mercredi, 08 septembre 2010
La face cachée du pétrole
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vendredi, 05 décembre 2008
Le crash pétrolier (1/5)
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jeudi, 30 octobre 2008
L'énergie, source de conflits
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jeudi, 15 mai 2008
Bienvenue dans le monde réel
L’époque de la croissance occidentale illimitée et sans concurrence autorisée par l’abondance de l’énergie à bon marché est terminée. Le pouvoir appartiendra désormais aux pays producteurs, et les nations sans ressources vont engager une lutte sans merci pour se garantir un approvisionnement devenu insuffisant pour satisfaire aux besoins de tous. Bienvenue dans le nouveau monde, le nôtre.
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mardi, 13 mai 2008
Géostratégie de l'énergie, par Michael T. Klare
L’approvisionnement en pétrole et matières premières en voie de raréfaction est devenu l’enjeu géostratégique majeur déterminant la politique des grandes puissances. C’est dans cette optique que le Pentagone reconfigure ses forces et repense sa doctrine stratégique. De l’Asie Centrale à l’Afrique en passant par les Balkans et le Moyen Orient, les USA veulent contrôler les zones de production et les voies d’acheminement des ressources vitales. Dans ce grand jeu, la Navy se voit attribuer un rôle clé, celui de s’assurer de la maîtrise des routes maritimes face au rival chinois. Des dizaines de milliards de dollars lui sont attribués pour financer cette montée en puissance.
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vendredi, 14 mars 2008
Les richesses du Groenland excitent la convoitise
Certains y verront un présage. Lors d'une séance de plongée, a-t-on appris hier, le prince héritier du Danemark, Frederik, a perdu son alliance en or du Groenland. Le même jour, ce territoire autonome danois s'entendait avec Copenhague sur un dossier qui pourrait conduire, à terme, à la perte par le royaume de ce continent glacé. Les débats portaient sur la répartition des ressources pétrolières qui, selon diverses études, existent en quantité considérable dans le sous-sol et au large de cette île située en grande partie au nord du cercle polaire arctique.
Le réchauffement climatique, qui facilite l'accès aux nappes pétrolifères, et l'envolée des cours du brut, qui rentabilise leur exploitation, font espérer aux 56 500 habitants du territoire d'outre-mer une manne pétrolière qui a relancé leurs velléités d'indépendance.
Le régime autonome obtenu il y a 30 ans est désormais jugé insuffisant par la quasi-totalité des partis politiques groenlandais. D'où la décision du gouvernement local d'organiser un référendum, le 25 novembre, en vue de renforcer l'autonomie.
Pour les plus déterminés, ce ne sera qu'une étape de plus vers l'indépendance de l'île, qui avait quitté la Communauté européenne dès 1985.
Les Groenlandais veulent en particulier avoir les mains libres pour attribuer des licences d'exploration à des compagnies intéressées par les hydrocarbures et les minerais de l'île (aluminium, diamant, uranium, etc.). Selon une récente étude américaine, le Nord-Est du territoire recèle des réserves équivalant à un tiers du pétrole extrait à ce jour de la mer du Nord. "Mais l'extraction n'aura peut-être pas lieu avant 10 ans", reconnaît une porte-parole du gouvernement autonome, sis à Nuuq.
Le royaume tente de ralentir le processus de sécession, sans vraiment chercher à s'y opposer. Avec un brin de fatalité, il avait accepté, en 2004, la création d'une commission bilatérale chargée de définir l'autonomie à venir du Groenland.
Hier, cet organisme a confirmé un accord préalable dessiné il y a un an. Ainsi les recettes pétrolières iront-elles à l'île jusqu'à un seuil annuel de 75 millions de couronnes (10 millions d'euros). Au-delà, elle les partagera avec Copenhague. En contrepartie, l'enveloppe versée par le royaume équivalant à 470 millions d'euros par an décroîtra. En cas de transfert de nouvelles compétences vers le territoire, celui-ci réglera la note.
L'accord est approuvé par les partis représentés au Parlement de Copenhague, à l'exception de l'extrême droite. Le Parti du peuple danois (DF), qui soutient la coalition minoritaire au pouvoir, s'oppose à la «dérive» groenlandaise, qui s'ajoute aux démangeaisons indépendantistes des îles Féroé, l'autre territoire autonome danois. Mardi, il a contesté la souveraineté des autochtones sur le Nord-Est pétrolifère du Groenland, en disant que les Inuits n'y avaient jamais habité. L'extrême droite affirme également que les indépendantistes groenlandais sont soutenus par les États-Unis, qui maintiennent une base sur l'île, à Thulé. «DF cherche à saboter les négociations parce qu'il ne supporte pas l'idée qu'autant de pétrole puisse échapper au Danemark», rétorque la porte-parole groenlandaise à Nuuq.
Source du texte : FIGARO.FR
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vendredi, 14 décembre 2007
L'Iran déclare la guerre au dollar
L'Iran a décidé de renoncer à la monnaie américaine pour l'exportation de son pétrole. Le ministre iranien du Pétrole Gholam Hossein Nozari a déclaré : "Nous avons cessé de vendre notre pétrole brut en devises américaines dans le cadre de notre politique d'échange de pétrole contre des devises autres que le dollar".
L'Iran se préparait depuis longtemps à renoncer à la monnaie américaine, puisqu'il avait progressivement réduit ces deux dernières années la part des pétrodollars dans ses recettes. En tant que motif à ce renoncement, on invoque la dévalorisation du billet vert : "La chute du cours du dollars US cause un grave préjudice aux pays exportateurs de pétrole, il n'y a plus de confiance dans le dollar". Mais il y a certainement un calcul purement politique parmi ces motivations. Comme l'a expliqué fin novembre le président du parlement iranien Gholam-Ali Haddad-Adel au cours d'une conférence de presse à Bakou, "l'introduction dans le monde de rapports commerciaux en dollars assure aux Etats-Unis la possibilité de faire pression sur certains pays".
Plusieurs représentants de l'OPEP ont émis des doutes quant au bien-fondé de l'emploi du dollar en qualité d'unité de compte dans le commerce des ressources énergétiques, cela concerne avant tout les adversaires les plus farouches des Etats-Unis: le président iranien Mahmoud Ahmadinejad et le président vénézuélien Hugo Chavez. M. Ahmadinejad a invité ses partenaires au sein du cartel pétrolier à renoncer au dollar dans le commerce du pétrole : "Dans les transactions économiques, commerciales et pétrolières, il faut le remplacer (le dollar) par une autre monnaie, plus fiable". Bien que l'Iran occupe la deuxième place au sein de l'OPEP pour le volume de pétrole fourni sur les marchés mondiaux, cette idée n'a pas encore rallié le soutien de la majorité des membres de l'organisation. L'Arabie Saoudite a bloqué en novembre la proposition de l'Iran et du Venezuela d'examiner la question du refus des pays de l'OPEP de vendre du pétrole en dollars, néanmoins, six pays du golfe Persique étudieront de nouveau la possibilité de vendre leur brut contre d'autres devises.
Le fait que le vice-président du conseil d'administration de Gazprom Alexandre Medvedev ait déclaré le 30 novembre à New York que le monopole russe du gaz envisageait de vendre du pétrole et du gaz contre des roubles, plutôt que contre des dollars ou des euros, est significatif. Les dirigeants du géant gazier sont contraints de changer de politique monétaire en raison de la situation sur les marchés financiers mondiaux. Le calendrier de l'adoption de cette décision n'est pas précisé mais selon M. Krouglov, directeur du département économie et finances de Gazprom, le passage aura lieu plus tôt qu'on ne le pense.
Dans le contexte d'affaiblissement incessant de la monnaie américaine, le rattachement des exportations au dollar est très désavantageux. Dans le cas du gaz, le prix est fixé dans des contrats à long terme et, au cours de leur réalisation, le dollar peut perdre 15 ou 20% de sa valeur compte tenu des taux actuels de sa chute. Ainsi, depuis début 2007, le dollar a déjà perdu plus de 10% par rapport au panier de devises. Par conséquent, les recettes des exportateurs russes de pétrole et de gaz ont diminué.
La baisse de l'attrait pour le dollar dans le monde entier est un fait indéniable. L'euro gagne en popularité. La diversification considérable des opérations de change illustre parfaitement ce processus. Par exemple, en 2005, la part des autres monnaies constituait 8,1% de la somme globale des transactions. Cette année, cet indice a déjà dépassé 18% et, comme l'assurent les spécialistes, ce chiffre n'a pas atteint sa limite, loin s'en faut.
Les monnaies de plusieurs pays commencent à rejoindre le pool des principales monnaies de réserve. Le Conseil de coopération du Golfe, dont font partie, entre autres, les grands exportateurs proche-orientaux d'hydrocarbures, a annoncé son intention de lancer le "dinar du Golfe", monnaie régionale commune qui pourrait être mise en circulation d'ici trois ans et avoir la même importance que le dollar et l'euro. Le conseil regroupe, en plus des Emirats arabes unis, l'Arabie Saoudite, Bahreïn, le Koweït, le Qatar et le Sultanat d'Oman.
Fin novembre 2007, Omar bin Sulaiman, gouverneur du Dubai International Financial Center (DIFC), a déclaré dans une interview au journal Al Bayane qu'au moins trois des pays producteurs de pétrole de la péninsule arabique avaient l'intention de renoncer au rattachement de leurs monnaies nationales au dollar US. Il n'a pas cité ces pays ni précisé à quel moment cette décision serait prise, se bornant à indiquer que cette question était actuellement examinée par la Banque centrale des Emirats arabes unis. Selon son gouverneur, Sultan Ben Nasser al-Suwaidi, la BC "étudie sérieusement le renoncement au rattachement du dirham au dollar US et le changement de politique monétaire". Le 15 novembre, il a précisé que les Emirats renonceraient probablement au rattachement du dirham au dollar en raison de l'instabilité de celui-ci et passeraient au panier de devises. De l'avis général, la chute du dollar se poursuivra, ce qui continuera à favoriser un changement d'attitude à son égard.
Début 2007, la Chine a décidé catégoriquement de se débarrasser d'une bonne partie des dollars de ses réserves d'Etat. A ce jour, les réserves de devises de la Chine comportent 800 milliards de dollars. Pour l'essentiel, ce sont des obligations émises par le département américain du Trésor. D'après les prévisions, la Chine comptera cette année mille milliards de dollars de créances du gouvernement américain. La nouvelle politique de Pékin, même si elle ne sape pas les positions globales du dollar, entraînera une présence plus importante des monnaies et des titres de l'Union européenne et des Etats voisins de la Chine dans les réserves chinoises de change. Les analystes prévoient une diminution d'environ 15% de la part des dollars dans les réserves de devises de la Chine. Notons que 1% des réserves chinoises de change représente environ 14,5 milliards de dollars.
Début novembre, le vice-président de la Banque centrale de Chine Xu Jian a indiqué : "le statut du dollar en tant que monnaie mondiale n'est pas solide, la fiabilité des actifs en dollars se réduit. J'estime que le dollar continuera à s'affaiblir en 2008 à cause de l'accroissement du déficit commercial des Etats-Unis". En même temps, Pékin déploie de grands efforts en vue de rehausser le rôle de sa monnaie en Asie et dans le monde entier. Le gouvernement chinois utilise progressivement sa monnaie nationale aussi bien pour effectuer des règlements avec les pays voisins que pour ses investissements à l'étranger. Le rôle de la livre sterling s'est considérablement accru ces dernières années. La monnaie britannique occupe actuellement la troisième place parmi les monnaies de réserve les plus répandues. Entre 2000 et 2007, la part de l'épargne en livres sterling dans le monde entier est passée de 2,8 à 4,2%.
Certes, le renoncement total au dollar en qualité de monnaie de réserve mondiale est irréaliste, car cela pourrait provoquer un effondrement des finances globales. Mais des signes de plus en plus nombreux témoignent de l'aspiration des nations à réformer le système fondé sur le dollar. Naturellement, les premiers à réclamer cela sont les pays que les Etats-Unis ont froissés : l'Iran et le Venezuela. Mais ils sont également suivis par des Etats dont le bien-être dépend directement du cours du billet vert. Il s'agit des pays qui possèdent d'immenses réserves de devises (Chine) et des exportateurs d'hydrocarbures (Etats arabes, Russie, Iran et Venezuela).
Dans le cas du pétrole et du gaz, le renoncement aux cotations en dollars pourrait entraîner la réforme de tout le système commercial fondé sur le billet vert et les bourses occidentales: celles de New York et de Londres. Cela étant, les pays producteurs de pétrole (et, compte tenu de la formation des prix, les pays producteurs de gaz) n'ont aucune possibilité d'influer sur les prix de leur principal produit. La Russie se trouve traditionnellement dans cette situation. Ces derniers temps, l'influence de l'OPEP sur les prix du pétrole s'est considérablement affaiblie. Une situation dans laquelle les prix du combustible sont fixés par le camp des pays acheteurs est anormale. Par conséquent, profitant de l'affaiblissement évident du dollar (et de l'atmosphère psychologique qui l'entoure), les pays producteurs commencent à lutter pour renverser ce système. La hausse du prix des hydrocarbures et la crainte que leurs réserves ne s'épuisent prochainement jouent en faveur de ces Etats. Le moment est bien choisi. A présent, on peut s'attendre à un rapprochement entre les pays producteurs qui s'effectue déjà, par exemple, dans le secteur du gaz (les premiers pas vers la création d'une "OPEP du gaz" ont été faits en mars 2007 à Doha).
Evidemment, le passage à l'euro (ou aux rouble, dinar, yuan...) pour le paiement des livraisons de pétrole ne peut se faire du jour au lendemain. Cependant, la démarche de l'Iran, surtout si ce dernier est suivi dans cette voie par d'autres pays producteurs de pétrole, est potentiellement capable d'ébranler fortement la toute-puissance du dollar dans le commerce mondial.
Igor Tomberg
chercheur au Centre d'études énergétiques de l'Institut d'économie mondiale et de relations internationales de l'Académie russe des sciences.
Source du texte : RIA NOVOSTI
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lundi, 24 juillet 2006
L’Union européenne osera-t-elle conclure une alliance énergetique avec la Russie ?

Le français Total et l’Institut de prévisions économiques relevant de l’Académie des sciences de Russie (RAN) ont présenté un rapport sur le thème : La Russie et l’Europe : alliance économique ou conflit énergétique. Cette étude permet de se faire une idée plus précise des rapports présents et futurs entre fournisseurs et consommateurs de pétrole et de gaz.
Une méfiance réciproque
L’académicien Viktor Ivanter, directeur de l’Institut de prévision économique (IPE), et le vice-président senior de Total, Menno Grouvel, relèvent que le prix de l’essence à la pompe, les factures d’électricité, de gaz, de chauffage et d’eau chaude dépendront, dans un quart de siècle, de ce que nous faisons aujourd’hui. La stratégie et la prévision à long terme dans le domaine de l’énergie sont nécessaires pour définir les approches à retenir en matière d’extraction des hydrocarbures et de création d’axes de transport. Aujourd’hui, la Russie engrange des sommes considérables provenant de l’exportation de matières premières et de produits énergétiques. Toutefois, les carences institutionnelles, l’absence de volonté politique, la méfiance réciproque des milieux d’affaires, de l’Etat et de la société ne permettent pas de dynamiser les investissements, malgré les réserves qui se sont accumulées dans les secteurs aussi bien privé que public.
Après la crise de 1998, l’économie russe n’a pas été en butte à des restrictions énergétiques, la demande d’énergie n’étant pas un facteur limitatif de la croissance économique. Cependant, la Russie produit-elle suffisamment de pétrole et de gaz pour approvisionner en énergie sa propre économie ? Ne va-t-il pas falloir réduire les exportations pour pouvoir satisfaire la demande intérieure, en hausse rapide ? D’autre part, combien coûtera la tonne de brut dans 25 ans, si les gisements connus arrivent à épuisement et si l’on est obligé d’extraire le pétrole sur les plateaux continentaux des mers septentrionales et en Sibérie orientale et d’y créer une infrastructure réclamant des milliards de dollars d’investissements ?
Les dépenses d’extraction ne figurent pas parmi les problèmes préoccupant outre mesure l’Etat russe. Les esprits étant hantés par une chute éventuelle des prix du brut, l’argent s’accumule dans le Fonds de stabilisation qui a été créé à l’étranger, car les autorités se méfient de leurs propres économie et système bancaire. Mais comme le soulignent MM. Grouvel et Ivanter, un autre aspect du problème est plus actuel aujourd’hui : que se passera-t-il si les prix du pétrole ne baissent pas, si les gisements bon marché s’épuisent et qu’il s’avère nécessaire d’extraire du pétrole et du gaz devenus onéreux, car extraits sur le plateau continental ?
Ces derniers temps, Gazprom a opté pour la tactique de la négociation conflictuelle, menaçant l’Union européenne de diriger les ressources vers l’Orient et non vers l’Europe, alors que l’UE invoque de son côté la nécessité de s’affranchir de sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Dans le cadre de cette stratégie conflictuelle, des tentatives sont effectuées périodiquement pour empêcher les sociétés russes d’accéder aux réseaux de distribution au sein de l’UE, et les compagnies étrangères aux ressources russes. Nous assistons à une collision des ambitions des bureaucrates européens et du monopole gazier russe : les premiers veulent convaincre l’opinion que la monopolisation du marché européen par la Russie recèlerait de grands risques, tandis que les seconds prétendent que l’Europe imposera ses prix aux fournisseurs de produits énergétiques et que cela se traduira par une perte de revenus pour Gazprom. Selon la déléguée du groupe Total pour la Russie, Inessa Varchavskaïa, ces méthodes ne sont pas productives, et dans la situation présente, il faut passer à la mise en place d’une alliance énergétique fondée sur des rapports stratégiques entre fournisseurs et consommateurs d’hydrocarbures.
Il serait constructif de rechercher une alliance énergétique conventionnelle, qui garantirait la stabilité économique et politique dans les rapports énergétiques entre la Russie et l’Europe et, partant, la sécurité énergétique. L’étude montre qu’un espace pour une alliance énergétique existe bien. Pour couvrir la pénurie d’énergie en Europe avec des livraisons russes, les compagnies extractives sont contraintes de passer sur le plateau continental, où le gaz est d’accès plus difficile et où le pétrole est composé de fractions lourdes. Le problème qui se pose dans ce cas, c’est celui du manque de technologies et pas simplement de moyens financiers. Selon Total et la RAN, « la Russie a besoin de capitaux amendés par des technologies et de l’expérience de leur utilisation ». A partir de ce principe, dans la nouvelle alliance énergétique, l’objectif numéro un serait non pas des bénéfices immédiats, mais un système stratégique de rapports mutuels.
La demande mondiale d’hydrocarbures
La situation qui prévaut sur le marché énergétique mondial et les prévisions pour l’avenir prévisible donnent à penser que les hydrocarbures demeurent l’assise du fonctionnement de l’industrie et du secteur énergétique mondiaux. Les bilans énergétiques des grandes économies de l’Union européenne annoncent une pénurie de l’énergie locale. D’autre part, l’augmentation de la demande d’énergie émane dans une mesure toujours plus grande des pays asiatiques émergents. Jusqu’en 2030, la demande mondiale progressera d’environ 2 % par an. La RAN et Total prévoient un accroissement insignifiant des potentialités de l’électronucléaire et une réduction de la part de ce dernier dans la production de courant.
Actuellement, l’UE importe la moitié des produits énergétiques dont elle a besoin (73 % du pétrole et 44 % du gaz). En 2030, la part des importations d’hydrocarbures sera de 70 % (92 % du pétrole et 81 % du gaz). Le rôle du gaz naturel augmentera sensiblement, tandis que sa production locale diminuera. Par conséquent, les pays de l’UE vont devoir faire passer leurs importations de gaz de 180 milliards de mètres cubes en 2005 à 650 milliards en 2030. Les pays de l’UE sont donc les premiers intéressés à régler le problème de l’approvisionnement en produits énergétiques sur le long terme, sur une base transparente.
A l’heure qu’il est, environ 20 % du pétrole et plus de 25 % du gaz naturel consommés par l’Union européenne sont d’origine russe. La Russie entend rester un important partenaire énergétique des pays de l’UE durant le premier tiers du XXIe siècle. Elle possède, pour cela, des réserves de produits énergétiques considérables.
L’énergie et la politique
A la différence du commerce des articles industriels réalisé dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, la vente des produits énergétiques se fait dans le cadre de règlement établis et sans cesse modifiés par des régions, des pays, des associations de producteurs et de consommateurs. Prenons l’exemple de la Bolivie qui, au mois de mai, a nationalisé la totalité de son secteur énergétique et confié à une seule société la vente des hydrocarbures. Selon Viktor Ivanter et Menno Grouvel, la Charte énergétique, qui n’a pas été ratifiée ou signée par les plus grands pays exportateurs d’hydrocarbures, « lèse manifestement les intérêts des pays producteurs de pétrole et de gaz (…)Le problème, ce n’est pas que la Russie ne ratifie pas la Charte énergétique. Ce que l’on ne comprend pas, c’est pourquoi la Russie a signé ce document boiteux », lit-on dans leur rapport. D’un autre côté, malgré le caractère inacceptable de la charte sous sa forme actuelle, le commerce de l’énergie ne saurait se faire sans règles générales. C’est pourquoi les chercheurs relèvent que les pays consommateurs et les pays producteurs d’hydrocarbures doivent instaurer un dialogue, qui doit déboucher sur l’élaboration d’un nouveau document énonçant des règles générales du commerce.
Le niveau actuel des rapports avec les fournisseurs d’hydrocarbures, dont la Russie, ne permet pas d’assurer la fiabilité et la pérennité requises des approvisionnements. Par exemple, la tension observée en janvier-février 2006 dans les livraisons de gaz à l’Europe était due notamment aux lacunes des rapports juridiques entre les fournisseurs, les pays de transit et les consommateurs de gaz. Et aujourd’hui encore, rien ne garantit que cela ne se reproduira plus.
La tension politique dans les liens énergétiques internationaux recèle de nombreuses composantes économiques. Par exemple, le réseau de gazoducs actuel, constitué de conduites très longues, bordées de nombreux consommateurs, avec un débit fixé et une demande en hausse, ne peut pas ne pas être à l’origine de conflits, surtout en période de grands froids. Des investissements opportuns dans les structures de stockage de pétrole et de gaz permettraient de régler bon nombre de questions, sans qu’il soit besoin de les porter au niveau de la géopolitique. Il faut, par conséquent, aménager de grands dépôts dans les pays consommateurs d’Europe, de manière à pouvoir faire face aux fluctuations de la demande. La participation de la Russie à ces projets est envisagée comme l’un des volets obligatoires de l’alliance énergétique.
Les technologies économisant l’énergie
Les sociétés productrices de pétrole et de gaz devant disposer de certaines garanties politiques dans le choix des projets d’investissement, il faut donc élaborer une stratégie énergétique à long terme définissant les priorités dans les relations internationales. Il est indispensable de définir des règlements identiques pour les investisseurs disposés à faire l’acquisition d’actifs ne présentant pas un intérêt stratégique pour la Russie et l’Europe. Aussi Inessa Varchavskaïa estime-t-elle indispensable de définir des critères de l’« importance stratégique » des actifs, acceptables par la Russie, la France et les autres pays de l’UE, de manière à passer de la méfiance réciproque à un partenariat énergétique à long terme. Pour la Russie, les actifs stratégiques sont ceux qui assurent l’approvisionnement régulier des consommateurs russes de combustibles et d’énergie dans le respect des engagements contractuels.
Maintenant, une question se pose : l’extraction des produits énergétiques en Russie peut-elle couvrir les besoins du pays et la demande de l’Europe ? La thèse selon laquelle l’économie russe consommerait beaucoup plus d’énergie que ne le permettent ses potentialités doit être perçue comme une critique. Les chercheurs font remarquer que les pertes d’énergie s’observent surtout dans le chauffage. L’implantation de technologies économisant l’énergie réclame un rééquipement fondamental des immeubles et du réseau de chauffage dans l’ensemble du pays, une révision du paradigme de la production/distribution de chaleur. L’insuffisance des investissements dans la prospection et l’aménagement des gisements, dans l’extraction et la production, a pour corollaire une pénurie d’énergie pour les consommateurs intérieurs, compte tenu de la dynamique du développement économique. Rappelons que dans quatre entités de la Fédération de Russie, la pénurie d’énergie se chiffre déjà à 12 000 MW, et que d’ici quelques années, ce sont 16 entités russes qui devront faire face à un déficit de même importance.
La base technico-technologique de l’économie russe, créée en URSS, prend appui sur une consommation d’énergie bon marché, ce qui permet d’exporter de Russie des produits industriels relativement peu chers, tel l’aluminium. D’où la lenteur de la modernisation des équipements et la consommation d’énergie par article beaucoup plus grande que dans les pays où l’électricité et le gaz sont plus chers. Parallèlement, étant donné que la croissance industrielle implique une augmentation de la consommation d’énergie, l’industrie russe pourrait très prochainement se heurter à un manque général de ressources énergétiques.
Cette situation réclame l’implantation de technologies économisant l’énergie pour contenir la hausse spontanée de la demande d’énergie. Faute de quoi, une augmentation incontrôlée de la demande provoquera inévitablement une flambée des tarifs de l’énergie. C’est d’ailleurs ce que ne cesse de dire le gouvernement russe. Le retard dans l’implantation de nouvelles technologies de production de courant pourrait entraîner un ralentissement du développement des autres secteurs économiques et de l’amélioration du niveau de vie.
Pour que le gaz continue de faire tourner l’industrie et la plus grande partie des centrales électriques, les prix de l’énergie seront articulés sur les prix intérieurs des hydrocarbures. Relevant que les technologies mondiales de production de courant reposent dans une grande mesure sur la combustion d’hydrocarbures, autrement dit sur l’intercomplémentarité du pétrole et du gaz et d’investissements relativement peu importants (entre autres, pour le passage à une utilisation propre du charbon), MM. Grouvel et Ivanter réfutent le point de vue selon lequel le rattachement du prix du gaz à celui du pétrole n’a plus sa raison d’être et qu’il faut passer désormais à la fixation des prix du gaz selon les principes de marché. D’après eux, même dans le cadre du commerce boursier du gaz, le « détachement » des prix n’est pas pour demain, il ne pourra s’effectuer qu’après le remplacement de toute une génération de technologies.
Le scénario du développement de l’économie russe
Prenant en compte l’évaluation de la demande d’énergie de l’UE ainsi que les prévisions concernant les exportations d’énergie de la Russie dans le cadre du scénario économique de base du ministère russe du Développement économique et du Commerce (MERT) pour la période allant jusqu’en 2015, l’Institut de prévision économique relevant de la RAN a fait quelques prévisions concernant le développement macroéconomique. Avec une augmentation de la production de pétrole et de gaz de l’ordre de 1-1,6 % l’an, la consommation intérieure sera prioritaire par rapport aux exportations, si bien qu’en 2015 des sociétés européennes mettront en valeur des gisements que les sociétés russes n’auraient pas commencé à exploiter avant 2030. La logique de cette décision est simple : puisque les autorités russes entendent satisfaire la demande de l’UE, elles doivent laisser les Européens investir dans l’extraction des ressources énergétiques russes pour que cela se traduise par l’utilisation de technologies pointues destinées à mettre en valeur des gisements coûteux. Selon les estimations de l’Institut de prévision économique et de Total, en 2015 les sociétés européennes investiront pas moins de 450 dollars par tonne d’extraction annuelle de brut et de 255 dollars par millier de mètres cubes d’extraction annuelle de gaz.
Le maintien d’une croissance économique acceptable est prévu dans un scénario "économique" orienté sur l’essor de l’industrie de transformation et les économies d’énergie. Selon ce scénario, basé sur une croissance économique d’environ 7 % et des économies d’énergie substantielles (baisse de l’intensité énergétique de 3,4 % par an), le déficit des livraisons d’hydrocarbures russes (différence entre les besoins de l’Europe en énergie russe et les potentialités des exportations de la Russie vers l’Europe) serait en 2015 de 62 à 91 millions de tonnes de pétrole et de 24 milliards de mètres cubes de gaz, en fonction de la dynamique de la demande européenne. Pour combler ce déficit, il est envisagé de drainer entre 29 et 46 milliards de dollars de capitaux européens dans la prospection et l’extraction d’hydrocarbures.
Les autres scénarios révèlent des risques probables dans la période concernée par les prévisions. Ce pourrait être un ralentissement de la croissance économique, permettant une réduction de la consommation d’énergie intérieure au profit d’une augmentation des exportations. Si les tendances actuelles se maintenaient, et en l’absence d’investissements importants dans le secteur énergétique, cela pourrait aussi déboucher sur une pénurie accrue d’énergie en Europe et des conflits de toutes sortes liés à la répartition des exportations d’hydrocarbures en quantités restreintes.
La politique économique de la Russie en matière d’énergie
Dans le processus de formation des diverses associations régionales, il faut préserver les intérêts du pays et, pour ce faire, les énoncer clairement aux partenaires. Actuellement, les prix sur le marché intérieur de la Russie sont sous-évalués par rapport aux prix européens et aux prix mondiaux moyens. Il y a deux raisons à cela : le niveau peu élevé des revenus de la population et la faible efficacité de l’industrie de transformation. Les auteurs du rapport estiment que les prix intérieurs vont se hisser graduellement au niveau des prix mondiaux, mais que cela ne se produira pas instantanément, à coup d’arrêtés gouvernementaux. La dynamique des prix sera déterminée par l’augmentation des revenus de la population et les lois du commerce boursier. Selon eux, bien que leur courbe soit à la hausse, les prix du gaz seront longtemps encore maintenus à un bas niveau par le faible rendement énergétique de la production.
Pour les auteurs du rapport, l’implication de l’Etat dans le secteur pétrogazier, y compris dans le problème de la division de Gazprom, correspond objectivement aux tendances mondiales et au niveau de développement de l’économie russe. Gazprom est une société exceptionnelle, disposant de réserves record de gaz et pouvant planifier son extraction sur le long terme, en prenant en compte les intérêts du pays. Aussi sa division n’interviendra-t-elle pas dans un avenir visible.
Dans le même temps, l’efficacité de la gestion de Gazprom demeure un problème d’actualité. MM. Ivanter et Grouvel estiment que la décentralisation de la direction et la séparation des centres de profit à l’intérieur de la compagnie amélioreraient son rendement. Quant à l’introduction des principes modernes de gestion corporative d’une entreprise publique, telle que Gazprom apparaît formellement après la libération du marché des valeurs, ils la considèrent comme absolument indispensable. Et dans la mesure où c’est l’Etat qui doit déterminer le rôle de Gazprom dans la prise des décisions stratégiques, et non le contraire, la tendance à la transformation des grandes sociétés énergétiques en véritables sociétés publiques, ayant une comptabilité transparente et un management soucieux des intérêts à long terme de tous les actionnaires, est irréversible. Sur ce plan, l’Etat peut aiguillonner les sociétés nationales et créer des stimulants pour canaliser le secteur privé dans ce processus. C’est d’ailleurs ce que le président russe, Vladimir Poutine, a tenu à souligner dans le message qu’il a adressé au Parlement le 10 mai 2006.
La création d’une alliance énergétique avec la Communauté européenne ne suppose pas seulement un approvisionnement fiable en hydrocarbures, la transmission de technologies et des investissements. Pour Inessa Varchavskaïa, des rapports d’alliance impliquent aussi un transfert des productions grandes consommatrices d’énergie vers les lieux d’extraction des hydrocarbures. La Russie souhaite que l’on implante sur son territoire de telles unités de production, dotées de hautes technologies, écologiquement propres, gérées selon le principe corporatif et dans la plus grande transparence. Actuellement, la plupart des raffineries de pétrole utilisent des équipements obsolètes et ne sont pas à même de fabriquer des produits pétroliers compétitifs dans l’UE.
Pour affranchir l’économie russe de sa dépendance des hydrocarbures et des prix en vigueur sur le marché mondial du pétrole, la RAN et Total recommandent d’autoriser les sociétés pétrolières étrangères à opérer sur les gisements difficilement accessibles et coûteux, à condition qu’elles transforment de plus en plus les hydrocarbures extraits dans des raffineries de pétroles russes ou, pourquoi pas, dans des raffineries modernes qu’elles auront construites elles-mêmes. D’autre part, les chercheurs estiment que la construction de ces raffineries devrait être confiée partiellement à des sous-traitants russes. MM. Grouvel et Ivanter soulignent que s’il n’est pas absolument nécessaire d’associer les investisseurs à un fournisseur concret, il faut néanmoins permettre aux sociétés russes d’accéder librement aux appels d’offres lancés par les investisseurs étrangers. Cela doperait l’industrie du bâtiment et celle des constructions mécaniques. Les auteurs du rapport pensent que si des sociétés étrangères étaient autorisées à exploiter le sous-sol et des raffineries de pétrole, rien de redoutable ne s’ensuivrait : l’industrie russe entrerait en possession de technologies modernes qui pourraient être utilisées également par les pétroliers russes.
Ce serait aussi rester dans la logique que d’inciter les sociétés étrangères à construire des entreprises pétrochimiques à même d’inonder le marché russe en produits modernes. Cela permettrait d’implanter en Russie des unités de production hautement technologiques. Selon les auteurs du rapport, les pouvoirs publics des pays membres de l’UE y sont directement intéressés. Par exemple, si des usines grandes consommatrices d’énergie sont transférées en Asie, la hausse de la demande dans cette région incitera les sociétés russes à accroître leurs exportations d’hydrocarbures vers l’Orient.
Un autre principe d’alliance existe dans le secteur énergétique : l’implantation par les sociétés étrangères de technologies économisant l’énergie. Compte tenu du déficit prévu d’hydrocarbures pour l’exportation, on pourrait admettre la remise de sites grands consommateurs d’énergie (réseaux de distribution de chaleur et d’électricité, etc.) en concession à des sociétés étrangères disposant de technologies économisant l’énergie. Les quantités d’hydrocarbures économisées à l’échelle nationale pourraient être exportées.
Les technologies génératrices d’économie d’énergie pourraient être implantées en priorité dans le secteur du logement. En effet, les experts estiment que les plus grandes déperditions de chaleur en Russie sont dues à la mauvaise isolation thermique des logements et des conduites de chauffage central.
La réponse à la question de savoir s’il faut ou non autoriser les sociétés étrangères à accéder au secteur énergétique russe et admettre des investissements européens dans l’extraction des hydrocarbures en Russie dépendra notamment de l’assise sur laquelle sera bâtie la stratégie de relations entre la Russie et l’Europe. L’argument selon lequel les consommateurs étrangers assurent aux sociétés pétrogazières russes la plus grosse part de leurs bénéfices pourrait très prochainement ne plus être valable car, en raison de la hausse de la consommation intérieure de produits énergétiques et de la demande extérieure, les sociétés russes ne seront plus en mesure, même si les prix mondiaux restent élevés, d’accroître sensiblement leurs exportations vers l’Europe. Aussi la stratégie de l’alliance énergétique est-elle préférable aussi bien pour les pays européens que pour la Russie. La croissance de 3 ou 4 % de l’économie mondiale s’accompagne de celle de la consommation de pétrole de 1,5 à 2 %. Actuellement, toutes les conditions existent pour que les liens énergétiques de la Russie et de l’Europe se transforment en facteur de stabilisation de l’économie de l’Union européenne et de croissance économique de la Russie.
Source : Ria NOVOSTI
1er juillet 2006
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dimanche, 16 juillet 2006
Les relations Etats-Unis-Israël : origines et maturation

Inutile d'être un fin connaisseur des affaires du monde pour prédire que le chaudron du Moyen-Orient va continuer à bouillir. Le passage du monde industriel, à partir de la Première Guerre mondiale, à une économie fondée sur le pétrole et la découverte des incomparables gisements pétroliers moyen-orientaux ont exacerbé les conflits internes de la région. Après la Seconde Guerre mondiale, l'une des grandes priorités de la politique américaine a été d'assurer la mainmise des Etats-Unis sur cette zone si riche en ressources et si importante stratégiquement.
A l'apogée de sa gloire, la Grande-Bretagne contrôlait la région en déléguant l'autorité à des clients, les forces britanniques restant à l'arrière-plan. Il convenait de laisser la gestion locale - pour user de la terminologie du Foreign Office - à une "facade arabe" de monarques faibles et complaisants: "l'absorption" de ces colonies virtuelles par la Grande-Bretagne serait "voilée par des fictions constitutionnelles", solution jugée moins coûteuse que la colonisation directe. Avec des variantes, le système est familier dans d'autres régions aussi.
Le Moyen-Orient ne s'est pas soumis sans résistance. Heureusement pour les stratèges impériaux, on disposait désormais de la puissance aérienne pour contrôler les populations civiles, malgré la fascination de certains, tels que Winston Churchill, pour les gaz toxiques comme instruments de mise au pas des "Arabes récalcitrants" (essentiellement les Kurdes et les Afghans). L'entre-deux-guerres a vu des efforts pour interdire ou limiter la guerre, mais la Grande-Bretagne a fait en sorte qu'ils n'interfèrent pas avec l'impérialisme, fixant ainsi un précédent pour son successeur en hégémonie mondiale. Londres a saboté, notamment, les tentatives de restreindre l'usage de la puissance aérienne contre les civils, pour des raisons exprimées succintement par l'éminent homme d'Etat Lloyd George: il a félicité le gouvernement britannique "d'avoir gardé le droit de bombarder les nègres" (1).
Les grands principes moraux ont la vie dure. Celui-ci ne fait pas exception.
Les Etats-Unis reprirent le cadre britannique, mais en y ajoutant un niveau de contrôle supplémentaire: des Etats périphériques, de préférence non arabes, pouvant servirde "flics du coin", selon la terminologie de l'administration Nixon. Le commissariat central restait bien sûr à Washington, avec une annexe à Londres. La Turquie fut dès le début un membre important du club, où l'Iran vint la rejoindre en 1953, lorsque le coup d'Etat militaire américano-britannique restaura le shah en renversant un gouvernement parlementaire conservateur qui prétendait contrôler les ressources naturelles du pays.
Ce qui intéressait les Etats-Unis, c'était de tenir les gisements, pas de consommer le pétrole. Après la Seconde Guerre mondiale, l'Amérique du Nord était la plus grande région productrice du monde, même si nul ne pensait qu'elle le resterait longtemps. Puis les Etats-Unis commencèrent à importer quantité de pétrole du Venezuela. A en croire les projections actuelles du renseignement américain, ils vont continuer à puiser essentiellement dans les ressources du bassin de l'Atlantique - celles des Amériques et de l'Afrique occidentale -, plus stables et sûres que les ressources du Moyen Orient (2). Mais, comme ce fut le cas tout au long de l'après-guerre, ils nen jugent pas moins nécessaire de conserver la haute main sur celui-ci.
Contrôler cette prise fabuleuse, les ressources naturelles du golfe, c'est faire des firmes énergétiques américano-britanniques les principales bénéficiaires d'immenses profits. La richesse est recyclée vers les économies américaines et britanniques par bien d'autres moyens aussi, dont les ventes de matériels militaires (qui irriguent le secteur des technologies de pointe en général), les grands travaux, les bons du Trésor. La "puissance stratégique fantastique" reconnue à la région est un instrument de domination mondiale. Tout cela a été bien compris par les organisateurs du monde d'après guerre et reste vrai. Les services secrets américains estiment que les ressources énergétiques du Golfe vont jouer un rôle encore plus important dans les années qui viennent (3), autre raison d'agir pour en garder le contôle, que les Etats-Unis en soient ou non de gros consommateurs eux-mêmes.
Dans une très large mesure, le réseau planétaire des bases militaires américaines, du Pacifique aux Açores, a été conçu pour des opérations dans la région du Golfe. L'effort américain de contre-insurrection et de subversion en Grèce et en Italie dans les années 1940 était en partie motivé par le souci de maintenir la libre circulation du pétrole moyen-oriental vers l'Occident. Aujourd'hui, ce réseau de bases s'est étendu à deux ex-satellites soviétiques, la Bulgarie et la Roumanie. Depuis les années Carter, les principales forces d'intervention des Etats-Unis sont tournées vers le Golfe. Jusqu'à une date récente, la seule base militaire américaine totalement fiable dans la région était une île sous souveraineté britannique, Diego Garcia, dont les habitants avaient été expulsés. Les Etats-Unis leur refusent toujours le droit au retour, en dépit des jugements des tribunaux britanniques (4) - problème aussi inconnu de l'opinion publique américaine que celui d'Okinawa. La guerre d'Afghanistan a fourni à Washington des bases militaires dans ce pays et en Asie centrale. Elles contribuent à améliorer la position des firmes américaines dans la phase actuelle du "grand jeu" pour contrôler les ressources de cette région, mais aussi à prolonger l'encerclement d'une zone d'une tout autre importance, le golfe Persique. On avait compris depuis longtemps qu'obtenir des bases militaires au coeur même des régions productrices de pétrole était l'un des objectifs de Washington en Irak; il a été déclaré ouvertement à la fin de la guerre (5).
D'autres objectifs jugés probables ont aussi été affichés publiquement au même moment. "Les deux sujets dont on n'a jamais discuté ouvertement, qui n'ont jamais fait partie du débat national, sont le pétrole et l'argent, a résumé Bob Herbert. Ces questions cruciales ont été traitées discrètement par les très grands opérateurs. A présent, beaucoup reçoivent leur part "(6).
C'est au sein de ce cadre général que les relations des Etats-Unis avec Israël se sont développées (7). En 1948, les Joint Chiefs of Staff ont été impressionnés par les faits d'armes de ce pays: à leur avis, seule la Turquie était supérieure pour la puissance militaire dans la région. Israël, ont-ils suggéré, pourrait permettre aux Etats-Unis "de s'assurer un avantage stratégique au Moyen-Orient" pour compenser le déclin de la Grande-Bretagne. Dix ans plus tard, ces considérations ont pris une certaine importance pratique.
L'année 1958 fut d'une importance extrême en politique internationale. L'administartion Eisenhower voyait alors trois crises majeures: l'Indonésie, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Toutes concernaient des pays producteurs de pétrole et musulmans, ainsi que leurs forces politiques, qui étaient alors laïques.
Comme Eisenhower et le secrétaire d'Etat Dulles l'ont souligné, les Russes n'étaient impliqués dans aucune. Le problème était le diable familier: le "nationalisme radical". En Afrique du Nord, il s'agissait de la lutte des Algériens pour leur indépendance, question que les Etats-Unis voulaient voir rapidement réglée. En Indonésie, le coupable était Sukarno, l'un des dirigeants du mouvement exécré des non-alignés, qui, de plus, une démocratie excessive: un parti de masse des paysans pauvres voyait son infleunce grandir. Au Moyen-Orient, le méchant était Nasser, qualifié de "nouvel Hitler" par les dirigeants américains et britanniques pris de panique. Lui aussi était un pilier du mouvement des non-alignés, et l'on redoutait que son influence n'incite d'autres pays à suivre une politique indépendante. Ces craintes semblèrent devenir réalité en 1958, lorsq'un coup d'Etat en Irak, que l'on supposait d'inspiration nassérienne, renversa le gouvernement soutenu par la Grande-Bretagne. Les conséquences de cet évènement se font sentir jusqu'à ce jour.
Le coup d'Etat en Irak provoqua d'intenses discussions américano-britanniques. Les stratèges politiques avaient peur. Et si le Koweit réclamait son indépendance? Et si l'Arabie Saoudite elle-même succombait à la maladie? L'économie britannique était très dépendante des profits de la production pétrolière du Koweit et de ses investissements dans ce pays. La Grande-Bretagne décida de
lui octroyer une indépendance formelle - mais "nous devons admettre que, si les choses tournent mal, il nous faudra intervenir sans merci, quel que soit le fauteur de troubles", précisa le secrétaire au Foreign Office Selwyn Lloyd. Les Etats-Unis prirent le même engagement d'intervention par la force s'agissant des plus grosses prises: l'Arabie Saoudite et les autres émirats du Golfe. Eisenhower envoya des troupes au Liban pour faire barrage à une menace nationaliste que l'on redoutait dans ce pays et assurer le contôle des pipelines. Il rappela son intérêt pour la "région stratégiquement la plus importante du monde" et souligna que sa perte "serait bien pire que celle de la Chine" - considérée comme le pire désastre stratégique et des ressources du Moyen-Orient" (8).
Un autre pays d'importance cruciale risquait de tomber sous l'influence nassérienne: la Jordanie, alors base régionale de la puissance militaire britannique. Israël contribuait à assurer la mainmise de la Grande-Bretagne. Les stratèges de Washington ont constaté qu'Israël était la seule puissance locale à prendre des risques pour "alléger la pression dans la région". "Si nous décidons de combattre le nationalisme arabe radical et de garder le pétrole du golfe Persique par la force si nécessaire, conclut un mémorandum au Conseil de sécurité nationale, un corollaire logique serait de soutenir Israël, seule puissance prooccidentale forte qui demeure au Proche Orient" (9), ainsi que des puissances périphériques, la Turquie et l'Iran. Simultanément, en 1958, une visite en Turquie du Premier ministre David Ben Gourion donnait le coup d'envoi des relations turco-israéliennes. En 2000, écrit Efraim Inbar, celles-ci étaient devenues si étroites "qu'elles ne le cédaient pour l'intensité qu'aux liens israélo-américain" (10).
En 1967, l'alliance Etats-Unis-Israël était bien en place. Israël détruisit Nasser, protégeant ainsi la "façade" en péninsule arabique et portant un coup très rude au mouvement des non-alignés. Ce succès fut considéré comme une contribution majeure à la puissance des Etats-Unis. Il eut aussi un impact sensible dans le champ idéologique américain, point important qu'il me faut laisser de côté (11).
Souvenons-nous des trois crises majeures de 1958. La menace d'un nationalisme arabe indépendant au Moyen-Orient fut conjurée par la guerre de 1967. La crise nord-africaine se solda par l'indépendance de l'Algérie (12). En Indonésie, le dénouement fut un immense massacre, surtout des paysans sans terre, décrit par la CIA comme l'une des grandes tueries du XXè siècle, comparable à celles de Hitler, Staline et Mao. Ce "massacre collectif ahurissant", selon les termes du New York Times, fut salué par une euphorie sans mélange en Occident. Il avait éliminé le parti de masse des pauvres et ouvert toutes grandes les portes aux investisseurs occidentaux. Comme au Moyen-Orient, un pilier du mouvement des non-alignés était abattu. Des processus à peu près similaires étaient en bonne voie en Amérique latine et, à un moindre degré, en Inde, dernier grand bastion du non-alignement. Partout, le rôle des Etats-Unis fut important, parfois crucial. Comme l'Angleterre avant eux, les Etats-Unis sont une puissance mondiale. On fait souvent des analyses erronées lorsqu'on ne regarde qu'une région du monde, en oubliant que la stratégie globale se décide à Washington.
Restons néanmoins au Moyen-Orient. Israël rendit un nouveau service en 1970, en dissuadant une possible intervention de la Syrie en faveur des Palestiniens qu'on massacrait en Jordanie. L'aide américaine à Israël quadrupla. Les services secrets des Etas-Unis, et des personnalités influentes qui s'intéressaient au Moen-Orient comme le sénateur Henry Jackson, voyaient dans l'alliance tacite Israël-Iran-Arabie Saoudite une base solide pour la puissance américaine dans la région - avec la Turquie, dont la participation, à leurs yeux, allait de soi.
En 1979, le shah tomba, et l'alliance israélo-turque devint encore plus importante pour fournir une base régionale. Elle s'élargit à un nouveau membre, qui remplaçait le shah: l'Irak de Saddam Hussein. En 1982, l'administration Reagan le retira de la liste officielle des Etats terroristes afin que les Etas-Unis puissent fournir librement de l'aide au dictateur.
Les choix faits par Israël au cours des trente dernières années ont considérablement réduit ses options;
sur sa lancée actuelle, il n'a pratiquement pas d'autre solution que de servir de base américaine dans la région et de se plier aux exigences des Etats-Unis. Cette situation est apparue sous le jour le plus cru en 1971, quand le président Anouar el-Sadate a offert à Israël un traité de paix en bonne et due forme en échange du retrait des troupes du territoire égyptien. Sadate ne donnait rien aux Palestiniens et ne faisait aucune mention des autres territoires occupés. Dans ses mémoires, Yitzhak Rabin, alors ambassadeur aux Etats-Unis, voyait dans la "célèbre" offre de Sadate un "jalon" sur le chemin de la paix, même si elle contenait aussi "de mauvaises nouvelles": la demande de retrait d'Israël du territoire égyptien - conforme, au demeurant, à la position officielle des Etats-Unis et au document diplomatique de base, la résolution 242 du Conseil de sécurité de novembre 1967.
Israël se trouvait devant un choix fatidique: accepter la paix et l'intégration dans la région, ou bien s'en tenir à l'affrontement, donc à une dépendance inévitable vis-à-vis des Etats-Unis. Il choisit la seconde voie, non par souci de sécurité mais par volonté d'expansion. Cela ressort clairement des sources israéliennes. Le général Haïm Bar Lev, grande figure du parti travailliste au pouvoir, exprimait le point de vue général quand il écrivit dans une revue de ce parti: "Nous pouvons avoir la paix, mais je crois que, si nous continuons à tenir, nous obtiendrons plus". Le "plus", d'un intérêt primordial à l'époque, était le nord-est du Sinaï, dont les habitants avaient été brutalement expulsés dans le désert pour faire place à la création d'une ville entièrement juive, Yamit. En 1972, le général Ezer Weizman, qui devint plus tard président, ajouta qu'un règlement politique sans expansion signifierait qu'Israël ne pourrait pas "exister à l'échelle, dans l'esprit et avec la qualité qu'il incarne désormais".
Mais le point capital était la façon dont Washington allait réagir. Après un débat interne, le gouvernement des Etats-Unis abandonna sa politique officielle en faveur du principe de "l'impasse diplomatique", cher à Kissinger: pas de négociations, seulement la force. Il faut se souvenir qu'on était dans une période de triomphalisme extrême, attitude plus tard fort regrettée e Israël. Il paraissait évident aux yeux américains et israëliens, après 1967, que les Arabes ne pouvaient représenter aucune menace militaire. Aux Etats-Unis, l'offre de paix égyptienne n'est pas "célèbre": elle y est plutôt inconnue - c'est le destin ordinaire des évènements non conformes aux exigences de la doctrine.
Sadate garda pourtant l'espoir d'obtenir l'aval de Washington: il expulsa ses conseillers russes et prit d'autres mesures à cet effet. Il adressa aussi des mises en garde: "Yamit, c'est la guerre". On ne le prit pas au sérieux. En 1973, il attaqua, et la guerre faillit tourner au désastre pour Israël. Elle provoqua aussi une alerte nucléaire aux Etats-Unis. Kissinger comprit alors que l'on ne pouvait ignorer superbement l'Egypte et entreprit sa "diplomatie de la navette", qui finit par aboutir au règlement de Camp David de 1978-1979. A Camp David, les Etats-Unis et Israël acceptèrent l'offre de Sadate de 1971, mais à des conditions bien moins favorables pour eux: à cette date, le sort des Palestiniens était devenu un problème, et Sadate rejoignit le reste du monde quasi unanime pour exiger le respect de leurs droits.
Aux Etats-Unis, ces évènements furent salués comme un triomphe diplomatique américain. Jimmy Carter reçut le prix Nobel de la Paix essentiellement pour leur couronnement final. Mais l'enchaînement réel des faits était une catastrophe.. Le rejet de la diplomatie par les Etas-Unis et Israël avait provoqué une guerre terrible, beaucoup de souffrances, un affrontement entre superpuissances qui aurait pu échapper à tout contrôle. Cependant, l'une des prérogatives du pouvoir est la possibilité d'écrire l'histoire sans grand risque de contestation. Ce désastre est donc entré dans l'histoire comme un succès grandiose du "processus de paix" conduit par les Etats-Unis.![]()
Israël comprit immédiatement que, l'hypothèque de la dissuasion arabe étant levée, il pouvait intensifier son expansion dans les territoires occupés et attaquer son voisin du nord, ce qu'il fit en 1978 et en 1982, après quoi il occupa des territoires libanais pendant près de vingt ans. L'invasion de 1982 et ses lendemains immédiats ont fait environ 20 000 morts; selon les sources libanaises, les pertes humaines dans les années suivantes se sont montées à 25 000 morts environ. Le sujet n'intéresse guère en Occident, en vertu d'un principe connu: il n'est pas besoin d'enquêter sur les crimes dont nous sommes responsables, et encore moins de punir les auteurs ou d'indemniser les victimes.
De multiples bombardements et autres provocations n'ayant pas suffi à créer un prétexte pour l'invasion prévue en 1982, Israël saisit finalement celui d'une tentative d'assassinat de son ambassadeur à Londres par le groupe terroriste Abou Nidal, qui avait été condamné à mort par l'OLP et lui faisait la guerre depuis des années. L'opinion américaine informée jugea ce motif acceptable, et ne vit aucun problème dans la riposte instantanée d'Israël: une attaque contre les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth, qui fit 200 morts, selon un observateur américain fiable (13). Les tentatives des Nations Unies pour arrêter l'agression furent bloquées par des veto américains immédiats. Tout cela se poursuivit donc: dix-huit années sanglantes d'atrocités israéliennes au Liban, rarement justifiées ne serait-ce que par un semblant de prétexte d'auto-défense (14).
Le Chef d'état-major Rafael ("Rafoul") Eytan a exprimé l'opinion générale en Israël quand il a immédiatement déclaré que l'invasion de 1982 était un succès parce qu"elle avait affaibli le "statut politique" de l'OLP et compromis sa lutte pour un Etat palestinien. Des intellectuels en vue aux Etats-Unis se sont également réjouis de la "défaite politique" de l'OLP, admettant clairement que c'était le but de la guerre, à laquelle ils ont donné leur bénédiction en la qualifiant de "guerre juste" (Michael Walzer) (15). La plupart des commentateurs et des médias, cependant, ont préféré raconter des histoires de tirs de roquettes non provoqués contre des Israéliens innocents et d'autres inventions, bien qu'à présent la vérité soit parfois reconnue. L'objectif de l'invasion de 1982, écrit le correspondant du New York Times James Bennet, "était d'installer un régime ami et de détruire l'Organisation de libération de la Palestine de M. Arafat. Ce qui, pensait-on, contribuerait à persuader les Palestiniens d'accepter la domination israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza" (16). C'est, à ma connaissance, la première mention dans la grande presse américaine de ce que chacun savait en Israël et qui était publié aux Etats-Unis depuis vingt ans dans les cercles dissidents marginalisés. C'est aussi une parfaite illustation de cas où l'enquête sur un recours massif au terrorisme international, voire sur le crime le plus grave de guerre d'agression, conduit tout droit à Washington, qui a fourni le soutien économique, militaire et diplomatique requis. Sans cet aval et sans cette aide, les possibilités d'action d'Israël sont très limitées. Il y a beaucoup d'illusions sur ce point dans les pays arabes et ailleurs. Pour les victimes tout particulièrement, vivre avec des illusions n'est pas prudent.
Sur le front diplomatique, vers le milieu des années 1970, l'isolement des Etats-Unis et d'Israël s'est accru avec l'inscription du problème palestinien à l'ordre du jour des institutions internationales. En 1976, les Américains ont opposé leur veto à une résolution 242 de 1967, appelait à la création d'un Etat palestinien au côté d'Israël. A partir de cette date et jusqu'à aujourd'hui, les Etats-Unis ont bloqué toute possibilité de règlement diplomatique sur la base acceptée par la quasi-totalité de la planète: deux Etats délimités par la frontière internationale avec des "ajustements mineurs et mutuels"; c'était aussi en principe, mais non en réalité, la position américaine officielle, jusqu'au jour où l'administration Clinton a abandonné ouvertement le cadre de la diplomatie internationale en déclarant les résolutions de l'ONU "obsolètes et anachroniques". Notons bien que cette attitude n'est pas celle de la grande majorité de la population des Etats-Unis. L'opinion américaine soutient le "plan saoudien", proposé début 2002 et accepté par la Ligue arabe, qui offre une reconnaissance et une intégration totale d'Israël dans la région en échange de son retarit sur ses frontières de 1967 - nouvelle variante du consensus international établi de longue date mais paralysé par les Etats-Unis. De larges majorités estiment aussi que les Etats-Unis doivent égaliser l'aide à Israël et celle accordée aux Palestiniens dans le cadre d'un règlement négocié, et qu'ils doivent suspendre l'aide à toute partie refusant de négocier - ce qui voulait dire, à la date du sondage, l'aide à Israël. Mais peu d'américains comprennent ce que tout cela signifie, et les médias ne leur expliquent pratiquement rien (17).
Après la première guerre du Golfe, Washington a eu le sentiment de pouvoir imposer sa propre solution. Si elle n'a jamais été pleinement formulée, sa version 1991 devait être plus ouverte que celle de décembre 1989, qui endossait sans réserve la position du gouvernement de coalition israélien Shamir-Peres: il ne pouvait y avoir aucun "Etat palestinien supplémentaire" (la Jordanie étant déjà "un Etat palestinien" de leur point de vue) et l'avenir des territoires serait déterminé "conformément aux principes directeurs fondamentaux du gouvernement (israélien)". Washington a donc convoqué la conférence de Madrid - avec une feuille de vigne d'internationalisme : la participation de la Russie.
Mais un problème s'est posé à la conférence. La délégation palestinienne, dirigée par Haïdar Abdel Chafi, nationaliste conservateur connu pour son intégrité et l'une des personnalités palestiniennes les plus respectées, refusait la poursuite des programmes de colonisation israéliens dans les territoires occupés. Cela condamnait les négociations à l'impasse, car les Etats-Unis et Israël n'entendaient pas accepter cette condition, ni même en discuter sérieusement. C'est alors que Yasser Arafat, constatant que le soutien populaire dont il jouissait était en train de s'effondrer dans les territoires et dans la dispora palestinienne, coupa l'herbe sous le pied de la délégation palestinienne en engageant des négociations secrètes avec Israël. Elles aboutirent au "processus d'Oslo", qui fut lancé officiellement en grande pompe en septembre 1993 à la Maison Blanche. La formulation des accords d'Oslo indiquait clairement qu'ils constituaient un mandat pour la poursuite du programme de colonisation d'Israël, et les dirigeants israéliens, Yitzhak Rabin et Shimon Peres, ne firent aucun effort pour le cacher. C'est pourquoi Abdel Chafi refusa absolument d'être mêlé au processus de paix officiel (18).
Ainsi sont allés les choses pendant la décennie 1990: la colonisation et l'intégration des territoires à Israël ont progressé à bon rythme, avec le soutien total des Etats-Unis. L'année 2000, la derrnière du mandat Clinton (et du Premier ministre Israélien Ehud Barak), fut la plus active depuis 1992 en matière d'implantations israéliennes. Cela porta de nouveaux coups à la possibilité d'un règlement diplomatique du conflit.
In Dominer le monde ou sauver la planète?
Fayard 10/18
2004
NOTES
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(1) Lloyd George, cité par V.G. Kiernan, European Empires from Conquest to Collapse, 1815-1960, Leicester (G-B), Leicester University Press-Fontana Paperbacks, 1982.
(2) National Intelligence Council, Global Trends 2015: A Dialogue about the future with Nongovernment Experts, Washington (DC), National Intelligence Council, décembre 2000.
(3) Ibid
(4) M. Curtis, Web of Deceit, op. cit., chap.22.
(5) Thom Shanker et Eric Schmitt, "Strategic shift: Pentagon expects long-term access to key Iraq bases", New York Times, 20 avril 2003, section A, p. 1.
(6) Bob Herbert, "What is it good for?", New York Times, 21 avril 2003, section A, p. 23.
(7) Sur le contexte de la prévision stratégique, voir supra, chap. 6. Les points précis évoqués ici font l'objet d'une analyse bien plus appronfondie dans mes livres World Orders, Old and New, op. cit.; Fateful Triangle: The United States, Israel, and the Palestinians, éd. revue, Cambridge, South End Press, 1999; Pirates et Empereurs, op. cit.; et Middle East Illusions, Including Peace in the Middle East? Reflections on Justice and Nationhood, éd. mise à jour, Lanham (Md), Rowman & Littlefield Publishers, 2003. Voir ces ouvrages pour les sources, quand elles ne sont pas citées, et pour des citations plus développées. Sur les problèmes généraux, il existe une abondante littérature. Un livre est particulièrement pertinent pour cadrer le sujet: Norman G. Finkelstein, Image and Reality of the Israel-Palestine conflict, éd. mise à jour, Londres et New York, Verso, 2003.
(8) Abraham Ben-Zvi, Decade of Transition: Eisenhower, Kennedy, and the Origins of the American-Israeli Alliance, New York, Columbia, 1998, p. 76. Voir I. Gendzier, Notes from the Minefield, op. cit, et William Roger Louis et Roger Owen (éd.), A Revlutionary Year : The Middle East in 1958, Londres et New York, I.B. Tauris Press, et Washington (DC), Woodrow Wilson Center Press, 2002. Pour un récit des évènements en Indonésie, voir Audrey R. Kahin et George McT. Kahin, Subversion as Foreign Policy: The Secret Eisenhower and Dulles Debacle in Indonesia, New York, New Press, 1995.
(9) A. Ben-Zvi, Decade of Transition, op. cit., p. 80 sq. Soit dit en passant, il attribue cette déclaration à Eisenhower. Voir aussi I. Gendzier, Notes from the Minefield, op. cit., et Ilan Pappé in W.R. Louis et R. Owen (éd.), A Revoltionary Year, op. cit.
(10) Efraim Inbar, The Israeli-Turkish Entente, Londres, King's College London Mediterranean Studies, 2001, p25, livre écrit d'un point de vue proche des positions officielles israéliennes.
(11) Sur ces questions, voir notamment N.G. Finkelstein, Image and Realiy, op, cit. Voir aussi mon livre Middle East Illusions, op. cit., chap. 5.
(12) Sur les détails fort complexes de cette affaire, voir Irwin M. Wall, France, the United States, and the Algerian War, Berkeley (Calif.), University of California Press, 2001.
(13) On trouvera dans mon livre Fateful Triangle, op. cit., un récit des évènements et la façon dont les médias et les commentateurs ont réagi.
(14) Sur l'action d'Israël au Liban dans les années 1980 et 1990, voir mes livres Pirates et Empereurs, op. cit., et Fateful Triangle éd. mise à jour, op. cit.
(15) Michael Walzer, dans New Republic, 6 septembre 1982 (c'est lui qui souligne).
(16) James Bennet, "A long, bitter feud is tipping Sharon's way", New York Times, 24 janvier 2002, section A, p. 3.
(17) Mark Sappenfield, "Americans, Europeans differ on Mideast sympathies", Christians Science Monitor, 15 avril 2002, p. 1. Program on International Policy Attitudes (PIPA), Americans on the Israel-Palestinians Conflict, College Park (Md.), University of Maryland, 8 mai 2002. En ligne: http://www.pipa.org/OnlineReports/IsrPalConflict/contents.html
(18) Voir l'interview de Haïdar Abdel Chafi par Rashid Khalidi, "Looking back, looking forward", Journal of Palestine Studies, vol. 32, n°1, automne2002, p. 28-35.
Écrit par SG (Webmaster) dans > États-Unis, > Points de vue, > Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guerre, israël, moyen-orient, pétrole, liban, états-unis, palestine |
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