quarante-deux livres que composent son Histoire de Rome, dont seuls des fragments nous sont parvenus, Tite-Live offre une fresque moralisatrice et oratoire dont Auguste se servit pour asseoir son pouvoir et renforcer l'unité nationale.
Histoire romaine, XXXVIII, 18-23
Traduction de Richard Adam
Paris, Les Belles Lettres, 1982
Écrit par SG (Webmaster) dans > Textes anciens, HISTOIRE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Gaulois, Olympe, bataille, Romains, Tite-Live |
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