dimanche, 01 avril 2012

L'élaboration historique des techniques de la subversion, par Roger MUCCHIELLI (1976)

I — LES PAMPHLETS POLITIQUES

Depuis qu'il y a des hommes et qui pensent (comme disait La Bruyère), l'idée de réduire l'adversaire à merci en organisant autour de lui le mépris ou en décourageant les gens de combattre pour son service est venue spontanément à beaucoup d'esprits et a inspiré beaucoup d'entreprises. De façon tout à fait empirique, des génies malveillants ou poussés par la foi en leur propre cause, ont perfectionné très tôt et érigé en système le commérage, le racontar, la calomnie, (et autres perfides exploitations des petits faits de la vie quotidienne contre le voisin) qui, eux, ont dû se développer dans l'espèce humaine en même temps que le langage.

Micros.jpgSur le plan militaire, on eut, dès les temps les plus reculés, l'idée d'envoyer sur le territoire de l'adversaire des individus capables de bien s'intégrer à la population, et chargés, en dehors de la mission d'espionnage, de répandre quelques informations démoralisantes ou quelques calomnies sur les chefs locaux. Cela faisait partie de ce qui s'appelait « les ruses de guerre », lesquelles comprenaient aussi — et surtout — les stratagèmes sur le champ de bataille.

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lundi, 14 janvier 2008

Guerre "psy" au Pentagone

7e1c5aa58c07403bf5121a41b0a8cca4.jpgAux côtés de nouvelles technologies, la guerre psychologique fait son grand retour dans la doctrine militaire américaine.

Guerre spatiale, cyberwarfare, opérations d'influence... De nouveaux domaines opérationnels se superposent à la "conflictualité classique”. Cette guerre du futur est centrée sur l'information et la psychologie. Les états-majors l'ont déjà inscrite dans leurs budgets et leur formation.

Forte de son tropisme technologigue, l'US Air Force est en pointe. Sur un budget total de 105 milliards de dollars en 2007, elle consacre déjà environ 10 milliards aux opérations spatiales qu'elle contrôle presque entièrement. En investissant ces domaines porteurs, l'Air Force grappille et sécurise de nouveaux budgets, prenant aussi l'avantage sur l'armée de terre (Army) dont les besoins croissent à mesure de l'enlisement des troupes en Irak.

Annoncé en novembre 2006, le nouveau commandement aérien dédié à la "guerre informatique" vient d'être installé en Louisiane. Explication du général Eider, son actuel patron : "Le cyberspace est un domaine de plus en plus critique, inséparable de nos intérêts et de notre puissance nationale." Elder cite un exemple récent : l'Estonie, nouveau membre de l'Otan, confrontée en avril et mai derniers à l'une des plus importantes attaques informatiques coordonnées jamais observée. Eider pense aussi à l'audace des hackers chinois, mis à contribution par l'armée pour constituer une force de frappe informatique, intégrée aux opérations militaires.

De l'espace au cyberespace, les Américains réorientent les fondamentaux "classiques" de la guerre dans un cadre nouveau. En août, l'US Air Force a publié Irregular Warfare ("La guerre irrégulière"), un document de près de 100 pages remettant à plat les enseignements militaires vis-à-vis des "nouvelles menaces". Chef d'état-major de l'Air Force, le général Moseley a signé lui-même l'introduction, révélatrice de grandes ambitions : "Employée correctement, la puissance aérienne débouche sur des avantages asymétriques qui peuvent être utilisés par les chefs militaires interarmées en tant que leviers multiplicateurs de force dans pratiquement tous les aspects d'une guerre irrégulière."

Parmi "tous ces aspects", les opérations d'influence figurent au premier rang des préoccupations. Sécuriser et contrôler l'information devenu une priorité, à l'heure où le terrorisme utilise les vulnérabilités du monde occidental : hypersensibilité aux pertes humaines, surréactivité médiatique, inconstance des opinions publiques. En forçant les sociétés développées à regarder la mort en face, les actions terroristes sont "calibrées" pour instiller le doute, sentiment qui précède la lassitude, le découragement, puis le renoncement. Le retrait espagnol d'Irak, quelques semaines après les attentats de Madrid de mars 2004, en est un exemple.

Inscrites dans une stratégie globale détaillée dans le document de l'armée de l'air américaine, les opérations d'influence ont pour but de contrer ce phénomène. Les opérations de déception, les opérations psychologiques ("psyops"), la contre-propagande ou les affaires publiques "ont pour but d'influencer les perceptions, les attitudes, le raisonnement et le comportement des élites, organisations ou groupes étrangers, dans un sens favorable aux objectifs militaires et nationaux des États-Unis". En Irak, ces opérations psychologiques sont désormais centrales dans la stratégie américaine.

Le risque est de voir ces opérations d'influence menées par les militaires interférer avec les efforts de diplomatie publique conduits par les civils du Département d'État (Affaires étrangères). Le Government Accountability Office (équivalent de la Cour des comptes) du Congrès a donc publié en juillet un rapport pressant les militaires et les civils américains de mieux se coordonner.

Le Congrès leur a donné un exemple à suivre : le modèle britannique. Même à Washington, on considère les Anglais comme les maîtres des opérations d'influence.

Bruno LESVEZ

Source du texte : revue "VALEURS ACTUELLES" du 21 décembre 2007

Écrit par SG (Webmaster) dans > États-Unis | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pentagone, guerre psychologique | | |  Facebook | |  Imprimer |